CHAPITRE Xïll
Ne lui faites pas de mal, pour l'amoui de Dieu; il est fou.
Comédie des Erreurs.
On suppose que les fêtes de Bacchus ont servi de modèle à CCS réjouissances qui ont eu lieu depuis longtemps en Suisse, et qui sont connues dans le pays sous le nom de l'Abbaye des Vignerons.
Ces fêtes avaient dans l'origine un caractère simple et rustique, dépouillé de ces cérémonies et de ces allégories classiques qu'elles acquirent plus tard. La sévérité de la discipline monacale avait sans doute prohibé les allusions à la mythologie des païens ; car
plusieurs couvents de religieux, propriétaires de vignobles considérables dans les environs de Vévey, paraissent avoir été les premiers patrons connus de ces fêtes. Lorsque ces réjouissances se pratiquaient avec simplicité, elles avaient lieu tous les ans; mais, lorsque de plus lourdes dépenses et de plus grands préparatifs devinrent nécessaires, on ne les célébra qu'à de longs intervalles. L'abbaye décida d'abord que ces fêtes auraient lieu tous les trois ans; puis ce laps de temps s'étendit à six années. Cette lacune offrant les moyens de faire de plus grands préparatifs, la fête y gagna en éclat, jusqu'à ce qu'elle devînt à la fin une espèce de jubilé auquel se rendaient en poste les oisifs, les curieux et les âmes pieuses de tous les environs. La ville de Vévey profitait de cette circonstance, l'intér'êt, comme cela est ordinaire, prêtant son appui pour soutenir l'usage; et jusqu'à l'époque de la grande révolution européenne, il semblerait qu'il y eût une suite non interrompue de fêtes. Celle à laquelle nous avons si souvent fait allusion dans le cours de cette narration, était attendue depuis longtemps; et comme on parlait depuis longtemps aussi des préparatifs, l'affluencc était encore plus nombreuse qu'à l'ordinaire.
De bonne heure dans la matinée, le surlendemain de l'arrivée des voyageurs au château de Blonay, une troupe d'hommes déguisés en hallebardiers, espèces de soldats connus alors dans la plupart des cours de l'Europe, se rendit dans la grande place de Vévey, s'en empara, et posa des sentinelles, afin d'interdire la circulation ordinaire. C'étaient les préliminaires de la fêle, car ce lieu était choisi pour la plupart des cérémonies du jour. Les curieux arrivèrent promptement après les gardes ; et, lorsque le soleil se fut montré au-dessus des montagnes de Fribourg, quelques milliers de spectateurs se pressaient dans toutes les avenues de la place, et de nombreux bateaux arrivaient des rivages de la Savoie, tous pliant sous le poids des paysans et de leurs familles.
A l'extrémité supérieure de la place, des gradins avaient été élevés pour recevoir ceux qui étaient privilégiés par le rang, ou ceux qui pouvaient acheter le même honneur avec le mediwn ordinaire. De plus humbles échafaudages, pour les moins fortunés, complétaient les trois côtés d'un espace qui avait la forme d'un parallélogramme , et qui devait recevoir les principaux acteurs de la fête. Le côté de l'eau était inoccupé, quoique une forêt de vergues latines et la plate-forme des ponts suppléasses au manque de gradins. On entendait de temps en temps une
musique mêlée de ces cris montagnards qui caractc'risent les chansons des habitants des Alpes. Les autorités de la ville étaient sur pied depuis le matin ; et, comme il arrive ordinairement parmi les agents subalternes, ces derniers exerçaient leurs fonctions municipales avec un embarras qui prouvait combien ils attachaient d'importance à leur charge, et avec une gravité digne d'un chef d'État dans une occasion solennelle.
L'eslrade ou théâtre érigé pour la classe supérieure des spectateurs était décoré de drapeaux, et, vers le milieu, de tapisseries et de tentures de soie. Un édifice plus considérable que les autres, et situé au fond de la place, était riche aussi d'ornements; les enseignes de la république flottaient au-dessus de son toit pointu ; des soieries précieuses se balançaient le long de ses murailles, et ses fenêlres, suivant un usage commun à la Suisse et à l'Allemagne, étaient décorées de bandes d'étoffes de diverses couleurs, qui dénotaient une propriété publique. C'était la résidence officielle de Peter Hofmeister, le fonctionnaire que nous avons déjà fait connaître au lecteur.
