‹ Œuvres de J. DelilleChapitre 400 sur 413 · LES ADIEUX DU VIEILLARD · texte numérisé non relu

LES ADIEUX DU VIEILLARD

Fragment récité à une séance publique d^Tlastitut, le 9 avril 1812.

Ah ! que n'ai-je un langage assez tendre, assez doux 1

Je conterois comment un véritable sage

De la mort autrefois sut adoucir l'image.

Poêle philosophe, il avoit dans ses vers

Célébré la nature et chanté l'univers.

L'épouse qu'il aimoit, secondant son délire,

Joignoit ses sons louchants aux doux sons de sa lyre.

Mais pour durer toujours leur bonheur fut trop grand.

KUc, et quelques ainis, renlouroient expirant:

Trop heureux que sa main lui fermât la paupière !

Sa voix lui conGoil, à son heure dernière.

Non ces vœux des mourants, reçus par des ingrats.

Ces dons trop attendus, ces vains legs du trépas.

Écrits à la lueur des flambeaux funéraires.

De la nécessité tributs involontaires ,

Mais les vœux de son cœur. Dieux ! par quel doux Irans-

Il prolongeoit la vie et reculoit la mort ! [ port

Ce n'éloit point l'effroi de ce moment terrible;

Du départ d'un ami c'éloit l'adieu paisible.

Viens là, viens, disoit-il , ô toi que j'aimois tant!

Né pauvre , je meurs pauvre , et j'ai vécu content.

Mais c'en est fait ; reçois de ma reconnoissance

Ce peu que notre amour changeoit en opulence,

Tout ce luxe indigent qui, sous nos humbles ioits ,

Égaloit à nos yeux l'opulence des rois.

Vois ces vases sans art : leurs formes sont vulgaires ;

Mais nos chiffres unis te les reudront plus chères ;

Mais ils faisoient l'honneur de ce léger festin

Qui charmoit près de toi les heures du matin.

Hélas ! le ciel pour moi ne marquera plus d'heures !

Reçois donc, disoit-il , de l'ami que tu pleures ,

1 11 a traduit Tacite, Sallus'.e , et une grande partie de Tile-Livc.

2 MM. Girodet et Pcrcier ont donné le dessin du tombeau de Bureau de La Mullc.

POESIES FUGITIVES

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Cette image du temps, dont lu trompois le cours.

Puisse-t-elle, après moi, te marquer d'heureux jours !

Celle bcile, en mon sein si doucement cachée,

Qui par le trépas seul pouvoil m'èlre airachée,

Et qui , de Ion absence adoucissant l'ennui ,

Sentoil batire ce cœur, et reposoil sur lui;

Détache-la ! je souffre à me séparer d'elle;

Mais j'emporte en mon ame un portrait plus fidèle.

Le mien sera-t-il cher à tes tendres douleurs ?

Sera-t-il en secret mouillé de quelques pleurs ?

Ce fidèle animal, témoin de nos tendresses ,

Qui loug-temps entre nous partagea ses caresses ,

Que j'ai vu si souvent, fier de me devancer,

Reconnoiire Ion seuil , bondir et m'annoncer,

Et, qui dans ce moment, les yeux gonflés de larmes,

Semble prévoir ma fin , et sentir tes alarmes ,

Je !e lègue à tes soins. Puisse de nos amours

Le doux ressouvenir proléger ses vieux jours !

Tois-tu cette tablette , où sans fasie s'assemble

Ce peu d'auteurs choisis que nous lisions ensemble ?

Mon crayon y marqua les traits goûtés par toi :

Te ne les liras pas sans l'attendrir sur moi.

Tiens , reçois cet écrit , c'est mon plus cher ouvrage ;

Tous ces portraits, de moi trop infidèle image,

Ne peignent que mes ti-aits : celui-ci peint mon cœur.

J'y déposai mes vœux, mes plaisirs, ma douleur; ]\Ia défaillante main le fie à la tendresse. Dans cet écrit si cher, c'est moi que je le laisse, C'est moi qui me survis : un sévère destin , Hélas! avant le temps, l'arrache de ma main; Mais il de\Ta le jour à des mains que j'adore.

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