A S. M. ALEXANDRE
ESirERECR DE TOUTES LES RUSSIES.
Modèle heureux des potentats, Des législateurs et des sages, I-'amour de vos sujets , l'orgueil de vos étals,
Agréez les nouveaux hommages D'un poète déjà connu par vos hienfaits. Qui loua rarement , et ne flatta jamais : D'un pénible travail cet espoir me console.
Tel que l'aimant fidèle au pôle , Qui montre au nautonnier et sa route el le port. Par un instinct secret dirigé vers le nord, A travers l'Océan , dans sa prison flottante Montre pour voire zone une amitié constante : Ainsi , par un attrait impérieux et doux , Des cœurs bien nés la boussole fidèle,
La reconnoissance m'appelle Vers vos climats , et se tourne ^ers vous.
Autrefois ma muse rustique Vous présenta , de ses modestes mains , Des fruits de son clos poétique.
Et quelques fleurs de ses jardins :
Au lieu de ce tribut fragile.
Je vous offre aujourd'hui le l'aurier de Virgile ;
Non ce laurier profane et mensonger Que sur le Pdusilype au crédule étranger L'intérêt vend, et que l'erreur achète; Mais le laurier dont ce fameux poète Orna le front du second des Césars, Lorsque , vainqueur des discordes civiles , Il relevoit les temples et les villes , Ressuscitoil les lois el ranimoit les aris.
Du poète romain téméraire interprète ,
J'écoulai trop mon audace indiscrète; Mais peut-être un rayon de sou feu créateur
Anima quelquefois son foible imitateur :
Sous votre zone glaciale
Ainsi l'aurore boréale.
Quand le soleil absent diffère son retour Triomphe de la nuit, et console du jour.
Virgile, ignoré de nos belles.
Quelquefois de nos beaux esprits ,
Dans des estampes infidèles Avoit pei-du son brillant coloris :
Si de ses peintures vivantes J'ai conservé quelques louches savantes,
Que votre accueil en soit le prix !
Dans vos loisirs , si j'en dois croire Celte légère déité Qui, pour vous abjurant son infidélité, Déjà de vos vertus parle comme l'histoire, A^ous cultivez les arts; et, dans le même temps Où vous dictez vos lois sur la terre et sur l'onde, A ces soins importants qui font le sort du monde Vous dérobez quelques instants , Pour les donner à la langue divine Et de Corneille et de Racine.
Un jour , si mon désir des dieux est avoué , Par-lout se répandra cette langue immortelle; Car le langage où vous êtes loué Doit devenir la langue imiverselle.
Si dans le Nord un Virgile nouveau Pour vous de l'épopée allume le flambeau. Il n'aura plus à peindre un prince déplorable.
Roi fugitif d'un peuple misérable.
De malheurs en malheurs jeté par les desdns ; Ki quelques barques vagabondes Au gré d'Éole errantes sur les ondes.
Et demandant un port à des climats lointains;
Mais un grand peuple heureux dans sa patrie, Riche de vos vertus et de son industrie;
Mais vos sujets et vos vaisseaux.
Heureux instituteurs d'un monde encor barbare, Par le commerce le plus rare Et des échanges tout nouveaux.
Portant des mœurs et des lois au Tartare, Et rapportant ses grains et ses troupeaux.