Un heure plus tard, un coup de canon donna le signal aux différentes troupes d'acteurs qui se montrèrent bientôt dans la place. A mesure que ces petites processions paraissaient aux sons du cor et de la trompette, la curiosité devenait plus active, et on permit à la populace de circuler dans ces parties de la place qui n'étaient pas occupées. A peu près vers ce temps on laissa monter un individu sur les gradins; il paraissait jouir d'un privilège particulier, non-seulement par la place qu'on lui accordait, mais par les saints et les félicitations bruyantes dont il était l'objet : c'était le bon moine du mont Saint-Bernard, qui, d'un visage joyeux, répondit par des signes de sa tête chauve aux salutations des paysans, la plupart desquels avaient donné l'hospitalité au bon moine dans ses nombreux voyages chez les âmes charitables, et l'avaient reçue de lui dans leurs fréquents passages à travers les montagnes. Cette reconnaissance faisait honneur à l'humanité, car elle était remplie de cordialité et d'un désir sincère d'honorer la bienfaisance d'une communauté religieuse dans la personne de son intendant.
Je te souhaite bien du bonlieur, père Xavier, et une récolte abondante, s'écria un bon paysan. Tu as depuis longtemps oublié Benoît Emery et sa famille. Quand un quêteur de Saint-Bernard a-t-il frappé à ma porte et s'en est-il retiré les mains vides? Nous
l'attendrons, révérend moine, demain matin, car Télé n'a pas été cliaud, le raisin est beau, et le vin commence à emplir nos cuves. Tu y puiseras sans que personne te regarde, soit dans le rouge, sait dans le blanc, et tu seras le bienvenu.
— Grand merci, généreux Benoît; saint Augustin se rappellera ta bienfaisance, et tes vignes n'en deviendront pas plus mauvaises pour ta générosité. Nous ne demandons que pour pouvoir donner, et nous ne recevons personne plus volontiers que les honnêtes Vaudois ; que les saints leur conservent leur ferveur et leur bonne volonté !
— Oh ! nous ne voulons rien avoir à démêler avec tes saints; tu sais que nous sommes des sectateurs de Calvin dans le pays de Yaud. Mais qu'est-ce que cela nous fait que tu ailles à la messe, tandis que nous aimons un service plus simple? Ne sommes-nous pas également des hommes ? Le froid ne glace-t-il pas les membres des catholiques comme ceux des protestants ? ou l'avalanche respecte-t-elle l'un plus que l'autre? Je ne t'ai jamais entendu, ni aucun de ceux de ton couvent, questionner sur sa foi le voyageur transi; tous sont chauffés, nourris et soignés au besoin, comme des chrétiens le méritent, et avec un soin paternel. N'importe ce que vous pensez de l'état de nos âmes, vous rendez à nos corps les services dont ils ont besoin. Ai-je raison, voisins, ou le vieux Benoît est-il un lunatique? mais il a si souvent traversé le Saint- Bernard, qu'il a oublié les querelles de nos diflërentes églises, et l'assurance que nous donnent nos savants, qui prétendent que nous irons au ciel par des routes différentes.
Un mouvement général parmi le peuple et de bruyants applaudissements appuyèrent les sentiments et la franchise du paysan ; car, dans ce siècle, les hospices du Saint-Bernard étaient plus exclusivement un refuge pour le pauvre voyageur qu'à présent, et ils jouissaient d'une réputation bien méritée dans tous les pays environnants.
— Tu seras toujours le bienvenu sur le passage du Saint- Bernard, toi et tes amis, et tous ceux qui s'y présenteront sous la forme humaine ; et nous ne combattrons tes opinions que par de secrètes prières, répondit le bon quêteur dont la face ronde brillait de sa joie habituelle et de la reconnaissance que lui inspirait ce témoignage public de la vénération que l'on éprouvait pour son couvent; nous pouvons encore ajouter que cette joie était peut-être augmentée par l'espérance d'une ample moisson
pour les magasins de sa coramunaulé; car le couvent du Saint- Bernard espérait avec raison dans la libéralité des âmes charitables, pour alimenter à son tour son inépuisable charité. —Tu ne veux pas nous priver du bonheur de prier pour ceux que nous aimons, quoique ce soit d'une manière différente de la leur?
