‹ Œuvres de J. DelilleChapitre 305 sur 413 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

t)e ton sexe fragile excuser la foiblesse, De ce sexe impnideiil que j'ai dû protéger, Et que j'ai laissé seul s'exposer au danger. Lève-toi ; bannissons ces discordes cruelles ; N'allons pas aux remords ajouter les querelles; Que la paix , que l'amour consolent nos deux cœurs ; Aidons-nous l'un et l'autre à porter nos douleurs. Notre mort, je le vois, n'est pas encor prochaine : Son terme est reculé, son heure est incertaine; Pour augmenter nos maux elle vient pas à pas : Par combien de douleurs s'achète le trépas ! Hélas ! au même sort ma race est condamnée ! O déplorable père ! ô race infortunée ! »

Eve à ces cris plaintifs répond modestement : « Le cruel souvenir de mon égarement, Et les dures leçons de mon expérience, Cher époux, me devroient condamner au silence ; Mais puisque dans tes bras daignant me recevoir. Ton pardon généreux relève mon espoir, Dois-je rien oublier^ époux sublime et tendre, Pour conserver ce cœur que tu viens de me rendre ? Permets donc que ma voix te confie un dessein Qui peut calmer le trouble élevé dans ton sein. Si j'en crois tes discours , ta douleur la plus vive, C'est cette désolante et longue perspective Des fléaux réservés à nos derniers neveux, Du crime paternel héritiers malheureux, Et dont l'affreuse mort doit faire un jour sa proie. Ah! comment en effet conserver quelque joie, En songeant qu'après nous notre postérité

That on ray head ail miglit Le visited;

Thy frailty and infirmer sex lorgiven,

To me committed, and by me expos'd.

But rlse; — let us no more contend, nor blame

Each otlier, blam'd enough clsewhere; but strive

9<" In offices of love, how we may liglilen Each olher's burden, in our share of woe; Sinoe this day's death denounc'd, if aught 1 see, Wilt prove no sudden, but a slow-pac'd, evil; A long day's dving, to augment our pain; And to our seed (O hapless seed!) deriv'd. »

To whora thus Eve, recovering heart, rcplicd ; «< Adam, by sad esperiment I know How litlle weight my words with thee can find, Found so erroneous; thence by jusl event

ti" Found 80 unfortunate : neverllielcss, Restor'd by thee, vile as 1 am, to place Of new acceptance, hopeful to regain Thv love, the sole contentment of my heart Living or dying, from thee I will not hide What thouglils in Biy unquiet breast are riseu , Tending to some relief of our extrêmes. Or end; though sliarp and sad, vct tolerablc, As in our evils, and of easier choicc. If care of our descent perplex us most,

S''" Which must be born to certain woe, devour'd By death at last; (and misérable it is To be to others cause of raiserv, Our own bcgottcn, and of our loins to briiig Into this cursed world a woful race That after wretched life must be at last

Doit subir un arrêt p.ir nous seuls mcritf'.

Et terminer, hélas! de douleurs poursuivie.

Par l'horreur de la mort , les horreurs de la vie ?

De toi dépend le sort de ces infortunés :

Ces fils déjà proscrits ne sont pas encor nés ;

Le néant seul , hélas ! ignore la souffrance :

Pour prévenir leurs uiaux , empêchons leur naissance ,

Et, regrettant la proie échappée à ses coups,

Que l'avide trépas ne dévore (jue nous.

S'il te paroît trop dur, dans un hymen austère,

De n'oser être époux, de n'oser être père;

S'il nous faut, renonçant à nos doux entretiens.

Moi repousser tes vœux, toi résister aux miens;

Qui peut nous arrêter ? appelons à notre aide

Cette mort, des douleurs prompt et dernier remède,

Et si, sourde à nos cris, nous l'appelons en vain.

Au défaut de ses traits, nous avons notre main.

De l'horrible trépas , dont l'attente nous lasse ,

Faut-il donc supporter l'éternelle menace ?

