LIVRE III
El boit un jus picjuanl 5r, neclar de ces déserls.
Nourris-lu des brebis pour dépouiller leurs laines? Fuis les bois épineux et les fertiles plaines; Que tes troupeaux â^, couverts d'un duvet précieux, D'une laine sans tache éblouissent les yeux. Qu'on vante du bélier la blancheur éclatante; Et même eùl-il l'éclat de la neige brillante , Si sa langue à tes yeux offre quelque noirceur, A l'époux du troupeau choisis un successeur : Au lieu de rappeler la blancheur de sa mère. L'enfant hérileroit des taches de son père. Diane, si l'on peut soupçonner que ton cœur Ait pu dans le dieu Pan reconnoître un vainqueur , Ce fut une toison p'us blanche que l'ivoire Qui dans le fond d'un bois lui valut la victoire.
Le laitage à tes yeux est-il duu plus graud prix ? Engraisse tes troupeaux de cytises ileuris; Sème d'un sel piquant 53 l'herbage qu'on leur donne : Il répand dans leur lait un suc qui l'assaisonne; Et, leur soif plus ardente épuisant les ruisseaux , En des sources de lait ils transforment ces eaux.
Plusieurs, pour conserver ce nectar salutaire. Défendent aux enfants l'approche de leur mère. Les laitages nouveaux du matin ou du jour. On les fait épaissir quand l'ombre est de retour; Ceux du soir , dans des joncs tressés pour cet usage , La ville au point du jour les reçoit du village; Ou, le sel les sauvant des atteintes de l'air. Dans un repas frugal on s'en nourrit l'hiver.
Il faut savoir aussi dresser des chiens fidèles 54 : D'un pain pétri de lait nourris ces sentinelles; Tu braves avec eux et les loups affamés 5â, Et le voleur nocturne , et les brigands armés :
Gens effrena viruin Rhipaeo tunditur Euro, Et pecudurn fulvis velantur corpora sœtis.
Si tibi lanitium ciiroe, primura aspera silva , Lappœque tribulique absint ; fuge pabula lœta ; Contiiiuoque grcges villis lege mollibus albos. Illum autetn , quamvis aries sit candidus ipse , IS'igra subcst udo tantum cui lingua palato, Rejice , ne maculis infuscet vellera pullis ^° Nascentum , plcnoque alium circumspicc campo Manere sic niveo lause, si crcderc dignum est. Pan, deus Arcadiae, captam te, Luna , i'efellit. In neraora alla vocans; nec tu adspernata vocanlera,
At, cui lactis amor, cytisum Intosque fréquentes Ipse manu salsasque ferat prasepibus herbas : Hinc et amant (luvios magis, et magis ubera tendunt. Et salis occultum relerunt in lacté saporera.
Multi jam excretos prohibent a matribus h»dos, Primaque ferratis praefigunt ora capistris. 400 Quod surgcnte die mulsere, horisque diurnis , Nocte premunt ; quod jam tenebris et sole cadente , Sub lucem exportans calalhis adit oppida pastor; Aut parce sale contingunt , biemique reponunt.
Kec tibi cura canum i'uerit postrema; sed una Veloces Spartae catulos acremque Molossum Pasce sero pingui : nunquam custodibus illis Nocturnura stabulis l'urem , incursusque luporum , Aut impacatos a tcrgo borrebis Hiberos.
S;epe etiam cursu timides agilabis onagros.
Tantôt tu les verras, pleins d'adresse ou d'audace,
Du lièvre 56 fugiiif interroger la trace.
Lancer le faon timide, ou dans les bois fangeux
Livrer au sanglier un assaut courageux;
Ou, pai' leur course agde et leur voix menaçante,
Presser des daims légers la troupe bondissante.
Sur- tout que le bercail soit purgé de serpents: Poursuis, la flamme en main 5?, tous ces hôtes rampants. Quelcjucfois sous la crèche une affreuse vipère Loin du jour importun a choisi son repaire; Et souvent la couleu\Te y roulant ses anneaux , Domestique ennemie, infecte les troupeaux. Dès que tu la verras s'agiter sur la terre. Va, cours, soulève un tronc, saisis-toi d'une pierre; Malgré ses sifflements, malgi-é son fier courroux, Frappe : déjà sa tète est cachée à tes coups. Taudis que de son corps , déchiré sur l'arène, Les cercles déroulés la suivent avec peine.