— Comme tu voudras, bon moine ; je ne suis point de ceux qui dédaignent une faveur parce qu'elle vient de Rome. Mais qu'est devenu notre ami Uberto? Nous aimons toujours à voir sa fourrure lustrée dans nos vallons.
Le moine fit son appel ordinaire , et le chien monta sur le théâtre d'un pas grave et délibéré, comme s'il était convaincu de la dignité et de l'utilité de son existence, et accoutumé aux caresses de l'homme. L'apparition de cet animal célèbre, bien connu, causa un nouveau mouvement parmi la populace ; beaucoup d'individus se pressèrent contre les gardes pour le voir de plus près; d'autres lui jetèrent des fragments de pain et de viande comme gage de leur gratitude. Au milieu de ce petit préambule sentimental à d'autres plaisirs, un énorme chien noir sauta sur l'échafaudage, et avec un grand calme, quoique avec une activité qui dénotait l'influence de l'air des montagnes sur son appétit, il avala tous les différents morceaux qui avaient échappé à l'œil d'Uberto. Ce nouvel arrivant fut reçu comme l'est, par le parterre et les galeries, un acteur impopulaire, lorsqu'il manque de talent, ou qu'il a oublié ou refusé de satisfaire les caprices du public. Pour parler en termes plus vrais, il fut incontinent assailli de tout ce qui se présenta entre les mains de la foule. Cet animal, dans lequel le lecteur ne tardera pas à reconnaître le chien de Terre-Neuve de // Maledeiio, reçut ces salutations nouvelles avec beaucoup de surprise et même une certaine gaucherie ; car, dans sa sphère, Neptune avait été habitué à autant de démonstrations d'amitié de la part de ceux qu'il servait si fidèlement, que tous les chiens renommés et bien nourris du couvent. Après avoir reçu une grêle de cailloux et autres projectiles, tout en mangeant avec un sang-froid qui faisait également honneur à sa dextérité et à la vigueur de ses muscles, une pierre d'un poids formidable atteignit dans le côté l'infortuné compagnon de Maso, et le fit dégringoler du théâtre. Une seconde s'était à peine écoulée, que son maître tenait le coupable à la gorge, et le serrait de façon à le faire devenir noir.
Cette malheureuse pierre avait été lancée par Conrad. Oubliant
son caractère supposé, il avait pris part aux cris et aux attaques dirigés contre un chien dont il aurait dû connaître les services. On a déjà vu qu'il y avait peu d'affection entre Maso et le pèlerin ; car le premier paraissait avoir un mépris prononcé pour la profession du second, et ce petit incident n'était pas de nature à rétablir la paix entre eux
— Toi aussi ! s'écria l'Italien, qui sentit le sang lui monter au visage dès la première attaque dirigée contre son fidèle compagnon, et qui frémit de colère lorsqu'il reconnut la main du dernier assaillant. N'es-tu pas satisfait de feindre de la piété et des vertus parmi les crédules, et veux-tu feindre encore l'inimitié pour mou chien, parce que c'est l'habitude de louer les chiens de Saint- Bernard aux dépens de tout autre animal? Reptile! ne crains-tu pas le bras d'un honnête homme, lorsqu'il est levé sur toi dans une juste colère?
— Amis, Véveisans, honorables citoyens! s'écria le pèlerin, aussitôt que la main de Maso lui permit de respirer; je suis Conrad, un pauvre pèlerin repentant ; le lalsserez-vous assassiner pour un chien ?
