‹ Œuvres de J. DelilleChapitre 330 sur 413 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

Ce chant, un des plus beaux de l'ouvrage, commence de la manière à-la-fois la plus solennelle et la plus pathétique. On ne peut exprimer avec plus d'énergie les dangers qui menacent de près les deux innocentes créatures dont Satan vient tenter la foiblesse, et ce mélange de terreur et d'audace qui se balance dans l'ame du tentateur, les traces de son crime et de ses funestes projetsempreintessur son front, dans ses veux étincelants , dans sa marche désordonnée. On doit admirer surtout l'impression que produisent dans le cœur de Satan la paix et les délices du séjour fortuné qu'habitent les époiu dout il vient troubler le boaheur :

Lieux charmants, et dont le doux pouvoir Peut calmer tous les maux , tous , hors le désespoir.

La description du paradis terrestre est justement célèbre j Milton y a déployé toute la richesse de sa féconde imagination , tous les trésors de la terre encore vierge , tous les charmes de la nature innocente. Il faut excepter de ces éloges quelques détails géographiques très déplacés; mais la beauté des lieux le cède à la peinture des plaisirs purs, des travaux champêtres, du banquet délicieux de ces heureux époux : tableaux charmants, qui forment un contraste si frappant avec les passions féroces et les mouvements tumultueux qui bouleversent l'ame de l'archange rebelle. Son discours, à l'aspect du calme et de la félicité, respire toutes les fureurs de l'envie, du regret, et des remords:

Ils aiment quand je hais, jouissent quand je souffre!

On ne peut trop admirer la fécondité avec laquelle Milton a varié toutes les expressions de la haine et de la fureur qu'il met dans la bouche de Satan. Les pièges qu'il se prépare à leur tendre, sous la figure d'un serpent, sont parfaitement annoncés dans les derniers vefs de la belle description qu'il fait des animaux jouant autour de leur maître: le serpent vient le dernier, et déjà ses caresses perfides, sa souplesse insidieuse, font trembler pour les objets de sa rage.

J'ai oublié de remarquer cette distinction si juste et si délicate qu'il fait des deux sexes et de leurs charmes différents : ce morceau a été constamment admiré.

Les comparaisons de Milton manquent quelquefois de nouveauté , de grâce , et de justesse. Telle n'est point celle où il compare Satan cherchant à surprendre les deux époux, à un tigre furieux, mais adroit, qui s'approcbant par degrés de

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