A M. ALISSAN DE CHAZET
Qui avoit adressé des vers à M. Delille, le jour de sa fête.
Cette fleur, que va uVenvier
La moins avide des abeilles ,
Suffit, j'en conviens, pour payer
D'un rimeur, simple jardinier.
Les plus ambitieuses veilles.
INIais la plus noble part du trésor printauier
Dont Flore remplit ses corbeilles.
Ne vaut pas un brin du laurier Dont vous ceignez le front de l'ainé des Corneilles '.
I Allusion à l'Eloge de P. Corneille, par M. de Cliazet.
FliN DES POESIES FUGITIVES.
DISCOURS
SUR L'ÉDUCATION
l'RONOINCÉ A LA DISTRIBUTION DES PRIX DU COLLÉGIi D'AMIENS, EN i-jGG.
Jamais peiil-èire on n'a parlé si soiiveul sur l'éJucalioii qu'on le fait aujourd'luii. Clia(|iie jour voil écloie sur cotte imporlaute matière cpu'l(|ue nouveau paradoxe. Pour moi, au lieu d'imaginer un système sur ce sujet , je me contenterai de rappeler les anciens principes; au lieu d'inventer des erreurs nouvelles, je me bornerai à rapi)eler danticpies vérités ; el peut-être mon discours n'en paroitra que plus nouveau. Je me propose donc de faire valoir les avantages d'une éducation mâle el solide, el les dangeis d'une éducation superlicielle el efféminée. Quel sujet pourroil mieux convenir, et aux auditeurs, je parle devant des pères et des nierez de ce qui doit faire le bonheur de leurs enfants; et à l'orateur , il est chargé par la confiance publique de ces gages inécieux; el au lieu de l'assemblée , je parle dans l'asile même de l'éducation; et à la ville entière, elle est consacrée à l'utile profession du commerce ? Et quelle profession a plus besoin de cette éducation sévère, que celle (|ui esl fondée sur une féconde économie, qui de tout temps a été l'amie de In sinqilicité des mœurs , el qui , en répandant le luxe dans les états , le redoute pour elle-même ?
Dans un sujet si noble , je u'aurois poinl eu recours à ces divisions, dont la symétrie puérile semble moins imaginée pour soulager l'esprit de ceux qui écoutent , que pour étajer la foiblesse de celui qui i^irle , si ce sujet même ne m'en eût fomni une toute naturelle : mais puisque l'éducation a trois objeis, le corps, l'esprit , le cu'ur, je suivrai ce partage nécessaire. Quelques personnes pourront trouver, dans les maximes de ce Discours, un excès de sévérité; mais à Dieu ne plaise (|ue , pour éviter ce reproche , je manque à mon sujet. J'aime nueux m'entendre accuser d'avoir outré le vrai par zèle, que de m'entendre blâmer de l'avoir dissimulé par foiblesse. D'ailleurs, une réflexion me rassure; c'est que la vérité, qui, dans les cercles el les sociétés particulières, paroil si liniide, souvent même si déplacée, reprend tout son ascendant et toute son autorité lorsqu'elle trouve les hommes léunis dans une nombreuse et respectable assemblée. Que mereste-t-il donc à désirer, si ce n'est de pouvoir m'exprilner d'une manière digne ^■l de mon sujet el de ceux qui m'entendent .'