Un pareil combat ne pouvait pas continuer longtemps dans un semblable lieu. D'abord l'affluence des curieux et la presse de la foule favorisèrent l'attaque du marin ; mais elles lui furent ensuite contraires en l'empêchant d'échapper à ceux qui étaient spécialement chargés de maintenir la paix publique. La fureur aveuglait Maso sur les conséquences que pourrait avoir celte lutte ; et, heureusement pour Conrad, les hallebardiers avancèrent jusqu'au centre de la foule, et parvinrent à l'arracher à la rage de son assaillant. UMaledetio trembla à la réflexion de ce qu'il allait faire au moment où il lâcha prise, et il eût disparu aussitôt que possible, si ceux entre les mains desquels il était tombé, avaient voulu lui permettre cet acte de prudence. Alors commença une guerre de paroles comme celle qui précède et qui suit toute contestation populaire. Quand l'ofticier, chargé de la police de celle partie de la place interrogea, vingt voix s'élevèrent pour lui répondre, non-seulement se surpassant les unes les autres, mais contredisant tout ce qui était dit en forme d'explication. L'un maintenait que Conrad, non content d'avoir renversé le chien, avait attaqué indignement son maître : c'était l'aubergiste chez lequel Maso avait pris son logement, où il avait fait une dépense assez libérale pour pouvoir espérer de son hôte une charitable
défense. Un autre était prêt à jurer que le chien appartenait au pèlerin, et qu'il avait l'habitude de porter sa valise ; que Maso, cédant à une vieille rancune contre le maître et le chien, avait jeté une pierre à ce dernier, et s'était vengé d'une douce remontrance du propriétaire, de la manière dont on avait été témoin : c'était le jongleur napolitain, Pippo, qui s'était attaché à Conrad depuis l'aventure de la barque, et qui était prêt à affirmer tout ce qu'on lui demandait en faveur d'un ami qui avait si grand besoin de son témoignage. Un troisième déclara que le chien appartenait véritablement à l'Ralien, que la pierre avait été lancée par une personne qui était proche du pèlerin, et que ce dernier avait été injustement attaqué par Maso, qui méritait bien d'êîre puni pour la manière peu cérémonieuse dont il avait intercepté la respiration d'un saint homme. Ce témoin était parfaitement honnête, mais c'était un* esprit vulgaireetcredule.il attribuait l'offense priinitive à un homme qui avait une mauvaise réputation, et qui était fort capable de commettre tous les péchés qu'on lui prêtait, comme ceux qu'on ne lui prêtait pas. Il avait été dupe, dans la matmée, du zèle religieux du pèlerin, circonstance qui seule l'eût empêché de croire Conrad capable d'une telle insulte, quand même il l'aurait surpris le bras levé en l'air et lançant la pierre, ce qui servait beaucoup à augmenter sa certitude que cette action avait été commise par l'individu en question; car tous ceux qui jugent sous l'influence de propos généraux et de préjugés populaires, réunissent ordinairement tout l'odieux d'une faute sur ceux qui semblent destinés par le consentement général à servir de victimes dans toutes les causes.
L'officier, après avoir entendu les trois principaux témoins et les explications confuses de ceux qui ne se prétendaient qu'à demi instruits, se trouva dans l'impossibilité de décider qui avait tort ou raison. Il en conclut donc qu'il fallait envoyer toutes les parties au corps de garde, y compris les témoins, pensant que c'était le meilleur moyen de rencontrer le coupable et de prévenir ceux qui porteraient témoignage à l'avenir de ne pas se contredire les uns les autres. Au moment où cette juste sentence fut prononcée, le son de la trompette annonça l'approche d'une division des principaux acteurs, si un terme si irrévérent peut être appliqué à des hommes qui font partie d'une fête aussi renommée que celle des vendangeurs. Cette annonce donna une grande activité aux ordres de la justice, car ceux qui étaient chargés de l'exé-
LE I30URREAU DE BERNE. iTl
ciition de ses décrets sentirent la nccessilé d'être prompts, sous peine de perdre une partie intéressante du spectacle. Grâce à cette nouvelle impulsion, qui, si elle n'était pas aussi respectable, était tout aussi forte que le désir de bien faire, les perturbateurs du repos public, et même ceux qui avaient montré un caractère querelleur en s'accusant les uns les autres de mensonge, furent emmenés en corps ; et le public goûta les joies du jour avec cette tranquillité que, dans ces temps périlleux de révolution et de cliangemciit, on juge si nécessaire à sa dignité, si favorable au commerce, et si commode pour ceux dont le devoir est de conserver la paix publique avec aussi peu d'inconvénients pour euxmêmes que possible.
Une fanfare de trompettes devint le signal d'un mouvement plus général, car il annonça le commencement des cérémonies. Comme il sera plus tard nécessaire de parler des différentes déliés qui furent représentées dans cette occasion, nous dirons seulement maintenant que des g»i'oupes d'acteurs vinrent alternativement sur la place, se rendant, au son de la musique, des différents points du rendez-vous au centre commun.
