‹ Œuvres de J. DelilleChapitre 387 sur 413 · A MADAME LA DUCHESSE DE DEVONSHIRE · texte numérisé non relu

A MADAME LA DUCHESSE DE DEVONSHIRE

De vos riches tableaux que j'aime les images.

POÉSIES FUGITIVES

Quand vous peignez ces monis sauvages, Noir séjour dos frimas , d'oîi tombent ces torrents , Où gronde le tonnerre, où mugissent les vents, Sillonnés de ravins , entrecoupés d'abîmes ! Lorsqu'avec tant de grâce , à leurs horreurs sublimes Vous opposez leurs tranquilles abris, Leurs doux ruisseaux et leurs vallons fleuris, Le vTai bonheur, loin d'un luxe profane, A leurs rochers confiant sa cabane , Toujours la vérité dirige vos pinceaux; Vous unissez la force à la mollesse :

Le cours des fleuves , des ruisseaux , Embrasse avec moins de souplesse Le terrain varié que parcourent leurs eaux. De la variété le mérite est si rare ! Toujours pour leurs Phaons soupirent nos Saphos ; Deshoulières m'endort aux chants des pastoureaux: Prodigue des grands traits dont sa muse est avare. Mieux qu'elle vous savez varier votre ton ; Je crois voir, à côté de l'aigle de Pindare,

La colombe d'Anacréon.

Ainsi , des saints devoirs et d'épouse et de mère , Des muses l'entretien charmant Vient quelquefois doucement vous distraire : A la raison voib joignez l'agrément , Le talent de bien dire au bonheur de bien faire : Telles naissent les fleurs au milieu des moissons. Mais c'étoit peu pour vous de briller et de plaire :

A vos enfants vous transmettez vos dons. De l'amour maternel tel est le caractère ; C'est dans ses tendres rejetons Qu'est sa volupté la plus chère; C'est dans eux qu'il jouit, c'est pour eux qu'il espère ; Au milieu de ses nourrissons, Ainsi la rose , déjà mère, Que les zéphirs trop tôt cèdent aux aquilons, Ne pouvant retenir sa beauté passagère.

Met son espoir dans ses jeunes boutons , Leur lègue ses parfums, sa grâce héréditaire. Sa couronne de pourpre et ses riches festons. De vous, de vos enfants c'est l'image fidèle; L'aimable Cavendish , grâces à vos leçons , Est le portrait charmant du plus parfait modèle ; Comme vous elle plaît, vous vous plaisez dans elle. Jouissez , reprenez vos aimables concerts:

Vos chants servent d'exemple aux nôtres ; Et le plus dur censeur eût fait grâce à mes vers, Si j'eusse été plus tôt le confident des vôtres. C'est peu de les aimer; encouragez les arts, Belle Georgiana ! c'est vous dont les regards (La mémoire encor m'en est chère) Ont les premiers, à ma muse étrangère.

D'un accueil caressant accordé la faveur, Et dissipé la crainte attachée au malheur. Dans les champs paternels, jadis simple bergèi'e ,

Elle chantoit aux montagnes , aux bois ; Les bois lui répondoient ; et même quelquefois ,

Il m'en souvient , sa chanson bocagère Sut se faire écouter dans le palais des rois.

Ce temps n'est plus: fugitive, exilée.

Sur les bords où chantoient les Popes, les Thompsons,

Sa voix tremblante essaya quelques sons : Albion lui sourit , elle fut consolée.

Tel un frêle arbrisseau qu'un orage soudain

Enlève et transporte sur l'onde.

Contraint de s'exiler sur quelque bord lointain ,

Suit au hasard sa course vagabonde.

Rencontre, aborde une terre féconde; Là, par Zéphire transplanté, Bientôt l'arbuste acclimaté Se croit dans son berceau : les enfants du bocage

Lui font accueil ; il partage avec eux Et la douce rosée et les rayons des cieux ; De sa fleur étrangère embellit ce rivage ,

Bénit son sort, et pardonne à l'orage.

En lui envoyant le poëme du SAïuT-GoTHARn.

Vous dont la lyre enchanteresse Unit la force à la douceur.

De la nature amant flatteur, A'^ous qui l'embellissez sans cesse, J'ose vous offrir, en tremblant , De l'humble pré la fleur nouvelle; Je la voudrois une immortelle , Si vous acceptez le présent.

Georgike Devonshire.

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