‹ Œuvres de J. DelilleChapitre 65 sur 413 · C-j L'olivier, par la terre une fois adopté · texte numérisé non relu

C-j L'olivier, par la terre une fois adopté

De ces pénibles soins n'attend pas sa beauté.

Quoique Virgile nous assure qu'on ne cultive point l'olivier, les Provençaux l'élaguent de temps en temps. C'est par comparaison avec la vigne, que notre poëte prétend que l'olivier ne demande aucun soin. Columelle dit aussi que c'est de tous les arbres celui qui en exige le moins; que, lors même qu'on le néglige, il ne dégénère pas comme la vigne; qu'il ne cesse de porter toujours quelques fruits; et que la plus légère culture lui rend sa première fécondité.

66 Pour nos jeunes chevreaux les aliziers fleurissent.

Il y a dans le texte, tondentur cjtisi. On est partagé sur la nature de l'arbre que Virgile appelle cytisus. Un excellent botaniste anglais croit , d'après tout ce qu'en ont dit Théophraste et Pline , que c'est le cjtisiis Maranthce.

67 J'aime et des sombres buis le lugubre coup d'œil. Et de ces noirs sapins le vénérable deuil.

Il y a dans le texte undantem buxo Cytorum Naryciceque

NOTES DU LIVRE II

picîs lucos. On est partagé sur la situation du mont Cytorus. Si l'on en croit Strabon , il est dans la Paplilagonie. ISarj ce ctoit une ville des Locriens.

68 Pour former nos lambris leurs arbres sont utiles.

Il y a dans le texte, dotnilus cedrosqiie , cupressosque. Yitruve prétend qu'au défaut de sapin et d'abics, on peut se servir de cyprès, de peupliers, etc.; ce qui scmbleroit indiquer que Vitruvc ne rcgardoit pas le cvprès comme le meilleur bois de construction : mais M. Perrault, dans son édition de Vitruve, remarque « que le cyprès est, sans comparaison, « meilleur que l'abiès et le sapin; Théophraste en parle « comme du plus durable, et du moins sujet aux vers et à la « pourriture, étant celui dont on trouve les plus anciens « édifices avoir été bâtis. »

69 Ah! loin des fiers combats, loin d'un luxe imposteur, Heureux l'homme des champs , s'il connoît son bonheur !

J'ai exprimé ce que Virgile a sous-entendu : il venoit de peindre des combats, nés au milieu des festins et de la débauche; il passe à l'éloge du bonheur dont jouisscnlles laboureurs dans leur paisible médiocrité.

70 Sous les lambris pompeux de ses toits magnifiques...

Virgile dit; varias pulchra testudine postes. Les Romains ornoient leurs portes d'écaillés de tortues, qu'ils incrustoient encore de pierres précieuses. Farios peut sigulficr que ces ornements étoient placés de distance en dislance.

71 Des grottes, des étangs, une claire fontaine...

J'ai tâché, dans ma traduction, d'imiter la différence de ton que Virgile a mise entre ce morceau et celui qui précède. En peignant les efforts du luxe et la magnificence des grands, ses vers sont travaillés, soutenus, et pompeux.

Si non ingentem foribus domus alta superbis Mane salutantum toîis vomit aedibus undam...

Ici, pour mieux peindre la douce aisance dont jouissent les habitants de la campagne, ses vers sont simples et faciles :'

At latis otia fundis , Speluncae , vivique lacns ; at frigida Tempe , Mugitusque boum , mollesque sub arbore somni , Non absunt , etc.

On ne peut trop le redire, c'est le talent de peindre par les sons qui caractérise Virgile et les grands poetçs.

72 O vous , à qui j'offris mes premiers sacrifices , Muses , soyez toujours mes plus chères délices 1

Le premier vœu de Virgile étoit d'être grand philosophe, et de percer les secrets de la nature; le second, de vivi'e en paix dans un asile champêtre. Tout ce morceau est plein de sentiment, de poésie, et de mouvement. Cette dernière qualité, qu'on admire si souvent dans la poésie de Virgile , est aussi rare que précieuse. Quelle différence entre une froide description du bonheur qu'on goûte à la campagne, et ces tours, CCS expressions enflammées:

0 obi campi Sperchiusque , et virginibus bacchata Lacaenis Taygeta! o qui me gelidis in vallibus Haemi Sistat , et ingeiiti ramoriim protegat umbra !