Les gradins commencèrent à se remplir des privilégiés, parmi lesquels beaucoup appartenaient à la haute aristocratie du canton; d'autres étaient des fonctionnaires trop élevés en dignité pour jouer d'autre rôle que celui de spectateurs complaisants. Ou y voyait des seigneurs de France et d'Italie, quelques voyageurs d'Angleterre (car, dans ce siècle, l'Angleterre était regardée comme une contrée éloignée, et elle n'envoyait que quelques personnages d'élite pour la représenter dans de semblables occasions), tous ceux des territoires voisins qui avaient du temps à perdre et de l'argent à dépenser, et qui par leur rang ou par leurs places avaient droit aux distinctions, ainsi que les femmes et les enfants des fonctionnaires de la ville qui étaient engagés comme acteurs dans la représentation. Vers ce temps, les différentes parties de la procession étaient rassemblées dans la place; tous les sièges de l'estrade étaient occupés, à l'exception de ceux qui étaient réservés pour le bailli et ses amis intimes.
GIÎAPITUE XIV.
Un jour, les fils de l'ancienne Rome étaient ainsi rangés •• c'était un beau coup d'œiU tandis que Roscius parcourait le théâtre.
Le jour n'était pas encore bien avancé que toute la grande procession se trouva réunie sur la place. Quelques minutes après, !e son des clairons annonça l'arrivée des autorités. Le bailli marchait en tête, bouffi de la dignité de sa place, et surveillant d'un œil vigilant l'effet que produisait sa présence sur ses administrés, tandis qu'il affectait la plus grande sympathie et un facile abandon pour les folies du moment; car Pierre Hofmeister devait sa longue faveur dans le Burgerschaft plutôt à une surveillance exclusive de ses intérêts, surveillance qui ne sommeillait jamais, qu'à un talent particulier de rendre les hommes heureux. Près du digne bailli, car, à part la résolution inébranlable de soutenir par toutes les voies possibles l'autorité de ses maîtres, Herr Hofmeister méritait l'épilhète de digne homme, venaient Roger de Blonay et son ami le baron de Willading, marchant pari passu à côté du représentant de Berne. On aurait pu demander si le bailli était entièrement satisfait de cette solution de la question difficile d'étiquette; car il sortit de sa porte avec un mouvement lent qui le réunit presque au signor Grimaldi, mais qui lui laissa les moyens de chojsir sa route et de jeter un regard scrutateur sur la foule. Bien que le Génois occupât en apparence un rang secondaire, il n'eut point à se plaindre de son lot. Presque toutes les attentions de l'honnête Pierre lui étaient adressées, ainsi qu'une partie de ses saillies; car le bailli avait la réputation d'un plaisant et d'un bel esprit : ce qui arrive souvent lorsqu'un magistrat ne tient point son autorité de la société qu'il gouverne, et ce qui n'arrive jamais lorsqu'elle dépend de la faveur populaire. Presque toutes ces belles choses étaient payées de retour, le seigneur génois répondant à ces politesses comme un homme habitué à être l'objet d'une attention particulière, et en même temps comme
un homme qui est enchanté d'échapper, au milieu d'une cérémonie, à l'observation publique. Adelheid et une jeune personne de la maison de Blonay fermaient la marche.
Comme les fonctionnaires charges de veiller à l'ordre avaient pris tous les moyens possibles pour éclaircir la route que le bailli devait suivre, Herr Hofmeister et ses compagnons furent bientôt assis à leurs places respectives. Le bailli, avant de s'asseoir, rendit de nombreux saluts, car aucun de ceux qui étaient en situation d'attirer ses regards ne négligea une aussi belle occasion de montrer son intimité avec un homme en place, et ses yeux s'arrêtèrent enfin sur le visage heureux du père Xavier. Se levant rapidement, le bailli donna carrière à une multitude de formalités cérémonieuses qui caractérisaient la politesse de l'époque, telles que des signes de la main, un fréquent usage du chapeau, de profondes révérences, des sourires qui semblaient partir du cœur, et une grande variété d'autres gages d'amitié et de respect. Lorsque toutes ces momeries furent terminées, il reprit sa place auprès de Melchior de Willading, avec lequel il commença la conversation suivante :
— Je ne sais pas, mon noble ami, si nous avons plus de raisons pour estimer que pour détester ces moines du mont Saint-Bernard. Ils rendent de grands services à l'humanité dans leurs montagnes; mais ce sont des diables incarnés pour propager les abominations de Rome parmi le peuple. Le commun des fidèles n'a pas une grande habileté dans les discussions de théologie, et se trouve disposé à se laisser séduire par les apparences. Un grand nombre de misérables pensent qu'il y a de la sainteté à passer sa vie sur le sommet d'une montagne glacée, pour s'occuper à faire du bien, à nourrir ceux qui ont faim, à soigner ceux qui sont malades. Les ignorants ne sont que trop portés à croire que la religion qui conduit les hommes à de pareilles choses doit être en faveur auprès du ciel.
