‹ Œuvres de J. DelilleChapitre 82 sur 413 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

Moi qui jadis, assis sous l'ombrage des hèlrcs, Essayai quelques airs sur mes pipeaux champêtres ; Qui depuis , pour les champs désertant les forêts , Et soumettant la terre aux enfants de Cérès, La forçai de répondre à leur avide attente , Aujourd'hui saisissant la trompette éclatante,

Je chante les combats, et ce guerrier pieux, Qui , banni par le sort des champs de ses aieux , Et des bords phrjrgiens conduit dans l'Ausonie, Aborda le premier aux champs de Lavinie. EiTant en cent climats, triste jouet des flots , Long-temps le sort cruel poursuivit ce héi'os, Et servit de Junon la haine infatigable. Que n'imagina point la déesse implacable, Lorsqu'il portoit ses dieux chez ces fameux Albains, Nobles fils d'Ilion, et pères des Romains; Créoit du Latium la race triomphale , Et des vainqueurs des rois la ville impériale !

Muse , raconte-moi ces grands événements ; Dis pourquoi de Junon les fiers ressentiments , Poursuivant en tous lieux le malheureux Énée, Troublèrent si long-temps la haute destinée D'un prince magnanime, humain, religieux: lanl de fiel entre-t-il dans les âmes des dieux !

A l'opposé du Tibre et des champs d'Ansonie, Des riches Tyriens heureuse colonie , Cartilage élève aux cieux ses superhes remparts, Séjour de la fortune et le temple de Mars. Aucun lieu pour Junon n'eut jamais tant de charmes : Samos lui plaisoil moins. C'est là qu'étoient ses armes ,

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