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sculpteurs, s'ils avoicnt à caracti'riscr la Champagne ou la r.ourgognc, ne fissent le même Lonneur à leurs vins.
Le vin de Plianée étoit le même que celui de Chio , île de la mer Kgce. Il a eu , comme les autres vins fameux, l'honneur d'ctre chanté par Horace. L'cpithèle lex , si l'on ea croit Servius, est empruntée de Luciniiis, qui dit, xio; -.'. Sjvâsri;;.
Le mot Argitis, à ce que l'on croit, vient d'Argos, ville du Péloponnèse, aujourd'hui la Morée. La petite espèce étoit apparemment plus estimée que la grande.
Le vin ou le raisin de Rhodes se préscutoit au dessert ; c'étoit Je moment où l'on faisoit des libations en l'honneur des dieux.
Le bumaste étoit un gros raisin qui tire son nom du mot grec, qui signifie mamelle de 'vacite. On connoit encore en Italie, et sur-tout à Florence, un gros raisin rouge qui se présente au dess«rt.
24 Mats qui pourroit compter et nommer tous ces vins?
Pline nous apprend que Démocrite seul avoit cru qu'on pouvoit compter les diverses espèces de vin. Je ne conçois guère mieux la possibilité que l'utilité d'un pareil calcul.
25 Tout sol enfin n'est pas propice à toute plante.
Virgile, après avoir traité de la diversité des arbres et de leurs espèces , parle maintenant des terrains les plus propres à chacun d'eus. Chaque sol, chaque climat produit des arbres différents. On a poussé trop loin cette maxime, qui nous a long-temps privés des productions étrangères. L'usage nous apprend tous les jours qu'une foule d'arbres et de plantes qu'on croyoit ennemis de notre climat peuvent s'y naturaliser. Les différents pays font tous les jours des échanges de végétaux. La vigne étoit autrefois inconnue aux Gaules; elle y réussit mieux aujourd'hui qu'en Italie même. Ainsi, quoiqu'il soit vrai de dire qu'il faut consulter la nature du terrain, il n'est pas moins vrai qu'il faut se défier des préjugés qui semblent avoir consacré pour jamais tel sol et tel climat à telles ou telles productions.
26 Sur les rives du Gange on voit noircir l'ébène.
L'ébène est Jin bois des Indes, dur et pesant, propre à recevoir le plus beau poli. Il y en a de trois sortes , le noir, le rouge et le vert : on trouve ces trois sortes à Madagascar; l'Ile de Saint-Maurice fournit une partie de celui qu'on emploie en Europe. On n'est pas d'accord sur la nature de l'arbre qui donne l'ébène noir. Ce bois parut à Rome pour la première fois lorsque Pompée triompha de Mithridate. Pline dit qu'étant brûlé il répand une odeur agréable , ce qui a fait croire que cette ébène n'étoit pas semblable à la nôtre, et que ce pouvoit être une espèce de bois de gaïac.
27 Là , d'un tendre duvet les arbres sont blanchis.
Le cotonnier dont il s'agit ici est un arbuste qui s'élève à b hauteur de huit à neuf pieds; son fruit, arrondi intérieurement et divisé en quatre ou cinq loges, s'ouvre par le haut pour laisser sortir les semences enveloppées d'une espèce de laine propre à être filée, et qu'on nomme coton , du nom de la plante.