— Ont-ils réellement tort, mon ami, et devons-nous ravir aux moines des bénédictions qu'ils ont si justement gagnées ?
Le bailli regarda attentivement son frète le bourgeois, car c'était là l'humble titre que prenait l'aristocratie de Berne, désirant connaître la profondeur de la politique du baron avant de parler librement.
— Quoique d'un rang élevé et d'une famille dans laquelle le canton a toute confiance, je pense que depuis quelque temps vous
n'avez pas souvent assisté au conseil! répondit-il d'une manière évasive.
— Depuis les pertes cruelles que j'ai faites, et dont vous avez sans doute entendu parler, les soins que j'ai donnés au seul enfani qui me reste ont été ma plus douce et ma principale occupation. Je ne sais pas si la vue fréquente de la mort frappant des êtres si tendrement chéris a attendri mon cœur en faveur des moines augustins, mais je pense qu'ils mènent la vie la plus sainle et la plusdévouée.
— Vous avez sans doute raison, noble Melchior, et nous allons laisser voir la vénération que nous inspire leur sainteté. Holà, monsieur l'officier, rendez-nous le service de faire approcher plus près ce révérend moine de Saint-Bernard: que le peuple puisse apprendre l'estime que nous faisons de la patiente charité et de l'inépuisable bienfaisance de son ordre! Comme vous aurez occasion de passer une nuit sous le toit du couvent, Herr Von Willading, dans votre voyage en Italie, ces attentions envers l'honnête quêteur ne seront pas perdues pour vous, si toutefois ces moines ont un respect convenable pour les usages.
Le père Xavier prit cette place d'honneur qui le rapprochait du bailli, avec une simplicité qui prouvait que dans sa pensée cet honneur était rendu plutôt à la confrérie dont il était membre, qu'à lui-même. Cette petite disposition faite, et les autres préliminaires observés, le bailli sembla satisfait de ces arrangements et de lui-même.
Le lecteur peut s'imaginer l'impatience de la foule, l'importance des maîtres de cérémonie chargés de diriger la procession^ le mélange de lassitude et de curiosité des spectateurs, tandis que les parties compliquées et nombreuses d'un tel spectacle se plaçaient dans l'ordre convenu. Comme les cérémonies qui vont s livre ont un caractère particulier, et sont intimement liées avec les événements de cette histoire, nous les décrirons avec quelque détail, quoique la tâche que nous nous sommes imposée soit moins la peinture de localités, ou la description de scènes d'une antiquité réelle ou douteuse, que l'exposition d'un principe et d'une morale salutaire qu'on a toujours reconnus dai. nos travaux, du moins nous aimons à nous le persuader.
Un peu avant le commencement des cérémonies, une garde d'honneur, composée de bergers, de jardiniers, de faucheurs, de vignerons, de vendangeurs, escortés de hallebardiers et conduits
pai' la musique, avait quitté la place pour aller chercher l'abbé comme le représentant régulier de l'abbaye. Cette escorte, dont tous les personnages avaient des habits de caractère, ne fat pas longue à reparaître avec l'abbé gros et gras, propriétaire du lieu, qui, outre le costume de son état dans ces temps reculés, avait décoré son chapeau d'une plume flottante, et ses épaules d'une écharpe. Ce personnage, auquel certaines fonctions judiciaires étaient dévolues, prit un siège sur les devants du gradin, et (H signe aux ofliciers de continuer leurs fonctions.
Douze vendangeurs, conduits par un chef, et tous plus ou moins ornés de guirlandes de feuilles de vignes, et portant divers autres emblèmes de leur état, marchèrent en corps, chantant une chanson champêtre. Us conduisaient deux des leurs qui avaient été jugés les plus habiles et les plus heureux dans la culture des vignes sur les côtes adjacentes. Lorsqu'ils atteignirent le milieu de l'estrade, l'abbé prononça un petit discours en l'honneur des cultivateurs en général, après quoi il s'étendit en éloges sur les candidats, deux paysans heureux, confus, et qui recevaient leur simple prix avec un cœur bien agité.
