‹ Œuvres de J. DelilleChapitre 72 sur 413 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

Ne foule aux pieds les fleurs, et des feuilles humides Ne détache, en courant, les diamants limpides.

Un ruisseau transparent qui baigne leur séjour. Et l'ombre d'un palmier impénétrable au jour.

Que l'if ne croisse pas près de leur édifiée; Loin d'elles sur le feu fais rougir l'écrevisse; Crains les profondes eaux, les vapeurs du limon, Et ces bruyants échos qui redoublent le son.

Mais le printemps renaît, l'hiver fuit, l'air s'épure, Et l'astre des saisons rajeunit la nature; L'abeille prend son vol, parcourt les arbrisseaux;

Elle suce la rose, elle effleure les eaux. C'est de ces doux tributs....

Interrompoit encor la course des ruisseaux.

Aristée autrefois vit mourir ses abeilles. Des vallons du Pénéc il part en soupirant; Yers la source du fleuve il arrive en jjlcurant; Il s'arrête, il s'écrie : « O Cyrèue! 6 ma mère! Si je puis me vanter....

PAG. 348, COL. I, VERS 3i.

A ses chants, accouroient du fond des noirs royaumes Des spectres pâlissants, de livides fantômes; Semblables aux essaims de ces oiseaux nombreux Que chasse au fond d'un bois l'orage ténébreux ; Des vierges, des époux, des héros et des mères; Des enfants, moissonnés dans les bras de leurs pères. Victimes que le Styx, bordé de noirs roseaux. Environne neuf fois de ses lugubres eaux.

L'enfer même s'émut dans ses cavernes sombres > Le Cerbère oublia d'épouvanter les ombres; Sur sa roue immobile Ixion respira.

Et, sensible une fois, Alecton soupira.

Enfin il revenoit des gouffres du Ténare, Possesseur d'Eurydice, et vainqueur du Tartarc; Sans voir sa tendre amante, il précédoit ses pas; Proserpine, à ce prix, l'arrachoit au trépas. Tout secondoit leurs vœux, tout flattoit leur tendresse; Soudain ce foible amant....

Orphée! ah! cher époux! quel transport malheureux 1 Dit-elle : ton amour nous a perdus tous deux. Adieu; l'enfer se rouvre, et mes yeux s'obscurcissent; Mes bras tendus vers toi déjà s'appesantissent; Et la mort, déployant son ombre autour de moi, M'entraîne loin du jour....

FIN DES VARLVÎNTES.

L'ENÉIDE

DE

Page 1