28 Ici d'un fil doré les bois sont enrichis.
Les Romains, qui n'avoient point de commerce immédiat avec la Chine, et chez qui la soie u'arrivoit qu'après avoir passé par bien des mains étrangères, avoicnt entendu dire qu'on la recueilloit sur des arbres; d'où ils concluoient qu'elle étoit la production des arbres mêmes. Or, nous savons aujourd'hui que l'on trouve à la Chine une espèce de ver à soie ,
aussi commune que le sont les chenilles en Europe , qui se nourrit et se métamorphose sur toutes sortes d'arbres , et une autre qui couvre de ses fils les arbres mêmes. Les étoffes ds soie, que les Romains achetoient au poids de l'or, n'étoienl que des gazes qui laissoient voir ce qu'elles paroissoient couvrir. Outre la raison de bienséance, une sage politique engageoit les Romains à interdire la soie : ils craignoient, aveo raison , que le libre achat de cette précieuse marchandise na fit passer aux extrémités de l'Orient des sommes immenses qui ne reviendroient point dans l'empire. 11 semble que la nature, en donnant la soie au genre humain, nous a fait un présent très équivoque : si d'un côté la soie est une sourco d'agréments, de commodités, de richesses, de l'autre elle est nuisible aux progrès de l'agricidture : plus l'usage de la soia est commun, moins on a besoin de laine, moins on nourrit de troupeaux, moins on a d'engrais pour fertiliser les terres. Cette raison, quoique vieille, n'en est pas moins sensée : c'étoit elle qui avoit prévenu le sage Sully contre les manufactures d'étoffes de soie. Peut-être ne devroit-on les admettre que dans les pays stériles , ou dans ceux qui regorgent d'habitants et de cultivateurs, comme la Chine. ( La Bletterie. )
29 Le Xil du vert acanthe admire les feuillages.
Virgile a fait souvent mention de l'acanthe dans le quatrième livre : il le représente comme une plante flexible et tortueuse.
Flexi tacuissem vimen acanthi.
Dans la quatrième églogue il en parle comme d'une plante très agréable.
Mixtaque ridenti colocasia fuodet acantbo.
On a suppose, peut-être avec assez de raison, qu'il y avoit deux sortes d'acanthe, dont l'une est une plante d'Egypte, et l'autre une plante à laquelle ont rapport les passages que j'ai cités. L'arbre est décrit par Théophraste. Selon lui, il est nommé acanthes, parce qu'à l'exception de sa tige, il est tout hérissé d'épines; sa fleur est belle, et employée par les médecins. Il donne une espèce de gomme. D'après la description qu'en fait Théophraste , il semble que c'est l'acacia d'Egypte , d'où l'on tire ce qu'on appelle la gomme arabique. Le suo qu'on exprime des siliques de l'acacia, avant qu'elles soient mûres, s'emploie maintenant au Caire. Prosper Alpin, qui a recueilli lui-même la gomme de cet arbre, assure qu'il est le seul dans l'Arabie et dans l'Egypte qui en produise. Je parlerai de l'autre espèce d'acanthe dans les notes du quatrième livre.
30 Le baume, heureux Jourdain , parfume tes rivages.
Pline dit que le baume est un arbuste qui ne croît que dans la Judée, et qui ne se trouvoit autrefois que dans les jardins du roi. Vespasien et Titus firent voir à Rome cet arbuste dans la cérémonie de leur triomphe , après avoir terminé la guerre contre les Juifs. Les Juifs, ajoute-t-il, traitèrent cette plante comme eux-mêmes, en s'cfforcant de la détruire, afin que les Romains ne pussent s'en rendre les maîtres : les Romains en prirent la défense, et l'on combattit pour un arbuste.
II ressemble plus à la vigne qu'au myrte : on le coupe avec le verre ou des couteaux de pierre ou d'os : on appelle opohalsamum la liqueur qui coule de la plaie, etc. Josèphe dit que cette plante avoit été apportée d'Egypte en Judée, et qu'elle fut donnée à Salomon par une reine d'Egypte et d'Ethiopie. ( Despontaikes. )
3i Et l'Inde au bord des racrs voit monter ses forets...
11 y a dans Is texte : extremi sinus nrbis : e'cst le golf* du
NOTES DU LIVRE IL
Cangc ; c'cloil l'extroiiiité du moriile connu. On peut lire dans Quinte-Curce, livre ix, la description des forêts dont parle ici Virgile. Pline a mis en prose ces vers de Virgile : Arbores quidcm tantœ procerilatis traduntur, ut sagittis superari nequeant.