Marchons sans hésiter au terme de nos jours ;

Les chemins sont ouverts, choisissons les plus courts;

De notre sort affreux abrégeons la misère :

Périssant avec toi , la mort me sera chère. »

Elle dit : le trépas , qu'invoque sa douleur, A déjà sur son front imprimé sa pâleur. Adam, d'un cœur plus ferme et d'un esprit plus snçCj En ces mots consolants relève son courage : « Ce mépris de la vie et de ses vains plaisirs, Chère Eve , annonce un cœur maître de ses désirs. Tu méprises l'amour et ses molles délices ;

Food for so foui a monster;) in thv power It lies, yet ère conception to présent The race unblest, to being yet unbcgot. Childless thou art, childless remain : so death

990 Shall be decciv'd bis glut, and with us two Be forc'd to satisfy his ravenous maw.

But if thou judge it hard and difficult, Conversing, looking, loving to abstain From love's due rites, nuptial cmbraces sweet* And with désire to languish without hope, Before the présent object languishiog With like désire : which would be misery And torment less than none of what we dread ; Then , both ourselves and seed at once to frce

1000 From what we fear for both , let us makc short, — - Let us seek death ; — or, he not found, supply With our own hands his office on ourselves. Why stand we longer shivering under fears That show no end but death; and hâve the power Of many ways to die the shortest choosing Destruction with destruction to destrov? — »

She cndcd hcre, or véhément despair Broke off the rest; so much of death her thouglits Ilad cntertain'd , as dy'd her cheeks with pale.

loio p.iit Adam (with such counsel nothing sway'd) To better hopes his more attentive mind Labouring had rais'd ; and thus to Eve replied : « Eve, lliy contempt of life and pleasure secms To argue in thee something more sublime And excellent than what thy mind contemns; But self-destruction Oierefore sought réfutes

PARADIS PERDU

Mais crois-tn par la mort finir de longs supplices,

F.t par-là du Très-Haut éluder les décrels?

Dieu, d'avance, crois-moi, se rit de tes projets;

La vie et le trépas connoissent sa puissance.

Chère Eve, crains plulôt dirriler sa vengeance!

Que ce Dieu courroucé n'aggrave notre sort.

Et, pour mieux se venger, n'éternise la mort!

Pensons plus sagement: tu le souviens peut-être

D'un mot qu'a prononcé ce juge, notre maître :

Je veux, nous a-t-il dit, que le serpent rusé

Par le pied de la femme un jour soit écrasé.

Yain dédommagement de ce malheur extrême!

Qui sait si ce serpent n'est pas Satan lui-même.

Qui sous ses traits menteurs nous a séduits tous deux.'

Peut-être sa défaite appaisera les cieux.

Mais une mort précoce, une couche inféconde,

D'avance déiruiroil l'espérance du monde ;

Et, perdant son triomphe en hâlanl son trépas,

La femme, de Sala» ne nows vengeroit pas.

Si mon coeur t'accordoit ce que tu me demandes,

Satan seroit vain(|ueur, et nos peines plus grandes;

Et Dieu nous traiteroit comme un couple orgueilleux,

Impatient du joug, et rebelle à ses vœux.

« Eve, tu te souviens avec quelle indulgence Son courroux paternel tempéra sa vengeance; Aucun reproche amer, aucune inimitié :

Sa colère avoit pris l'accent de la pitié. Nous croyions voir sur nous fondre une mort prochaine : Tu vivras, mais tu dois enfanter avec peine;

That excellence tliouglit in tliee; and implies, Not tliy conterapt, but angulsh and regret For loss of lifc and pleasure overiov'd.