Plus terrible cent fois ce serpent écaillé Qui rampe fièrement sur son ventre émaillc. Qui, dressant dans les airs une crête superbe. Glisse assis sur sa croupe, et se roule sur l'herlie : Quand le printemps humide et l'autan orageux Gonflent les noirs torrents, mouillent les champs fangeux. Il habite des lacs les retraites profondes. Engloutit les poissons et dépeuple les ondes : L'été fend-il les champs, a-t-il tari les eaux.** Furieux il bondit du fond de ses roseaux , Et, les yeux enflammés et la gueule béante. De sa queue à grand bruit bat la terre brûlante. Me préservent les dieux d'aller dans les forêts Goûter le doux sommeil ou respirer le frais , Lorsque, oubliant ses œufs ou sa jeune famille,
410 Et canibus leporem , canibus venabere damas ; Saepe volutabris pulsos silveslribus apros Latratu turbabis agens, montesque par altos Ingentem clamore premes aJ retia cervum.
Dises et odoratam stabulis accendere cedrum , Galbaneoque agitare graves nidore cbclydros. Séepe sub immotis praesepibus aut mala taelu Vipera delituil, cœluraque exterrita fugit ; Aut tecto assuetus colubcr succédera et umbrx , Pcstis acerba boum , pecorique adspergere virus ,
420 Fovit humum. Cape saxa manu, cape robora, pastor; Tollcntemque minas et sibila colla tumentem Dcjice : jamque fuga timidum caput abdidit alte , Ouum medii nexus extrempeque agmina caudae Solvuntur, tardosque trahit sinus ultimus orbes.
Est etiam ille malus Calabris in saltibus anguîs , Squamca convolvens sublato pectore terga, Atquc notis longam raaculosus grandibus alvum , Qui, dum amnes ulli rumpuntur fontibus, et dura Vere madeiit udo terrae ac pluvialibus austris,
43o Stagna colit, ripisque babitans, hic piscibus atrac. Improbus ingluviera ranisque loquacibus explct. Poslquara exhausta palus , terrœque ardore debisciint, Exsilit in siccum, et flammantia lumina torquens Sœvit agris , asperque siti atque exterritus jestu. Ne mihi tum molles sub divo carpere soranos, Neu dorso neraoris libeat jacuisse per herbas, Quum, positisuovus exuviis, nitidusque juventa,
LES GEORGIQUES
Ce monstre, enorgueilli de l'éclat dont il brille, Sous sa nouvelle peau , jeune, agile et vermeil , Darde une triple langue et s'élale au soleil !
Je veux t'apprendre aussi les marques, l'origine Des mau\ qui d'un bercail entraînent la ruine. Si des buissons aigus , ou les âpres hivers , Ou les eaux de la pluie ont pénéiré leurs chairs; Si, lorsque le ciseau leur ravit leur dépouille, Le bain ne lave pas la sueur qui les mouille , Souvent un mal laonteux infecte les agneaux : Pour les en garanlir plonge-les dans les eaux; Que le hardi bélier s'abandonne à leur pente, Et sorte en secouant sa laine dégouttante; Ou bien enduis leur corps , privé de sa toison , De la graisse du soufre et des sucs de l'oignon; Joins-y des verts sapins la résine visqueuse. L'écume de l'argent , une cire onctueuse , Et la fleur d'Anticyre , et le bitume noir, Et le marc de l'olive enlevé du pressoir; Ou plutôt , pour calmer la sourde violence D'un mal qui se nourrit et s'accroît en silence , Hâte-toi, que l'acier sagement rigoureux S'ouvre au sein de l'ulcère un chemin douloureux. C'en est fait des troupeaux , si les bergers tranquilles Ne combattent le mal que par des vœux stériles. Même quand la douleur, pénétrant jusqu'aux os, D'un sang séditieux fait bouillonner les flots , Sous le pied des brebis que la fièvre ravage Qu'à ces flots jaillissants le fer ouvre un passage ; Art connu , dans le nord 58, de ces peuples guerriers Qui rougissent leur lait du sang de leurs coursiers. Vois-tu quelque brebis chercher souvent l'ombrage ,
Volvitur, aat catulos tectis aut ova relinquens, Arduus ad solem, et linguis mical orc trisuleis!