32 Vois les arbres du Mède , et son orange amère....
L'arbre que décrit Virgile n'est autre chose que le citronnier; les Grecs l'appeloient medicum, et les Latins citrium. Virgile en parle comme d'un contre-poison efficace; Athénée, qui lui attribue le même effet, en cite un exemple remarquable. Un gouverneur d'Egypte avoit condamné deux malfaiteurs à mourir de la moi'sure des serpents : comme on les conduisoit au lieu du supplice, une personne, touchée de leur sort, leur donna à manger un citron, qui les préserva du venin des serpents. Le gouverneur surpris demanda ce qu'ils avoient mangé ou bu ce jour-là : on lui répondit qu'ils n'avoient mangé que du citron. Il ordonna que le jour suivant on en douneroit à l'un des deux seulement. Celui-là fut sauvé une seconde fois, et l'autre périt sur-le-champ. Cette histoire a bien l'air d'un conte. Virgile attribue au fruit de cet arbre un goût désagréable : il peut avoir été amélioré par la culture.
33 Mais l'InJe et ses forêts, et leur riche trésor...
Rien de plus naturellement amené que cet éloge de l'Italie : on peut le comparer avec celui de l'Italie moderne par Addison, dans une épitre à milord Halifax. Ce morceau de poésie me paroît digne de Virgile lui-même.
34 Colchos, pour labourer tes vallons fabuleux...
Virgile veut dire que l'Italie n'est point riche en fictions comme quelques pays vantés par les Grecs, mais qu'elle possède des biens réels , du blé , du vin , des oliviers , etc. Ces vers font allusion à ces taureaux de la Colchide dont les naseaux jetoient des flammes. Jason les dompta, les attela, et sema les dents du dragon qui gardoit la toison d'or : elles devinrent pour lui autant de soldats. Virgile, comme on aura souvent lieu de l'observer, tourne volontiers en ridicule les fictions des Grecs ; tel est ce vers dans le premier livre :
Quainvis ElysLos miretur 6r*cls rampos; celui-ci dans le second :
Atque habitœ Graiis oracula quercus;
ceux-ci au commencement du tioisième :
Quis aut Eurysthea durum , Aut illaudati nescit Busitidis aras?
et une foule d'autres, où il semble que ce grand ])oi'le s'indignoit de la supériorité qu'on avoit jusqu'alors accordée aux Grecs sur les Romains. Personne n'a plus que lui fait pencher la balance.
35 Deux fois nos fiuîts sont mûrs , deux 'ois nos brebis pleines. On regarde communément ces vers coiome une exagération ; cependant Varron et Pline parlent d'un pommier qui , dans un canton d'Italie près de Coscence en Calabrc, portoit des fruits deux fois l'année. Un commentateur anglois , que j'ai déjà cité, dit qu'on lui a parlé en Italie d'une vigne près d'Ischia qui donnoit du raisiu trois fois par an, et qui, par cette raison, s'appelle uva di tre 'volte l'anno. Uy a des grappes qui mûrissent au mc.'j d'août, d'autres au mois d'octobre, d'autres enfin au mois de décembre oa de janvier; ce qiù répond à ce passage de l'Iine : faites qitidem et trif'erœ siinf, ûaaf oh id insanas vacant, qtionia-n in Us aliie matiiresctint , aliu' targescunt , aliw Jloreni. Ils ont aussi
des figuiers qui donnent des fruits deux fois l'année, l° au mois d'août et de septembre, i" au mois de mai : cette dernière récolte est appelée pour cette raison^co di pascha. Près de Naples il y a un endroit fameux par ses figuiers , où l'on couvre de paillassons les petites figues qui n'ont point mûri en automne; elles passent ainsi l'hiver, et mûrissent au printemps. En voilà assez pour justifier Virgile sur cet article.
36 Mais ce sol ne nourrit ni le tigre inhtimain , Ni le poison qui trompe une imprudente main.
Aucun traducteur n'a fait entendre le véritable .sens de ces vers, faute d'avoir pris garde au mot At. Virgile veut dire que le climat d'Italie renferme tous les avantages des pays chauds, sans en avoir les inconvénients : ainsi, dit-il, nos arbres et nos troupeaux portent deux fois; mais ( malgré la chaleur du climat) ou n'y trouve ni poisons, ni scrpenl-s monstrueux, etc. La suppression du seul mot mais défigure entièrement ce morceau; et ce qui forme dans Virgile un rapprochement ingénieux n'offre chez les traducteurs que des idées décousues. Au reste, ce n'est pas dans ce seul endroit qu'ils ont commis cette sorte d'infidélité : par-tout ils passent les mots qui font liaison. Il est plaisant après cela devoir l'abbé Desfontaines convenir de bonne foi que les Géorgiques sont écrites sans méthode.
