‹ Œuvres de J.F. CooperChapitre 13 sur 28 · Les vaches des Alpes se lèvent de bonne heure · texte numérisé non relu

Les vaches des Alpes se lèvent de bonne heure

(Refrain.)

Ah ! ah 1 ah l àh ! Liauba, Liauba, il faut traire le lait. Venez vaches blanches ou noires, rouges ou bigarrées, jeunes et vieilles, je vais vous traire sous ce chêne ; je vais vous traire sous ce peuplier.

LE BOURREAU DE BERNE. I8l

du bruit des échos; ce sont des notes élevées, mais fausses, telles que les sons que les rocs renvoient aux vallées quand la voix s'élève au-dessus de sa clef naturelle, afin d'atteindre les cavernes et les sauvages retraites des précipices inaccessibles. Des sons semblables rappellent promptement à l'esprit les vallons, les montagnes, la magnificence parmi laquelle ils furent primitivement entendus; et puis, par une irrésistible impulsion, le cœur met au rang de ses plus fortes sympathies celles qui sont mêlées aux souvenirs délicieux de notre enfance.

Les gardeurs de troupeaux et les laitières n'eurent pas plus tôt prononcé les premières notes de leur chanson magique, qu'un calme magique régna dans l'assemblée; puis, à mesure que les paroles du chœur se firent entendre, les spectateurs les répétèrent comme des échos; et, avant que les sauvages intonations qui accompagnent le mot Liaubal Liaubal pussent être répétées, mille voix s'élevèrent simultanément comme si elles eussent voulu envoyer aux montagnes environnantes les salutations de leurs enfants. Dès cet instant le ranz des vaches fut comme un de ces élans d'enthousiasme, qui forment un des plus forts anneaux de la chaîne sociale, et qui sont capables de rappeler au cœur de celui qui fut endurci par le vice et par le crime un des plus purs sentiments de la nature.

Les derniers sons moururent au milieu des applaudissemenis; les gardeurs de troupeaux et les laitières réunirent leurs difi'érents instruments, et reprirent leur marche au son mélancolique des clochettes, qui formaient un profond contraste avec le bruit des chants qui avaient rempli l'air.

A ces derniers succédèrent les adorateurs de Cérèi^, avec l'autel et les prêtresses; la déesse était sur un trône, comme nous l'avons déjà décrit pour Flore. Des cornes d'abondance ornaient le siège de la divinité, et le dais était couvert des dons de l'automne. Le tout était surmonté d'une gerbe de blé. La déesse avait pour sceptre une faucille; et une tiare, composée d'épis, ornait son front. Les moissonneurs la suivaient portant les emblèmes de la saison de l'abondance, et des glaneurs fermaient la marche. Us chantèrent les louanges de la bienfaisante déesse de l'automne, et dansèrent en rond comme les adorateurs de la divinité des heurs. Les batteurs agitèrent leurs fléaux, et toute la bande disparut.

Après cette troupe, on vit arriver le grand étendard de l'ab-

baye, et les vendangeurs, objets réels de la fête. Ceux qui labourent au printemps ouvraient la marche; les hommes portaient des pieux, des bêches ; les femmes, des paniers pour contenir le produit des vignes. Puis venait un groupe portant des hottes chargées de raisin noir et blanc d'une grande beauté, et des jeunes gens soutenant sur leurs têtes des douves sur lesquelles étaient rangés tous les divers ustensiles, en miniature, dont on fait usage pour la culture de la vigne, et les vaisseaux divers qui reçoivent le jus de la treille. Un grand nombre d'hommes, portant la forge qui fabrique ces différents instruments, terminait cette procession. Ils eurent aussi leurs chansons et leur danse, et tout disparut à un signal donné par !a musique de Bacchus. Comme nous touchons à la partie la plus soignée de la représentation, nous saisissons ce moment d'inter. valle nécessaire à tout spectacle, afin de respirer nous-mêmes.

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