* 10 Morborura quoqiie te causas et signa doccbo. Turpis oves teQtat scabies , ubi frigidiis iruber Altius ad vivum perscdit , et horrida cano Bruma gelu; vol quura tonsis illotus adha;sit Sudor, et hirsuti sccueiunl corpora vêpres. Dulcibus idcirco fluviis pccus ouine niagistri Perfundunt , udisque aries in gurgite villis Mersatur, missusque secundo dcfluit amni ; Aut tonsum trisli contingunl corpus amurca , Et spumas miscenl argent! , vivaquc sullura ,
4'8 idœasque pices , et pingues unguine ccras ,
Scillaraque, eileborosque graves, nigrumque bitumcn. Non tamen alla magis prssens fortuna laborura est , Quam si quis Icrro potuit rescindere summum Ulceris os. Alitur vitlum, vivitque tcgendo. Dura medicas adhibere manus ad vulnera pastor Abnegal, et meliora deos scdet oraiua poscens. Quin eliara , ima dolor balantum lapsus ad ossa Quum furit, atque artus depascitur arida lebris. Profuit ioceusos aestus avertere , et iuter
i^° Ima ferire pedis salientem sanguine venam ; Bisallae quo more soient, acerque Gelonus , Quum fugit in Rhodopen , aut in déserta Gelarum , Et lac concretum eum sanguine potal equino.
(}uam procul aut molli succedere ssepiiis umbrœ Videiis, aut summas carpenlem igoavius hcrbas, Ettrcmamque lequi , aut medio procumberc carapo
Effleurer à regret la pointe de l'herbage , Sur le tendre gazon tomber languissamnient, La nuit seule au bercail revenir lentement ? Qu'elle meure aussitôt; le mal, prompt à s'étendre, Deviendroit sans remède , à force d'en attendre.
Autant qu'on voit de flots se briser sur les mers , Autant dans un bercail régnent de maux divers : Encor s'ils s'arrètoient dans leur funeste course ! Pères, mères, enfants, tout péril sans ressource. Timave ^9, Noricie, ô lieux jadis si beaux, Empire des bergers, délices des troupeaux. C'est vous que j'en atteste : hélas! depuis vos pertes , Yous n'offrez plus au loin que des plaines désertes.
Là , l'automne exhalant tous les feux de l'été , De l'air qu'on respiroit souilla la pureté, Empoisonna les lacs , infecta les herbages , Fit mourir les troupeaux et les monstres sauvages. Mais quelle affreuse mort ! D'abord des feux brûlants Couroient de veine en veine , et desséchoient leurs flancs ; Tout-à-coup aux accès de cette fièvre ardente Se joignoit le poison d'une liqueur mordante, Qui, dans leur sein livide épanchée à grands flots, Calcinoit lentement et dévoroit leurs os. Quelquefois aux autels la victime tremblante Des prêtres en tombant prévient la main trop lente ; Ou, si d'un coup plus prompt le ministre l'atteint, D'un sang noir et brûlé le fer à peine est teint : On n'ose interroger ses fibres corrompues, Et les fêtes des dieux restent interrompues. Tout meurt dans le bercail ; dans les champs tout périt ; L'agneau tombe en suçant le lait qui le nourrit ; La génisse languit dans un vert pâturage :
Pasccntem , et serse solam decedere nocti ; Continuo culpam ferre coropesce, priusquam Dira pcr incautum serpant contagla vuigus.
47° Non tam crcbcr agcns hiemem ruit a;quore turbo, Quam multae pecudum pestes : nec singiila morbi Corpora corripiunt; sed tota xstiva repente, Spemquc gregemque slmul , cunctainque ab origine gcntem Tum sciât, aerias Alpes et Norica si quis Castella in lumulis, et lapydis arva Timavi , Kunc quoquc post tanto vidcat , desertaque régna Pastorum , et longe saltus lateque vacantes.
Hic quondara morbo cœli miscranda coorta est Terapeslas, totoque auctumni incanduit restu ,
480 Et genus omne neci pecudum dédit, omne ferarum ; Corrupitque lacus , infccit pabula tabo.
Nec via mortis erat simplex ; sed ubi ignea venis Omnibus acta sitis miseros adduxerat artus, Rursus abundabat fluidus liquor , oraniaque in se Ossa minutatim morbo collapsa trabebat.
Saepe in honore deum medio stans hostia ad aram, Lança dum nivca circumdatur infula vitta, Inter cunctantes cecidit moribunda ministres. Aut si quam l'erro raactaverat ante sacerdos ,
490 Inde neque imposilis ardent altaria fibris, Nec responsa potest consultus reddere vates; Ac vix snppositi tinguntur sanguine cultri, Summaque jojuna sanie infuscatur arena.
Ilinc Istis vituli vulgo moriuntiu' in herbis , Et dulces animas plena ad pr^^epia reddunt :