37 Nul lion n'y rugit , et jamais sur l'arène
Une hydre épouvantable à longs plis ne s'y traîne.
Virgile ne dit pas qu'il n'y ait point de serpent en Italie , mais seulement qu'on n'y en trouve point de monstrueux.
38 Vois ces forts suspendus sur ces rochers sauvages.
Il y a encore en Italie une multitude de villes situées sur des rochers : dans la route de Rome à INaples on en voit quatre d'un seul coup d'oeil.
39 La mer de deux côtés nous présente son sein.
L'Italie est entre deux mers; la mer Adriatique au septentrion, qu'on appelle aujourd'hui le golfe de Venise, et la mer Tyrrhénieune au raidi. Ces deux mers s'appeloient mare superum et mare inferum, ( Desfontaines, )
40 Ici le Lare étend son enceinte profonde.
Le Lare est un grand lac au pied des Alpes dans le Milanais : on le nomme aujourd'hui Lago di Compo. Le Bénac est un autre grand lac dans le Véronais : on l'appelle Lago di Garda. Pour ce qui regarde les lacs Lucrin et Averne, les historiens nous fournissent l'explication de ce passage. Dion dit : Cumes est une ville de la Campanie, où, entre Misène et Pouzzol, est une place de la figure d'un demi-cercle, presque environnée de monticules stériles. On y compte trois petites baies : la première , qui s'avance le plus dans la mer, est moins éloignée des villes; la seconde, appelée Lucrin, est près de la première ; la troisième, qui entre davantage dans les terres, semble être un lac , et s'appelle Averne. La première de ces baies se nomme Im baie Tyrrliénienne. Entre la première et la troisième. Agrippa resserra le Lucrin : il n'y laissa qu'un peu d'eau , et en fit un port commode. Le golfe Lucrin , dit Strabon, est séparé de la mer par une digue longue de huit stades, et seulement assez large pour qu'un chariot puisse rouler dessus. Comme l'eau passoit souvent par-dessus la digue. Agrippa la fit rétablir, et ménagea une entrée pour les petits vaisseaux. Le golfe d'Averne est renfermé dans celui de Lucrin. Suétone dit aussi : Portum Julium apud Baias , immisso in Lucrinum et Avernum mari, (^Agrippa) eJJ'ecit. Les trois golfes servent à former le port Julius. De l'un on
NOTES DU LIVRE II
c:itroil dans l'autre. Le golfo Tnrhénicn cloit le plus avancé ilans la mer : le Lucriu ctoit sépare du Tyrrhéuicn par une digue ouverte au milieu , pour donner passage aux vaisseaux : puis le golfe ou lac Averne, plus avance dans les terres, et qui recevoit l'eau des deux autres golfes. Ce port l'ut construit l'an de Rome 717, dans le temps du triumvirat.
41 Toi sur-tout, toi. César, qui sur des bords lointains Soumets l'Inde tremblante a l'ajgle des Romains.
Il me semble que Virgile ne veut point parler ici des drapeaux que les Parthes renvoyèrent à Auguste, comme le prétend l'abbé Desfontaines : aucun des mots du texte ne favorise cette interprétation forcée. Je crois plus volontiers que le poète parle ici de quelque avantage remporté sur Cléopàtre et les Égyptiens avant la bataille d'.\ctium. Le mot Induin ne fait rien contre cette explication. Plusieurs auteurs, et Virgile lui-mcmc, ont souvent employé ce mot Indi pour tous les peuples qui babitoient les pays rhauds, et qui étuient au-delà de la mer Méditerranée.
42 Terre féconde en fruits, en conquérants fertile. Salut.
J'ai cru qu'on me pardonneroit cette dernière expression, plus \ive que ces mots. Je te salue. Ou peut comparer avec ce bel éloge de l'Italie celui que Pline en fait à la lin de son Histoire naturelle.