Il faut remarquer ici que les Romains, qui vivoient dans un pays chaud, se faisolentune peinture délicieuse des pays oîi la chaleur est plus modérée; au contraire, un habitant de la Zemble soupireroit après des climats moins froids.

t3 Comment de nos soUils l'inégale clarté

S'abrège dans l'iiiver , se prolonge en été

Voilà deux vers qui prouvent combien les anciens étoient peu avancés en astronomie : cette question ne seroit guère digne aujourd'hui de nos grands physiciens. Comme ces deux vers finissent la tirade dans Virgile, j'ai cru devoir en ajouter deux qui la terminassent d'une manière plus pompeuse, mais dont le sens est dans ces mots de Virgile, cœlique vias et sidéra monstrent.

74 Heureux le sage , instruit des lois de la nature...

Il est clair que c'est de Lucrèce que veut parler ici Virgile. Ces vers expriment l'objet que ce poëte s'étoit proposé. 11 oppose à celui qui sonde les secrets de la nature celui qui sait jouir de ses richesses. Il semble que ceci est une comparaison indirecte entre le poërae de Lucrèce sur la nature des choses , et celui de Virgile sur la culture de la terre.

75 L'intérêt, dont la voix fait taire le sang même.

Virgile écrivoit ses Géorgiques dans le temps que Phraate et Tiridate se disputoient le trône de Perse; et c'est à quoi sans doute ce vers fait allusion.

-,0 Son cœur n'est attristé de pitié ni d'envie.

II me semble qu'aucun commentateur ni traducteur n'a compris le vrai sens de ce passage. Ils ont prétendu que Virgile faisoit ici du laboureur un stoïcien insensible à toutes les passions. Il ne s'agit plus ici du philosophe , mais d'un habitant paisible des champs : on ne voit point à la campagne , comme dans les villes, les extrêmes de l'opulence et de la pauvreté; on n'y voit point l'appareil fastueux du luxe f ontraster avec les lambeaux de la misère : l'égalité y règne. Ainsi cette exemption d'envie et de pitié , que le philosophe ne doit qu'aux efforts d'une raison cultivée , le laboureur la doit à sa situation même, qui recule de ses yeux ce qui peut faire plaindre ou envier le sort d'autrui.

77 Pour dormir sur la pourpre , et pour boire dans l'or.

Il y a dans le texte, ut gemma bibat. Les anciens se faisoicnt une gloire de couvrir leurs tables de vases de pierres précieuses; et les coupes d'agate, de jaspe, etc., que l'on conserve dans les cabinets et les trésors publics, servoicnt probablement aux princes et aux personnes riches : telle est la coupe de saphir que l'on conserve dans l'église de Saint-Jean à Monza, près de Milan. Elle fut laissée par Theudelinde, reine des Lombards, qui bâtit et dota cette église. Dans le trésor de Saint-Denis il y a une large coupe d'agate orientale, avec des bas-rclicfs représentant un sacrifice. Pline, dans sou Histoire naturelle, rapporte que Pétrone, quelques moments avant sa mort, fit briser une coupe d'un très grand prix, de peur qu'elle ne tombât entre les mains de Néron. Sarrano ostro , dans le même vers, signifie la pourpre de Tyr ; cette vilie étoit nommée anciennement Sara.

78 Les bois donnent leurs fruits...

Il paroît, par ce passage et par plusieurs autres, que Icî anciens recueilloienl les baies de certains arbres pour former des espèces de confitures, ou pour en exprimer des liqueurs.

Plusieurs poëtes ont fait l'éloge de la vie champêtre ; Lucrèce dans le premier livre de son poëme; Vanière dans son Prtedium rusticum ; Ange Politicn dans le pocme intitule Piusticus : aucun de ces morceaux ne me paroit approcher de celui de Virgile.

NOTES DU LIVRE III

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