IO20 Or if thou covet dealh, as utmost end Of misery, so thinking to évade The penalty pronounc'd; doubt not but God Hath wiselier arni'd Iiis vengefui ire, than so To be forestall'd : much more I fear lest dcath So snatch'd, will not exempt us frora tlie paio ■We are by doora to pay; rallier such acts Of contumacy will provoke tbe Mighest To make deatli in us live : tlien let lis scek Some safcr résolution, which metliiiiks

io3o j bave in view, calling to raind witb lieed

Part of our sentence, ihal thy seed shall bruise Tbe serpent's bead : piteous araends ! unless Be meant, wbora I conjecture, our grand loe , Satan; who in the serpent, balli contriv'd Against us this deceit; to crush bis bead ■yVould be revenge indeed! which will be lost By death brouglit on ourselves, or childless days ResolvM , as tlinn proposest : so our foe Shair scape bis punishment ordain'd, and wc

1040 Instead shall double ours upon our beads. No more be menlion'd then of violence Against ourselves; and wiiful barrenness, That cuts us off from bope; and saveurs only Rancour and pride, impatience and dcspite, Reluctance against God and his just voke Laid OQ our necks.

Remember with what mild And gracious tcmper he both heard, and judg'd.

Voilà Ion seul supplice; el, chers à les malheurs,

Des enfanis adorés te paieront tes doideurs.

Pour moi, qu'à tes deslins cet arrêt associe,

Il me faudra dompter une terre endurcie;

La sueur du travail arrosera mon pain.

Cet arrêt est sévère, el non pas inhumain;

L'oisivelé seroit une peine plus dure;

Mes mains me nourriront. La chaleur, la .froidure,

Nous menaçoiont tous deux : tous deux nous étions uns,

Et de sa propre main ce Dieu nous a velus.

Pour l'allendrir enfin, nous avons la prière.

Crains-tu les noirs frimas , la grêle meurtrière ,

Des torrents pluvieux les flols dévastateurs.'

Eh bien I il enverra les arts consolateurs.

Déjà de noirs brouillards, du sommet des monlagnes

S'avancent dans les airs et couvrent les campagnes ;

Déjà des aquilons le souffle impétueux

A dépouillé des bois le front majestueux :

Cherchons un sûr abii; qu'une heureuse industrie

Saisisse du soleil la chaleur amortie.

Soit que ses feux , unis dans un étroit foyer,

Enflanmient d'un bois sec le débris nourricier.

Soit que des corps choqués où dort la flamme oisive,

S'échappe, en pétillant, l'étincelle captive ;

Ainsi nous avons vu, dans les plaines des airs,

Des nuages heurtés rejaillir les éclairs.

Et les pins embrasés, de leur cime brûlante,

Envoyer jusqu'à nous la flamme consolante

Qui remplace le jour el sa douce chaleur.

Without wrath or reviling; we expected Immédiate dissolution, which we thought

io5o Was meant by death that day; wben lo! to thee .Pains only in cbild-bearing were foretold. And bringing forth; aoon recompensed with joy. Fruit of thy womb : on me the curse aslope Glanc'd on the ground; with labour I must earn My bread; what harm? Idieness had been worse; My labour will sustain rae; and, lest eold Or beat sboiild injure us, his tiraely care Hath, unbesought, provided; and his hands Cioth'd us unworthy, pitying wh'ile be judg'd :

loCo U(j,v much more, if we pray bim, will his car Be open, and his hearl to pity' incline. And teach us further by what raeans to shun The' inclement seasons, rain, ice, bail, and snow ? Which now tbe sky, with various face, begins To show us in tliis mountain : wbile the winds Blow raoist and keen , sbattering the graccful locks Of thèse fair spreading trees ; which bids us seek Some better sbroud, some better warmth to cherish Our limbs benurab'd , ère this diurnal star

'°'° Leave cold the niglit, how we bis gatber'd beams Reflected mav with matter scre foment; Or, by collision of two bodies, grind The air altrite to lire; as laie the clouds .lustling, or pusb'd with winds, rude in thcir shock Tine the slant liglitning ; whose thwart flame, drivcn dow 11» Kindies tbe guramy bark of fir or pine; And sends a comfortablc beat from far, Which might supply the sun; such fire to use, And what raay cise be remedy or cure

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