43 Le Toscan sous ses doigU fait résonner l'ivoire.
C'étoient ordinairement des Toscans qui jouoient de la flûte dans les sacrifices : ils étoient fameux pour leur gloutonnerie; ce qui a fait dire à Wr^Ae pinguis Tyrr/ienus , comme Catulle avoit dit ohesus Etruscus. Lue fois ils quittèrent Rome, parce que (je ne sais en quelle circonstance) on les empécba de satisfaire leur amour pour la bonne chère. Ils ne consentirent à leur retour que sous la condition qu'on leur permettroit de manger dans les sacrifices, k la villa Justiniani on voit un bas-relief où ils sont représentés avec l'embonpoint que Virgile leur attribue ici. Étoit-ce en leur qualité de Toscans qu'ils étoient ivrognes et gloutons, ou en leur qualité de musiciens? je l'ignore.
44 Va clans ces prés ravisa ma chère Mantoue ...
Ces vers ont rapport au sujet de la première églogiie. Dans la distribution qu'Auguste fit du territoire de Mantoue aux soldats vétérans, Virgile perdit son patrimoine, qui lui fut rendu par la protection de Mécène. Les vers àz Virgile en cet endioit sont pleins de la plus touchante sensibilité et de la plus aimable poésie. Je ne crois pas prêter des beautés àVirgile en faisant remarquer la marche et le ton de la douleur dans ce vers composé de spondées :
Et qualem infelix amisit Mantua campum.
46 Mais fuis ce mont pierreux , dont le maigre teiTain Offre à peine à l'abeille un humble i
11 y a dans le texte, Fix humiles apibus casias roremque ministrat. On a, je crois, mal entendu ce mot casia. 11 y en avoit de deux sortes; l'une étoit un arbrisseau aromatique que Virgile désigne probablement dans ce vers,
Nec casia liquidi corrumpitur usus olivi ;
l'autre étoit une herbe commune en Italie; et c'est sans doute cette seconde espèce que désigne ici Virgile, puisqu'il en parle comme d'une plante vulgaire. 11 ne faut pas s'étonner que Virgile emploie pour deux choses dilTérentes la même dénomination. iNous avons déjà vu que les mots lotos et acanthe désignent chacun un arbre et une plante en même temps.
M. Martyn , botaniste anglais, croit que la plante ap])elée casia, qu'il faut distinguer de l'arbrisseau, est le cneorum des Grecs, ou le thymelea de Pline, qui porte \e granum cnidium. Le romarin étoit appelé ainsi , i" parcequ'il servoil d'aspersoir, comme l'bysope dans l'Écriture sainte; 2" parcequ'il croît dans les pays maritimes.
46 Pour ce terrain poreux , où l'air trouve un passage...
Ces vers peignent très fidèlement le territoire de la Campanie, qui pendant une partie du jour est toujours couvert d'un léger brouillard. Quoiqu'il y ait à peine une source dans tout cet espace de pays , cependant le sol est toujours frais : aussi est-il de la plus grande fertilité. M. Holdsworth assure que dans le voyage qu'il y a fait, il s'est souvent rappelé ces vers de Virgile.
47 Telles on aime à voir ces campagnes fécondes
Que le Ctiin trop souvent engloutit sous ses ondes; Tels les champs du Vésuve, et ces heureux vallons Dont la riche Capoue admire les moissons.
Capoue étoit la capitale de la Campanie. On sait que le mont Vésuve est un volcan de la même province. Le Clain est un fleuve très sujet à se déborder, et qui inonda souvent la ville d'Acerres, bâtie sur ces bords. Cluvérius nous apprend que de son temps ce fleuve se débordoit encore fréquemment, et qu'on avoit creusé des canaux pour recevoir ses eaux, et les conduire par un chemin plus court à la mer, entre l'ancienne embouchure de ce fleuve et le Vulturne.
48 Le pin , le lieiTe noir , et l'if contagieux...
Les baies de notre lierre commun sont noires quand elles sont mûres : ainsi il est probable que c'est de cette espèce qu'il est ici question. Virgile fait mention ailleurs d'un lierre blanc, ainsi que Théophraste et Pline; mais nous ne connoissons aucune plante de cette nature. A l'égard de l'if, son fruit passoit chez les anciens pour être un poison. Jules César nous apprend qu'un certain Cativulcus s'empoisonna lui-même avec ce fruit. Ou croyoit ses feuilles mêmes funestes aux chevaux , et les Anglais en sont encore persuades. Plusieu.'-s personnes m'ont assuré avoir mangé de son fruit impunément ; mais cette différence peut venir du climat. Dioscoride prétend que l'if n'est point dangereux par-tout, mais que son fruit est mortel en Italie. Peut-être y eu a-t-il de différentes espèces. Fn efict, on parle d'une sorte d'if cultivée dans les jardins de Pise, plus touffue que l'if ordinaire, portant des feuilles semblables à celles du sapin, et répandant une odeur si empestée, que, quand on la taille, les jardiniers n'y peuvent travailler une demi-heure de suite.
4g Qu'Us soient distribués en espaces égaux.
Larue et quelques autres commentateurs ont cru que Virgile exigeoit ici qu'on plantât en quinconce : je croirois plus volontiers qu'il parle de planter en carré. Le quinconce tire sou nom du chiffre romain V. Trois arbres plantés en cette forme sont appelés le quinconce simple y le quinconce double, c'est le chiffre V doublé qui forme un X, étant composé de quatre arbres qui composent uu carré avec un cinquième a:! centre : or il est clair que, puisque Virgile compare la dijposition d'un plant à celle d'une armée, il ne parle que de h forme carrée. Je remarquerai eu passant que cette comparaison, la seule qui se trouve dans ce livre, est également juste et ingénieuse. Je me garderai bien ccpendaot de croire, comme je ne sais quel commentateur, que Virgile ait voulu , par l'éclat des armes, désigner celui des raisins; c'est vouloir prêter de l'e.sprit à Virgile bien gratuitement.
NOTES DU LIVRE IL
5o De sou fiont touclic aux cieux , di; srs pieds aux enfers.
Ces images ont été répétées mille fois depuis Virgile, et sont devenues triviales, quoique sublimes, comme rAui'ore aux doigts de rose, et une foule d'autres. Ccpendaut je ne puis m'empècher de citer ces deux beaux vers où cette image est rajeunie :
Qui , touchant de leur cîme à !a voûte du monde. Plongent dans les enfers leur racine profonde.
5i N'attends rien d'une vigne exposée au couchant. Columelle , en parlaat de l'aspect qu'on doit donner aux vignobles, dit que les anciens étoicnt fort partagés là-dessus : nour lui , il veut que dans les lieux froids on les expose au midi ; dans les lieux chauds , à l'orient.
52 Que le vil coudrier n'affame point ton pl.int.
Les racines du coudrier sont gourmandes, et dérobent à la vigne sa nourriture ; c'est pour cela qu'on faisoit de son bois des broches pour rôtir les entrailles des victimes consacrées à Bacchus. C'étoit immoler à ce dieu un double ennenii.
53 Fais ciloix , pour le former , de la branche nouvelle Qui reçoit de plus près la sève maternelle.
Columelle insiste long-temps sur ce précepte. M. Miller, fameux agriculteur, ne veut pas non plus qu'on choisisse la partie supérieure des rejetons : étant plus spongieuse et plus tendre, elle reçoit, dit-il, plus facilement l'humidité, et quoiqu'elle prenne plus vite et pousse beaucoup plus de bois, elle n'est jamais si fertile que la partie inférieure, dont la substance est plus compacte et plus ferme. Virgile eu donne une autre raison , c'est que la partie inférieure a plus d'analogie avec la terre : tantus amor terne.
54 Sur-tout que de tes plants l'olivier soit ch.issé.
11 paroit par ce passage qu'on planloit quelquefois les oliviers sauvages dans les vignes pour leur servir d'appui ; Virgile les proscrit comme sujets aux ÏDcendics : la description qu'il en fait est pleine de force et d'élégance, et vient à propos délasser le lecteur de cette longue suite de préceptes.
55 L'ennemi dr.s serpents vient après les frimas...
11 y a dans le texte, candida venit avis , longis invisa colubris. Pline nous apprend que dans la Thessalie c'étoit un crime capital de tuer une cigogne, parccqu'on avoil besoin de cet oiseau pour détruire les serpents.
56 Le dieu de r.Tir descend dans son sein amoureux.
Cette grande et magninque idée du mariage de l'air avec la terre semble empruntée de ces deux vers de Lucrèce :
Percunt imbres , ubi eos pater .(Etlier In gremium niatris Terrai praecipitavit.
57 Que racaille poreuse cnf&uie avec eux...
Ceci est encore pratiqué près de Traiii dans la Fouille, où l'on fait d'oicellent vin muscat.
58 Et , sans rompre les lignes ,
Que le soc se promène au travers de tes vignes.
Les anciens labouroient souvent les vignes, et cet usage subsiste encore dans quelques provinces; mais alors on écarte davantage les rangs.
5q Quand ses premiers bourge")ns s'empresseront d'éclore.
Il s'agit ici des jeunes vignes, que Virgile défend de tailler avant qu'elles aient pris leur force. Columelle n'est point de l'avis de Virgile dans cet endroit seulement; car,. dans presque tout ce livre, il l'a suivi si exactement, qu'on prençlroil le prosateur pour le commentateur du poi-te.
Co Uu bouc élait le prix de ces grossiers acteurs...
11 y a dans le texte, veteres ineiint proscenia ludi. Le pro scenium éloit un endroit qui alloit d'une aile du- théâtre ;V l'autre, entre l'orchestre et la scène; il étoit plus bas que la scène , et plus élevé que l'orchestre : c'étoit là que déclamoient les acteurs. Boileau, d'après Horace, attribue l'origine de ces pièces dramatiques à ces jeux grossiers qu'on célébroit en l'honneur du dieu des vendanges.
La tragédie , informe et grossière en naissant , N'étoit qu'un simple chœur, où chacun en dansant. Et du dieu des raisins entonnant les louanges , S'efforçoit d'attirer de fertiles vendanges. Là , le vin et la joie éveillant les esprits, Du plus habile cliantre un bouc étoit le prix. Thespis fut le premier qui, barbouillé de lie.
Promena par les bourgs cette heureuse folie ;
Et , d'acteurs mal ornés chargeant un tombereau ,
Amusa les passants d'un spectacle nouveau.
C'est encore l'usage en Italie, parmi le peuple,. de porter la vendange dans un chariot, de se barbouiller le visage, et d'agacer les passants par des plaisanteries grossières. 6i Sur des outres glissants bondissoieut dans les prés.
Ces outres étoient des peaux de bouc enflées de vent , et frottées d'huile pour les rendre glissantes. Il falloit sauter dessus avec une seule jambe. Les maladroits qui tomboient faisoient pousser aux spectateurs de grands éclats de rire.
62 Et de l'objet sacré de leurs bruyants hommages Suspendent à des pins les mobiles images.
Quelques commentateurs ont cru que le mot oscilla signilioit des escarpolettes. C'étoient de petites tètes de Bacchus, que les vignerons suspendoicnt à des arbres, persuadés que dans tous les endroits vers lesquels se seroit tournée cette image, les vignes deviendroient fécondes. M. Holdsworth dit avoir vu le dieu de la vendange ainsi représenté sur une pienc antique de la collection du grand-duc à Florence.
G3 Le soleil tous les ans recommence son cours ; Ainsi loulent en cercle et ta peine et tes jours.
On représentoit l'année par un serpent roulé eu cercle , avec sa queue dans sa bouche.
64 Ne désire donc point un enclos spacieux : Le plus riche est celui qui cultive le mieux.
Columelle a dit à propos de cette maxime : Prœclaram noslri poetœ sententiam ! et il ajoute immédiatement après: JS'ec duliuni, quin minus reddat laxus ager non recle cultus , quain aiigustus , exiinie.