Cette cérémonie eut lieu au milieu de la joie des amis, de l'envie des rivaux, et des regards obliques et mécontents de ceux dont les sentiments étaient trop égoïstes pour prendre part aux plaisirs des autres, même dans une fête dont le but était aussi simple qu'utile. Les trompettes sonnèrent de nouveau, et l'on fit place aux arrivants.
Un corps nombreux s'avança dans un espace libre, sufFisarament large et élevé, précisément en face des gradins. Lorsqu'il fut en vue de la multitude, les personnages qui le composaient se placèrent dans un ordre régulier. C'étaient les prêtres de Bacchus. Le grand prêtre marchait en avant, portant la robe des sacrifices ; il avait une barbe flottante, la tête couronnée de feuilles de vignes, et chantait des couplets en l'honneur des vignerons. Sa chanson contenait aussi quelques allusions aux candidats couronnés. Ses acolytes répétaient en chœur les refrains, quoique le chef de la bande n'eût pas besoin d'autre secours que celui des poumons que lui avait accordés la nature.
Cet hymne terminé, une musique instrumentale succéda, et les compagnons de Bacchus regagnèrent la place qui leur avait été départie. Alors la procession générale s'ébranla, tournant
t7G LE BOURREAU DE BERNE.
tout autour de la place, afin de passer tout entière devant le bailli.
Le premier corps était composé du conseil de l'abbaye , et conduit par les bergers et les jardiniers. Un individu, dans un costume antique et portant une hallebarde, jouait le rôle d'un maréchal. Il était suivi par les deux vignerons couronnés, après lesquels venaient l'abbé et ses conseillers, et un groupe nombreux de bergers et de bergères, ainsi qu'un autre non moins nombreux de jardiniers et de jardinières, tous revêtus d'un costume en rapport avec les traditions de leurs états respectifs.
Le maréchal et les officiers de l'abbaye marchèrent doucement, avec la gravité et le décorum qui convenait à leur position, s'arrêtant de temps à autre pour les évolutions de ceux dont ils étaient suivis, car les acteurs commençaient à désirer ardemment de jouer leur rôle. De jeunes bergères s'avancèrent alors, revêtues de frais costumes bleus et blancs, tenant à la main leur houlette; elles se mirent à danser en chantant des chansons dans lesquelles elles imitaient le bêlement de leurs troupeaux et tous les autres sons familiers aux pâturages élevés de ce pays. Elles furent bientôt rejointes par un nombre égal de jeunes bergers, chantant aussi leurs pastorales, charmant groupe de danseurs habitués à exercer leur art sur le sommet des Alpes; car, dans celte fête, quoique nous ayons donné à tous le nom d'acteurs, ce mot ne convient pas dans son acception littérale, puisque, à quelques exceptions près, chacun représentait l'état qui formait ses occupations journalières. Nous ne dirons rien de plus de ce groupe, sinon qu'il offrait un contraste moins frappant avec les habitudes de ceux qui gardaient les troupeaux que la réalité ne nous le montre habituellement, et que leur bruyante gaieté, leurs visages frais et leurs mouvements continuels, formaient une heureuse introduction aux danses qui allaient succéder.
Les jardiniers parurent avec leurs tabliers, portant des bêches, des râteaux, et autres instruments de leur état. Les femmes portaient sur leur tête des corbeilles de fleurs, de légumes et de fruits. Lorsqu'ils furent en face du bailli, les jeunes gens fornicrent une espèce de faisceau de leurs divers instruments, et les jeunes filles déposèrent leurs corbeilles en cercle à ses pieds; puis, se prenant par la main, ils dansèrent une ronde en chantant.
Pendant tous les préparatifs de la matinée, Adelheid s'était vaguement occupée de ce qui se passait autour d'elle, comme si toutes ses pensées n'avaient plus aucun rapport aux joies de ce monde. Il est inutile de dire que son esprit était ailleurs, et qu'il était occupé de scènes bien diUërentes de celles qu'on otTrait à ses regards. Mais lorsque le groupe de jardiniers passa en dansant, ses sentiments commencèrent à correspondre avec ceux de ces personnages si heureux, si contents des autres et d'eux-mêmes; et son père, pour la première fois depuis le matin, fut récompensé de la sollicitude avec laquelle il surveillait l'expression de son visage, par un sourire tendre et naturel.
— Voilà de la véritable gaieté, lierr bailli 1 s'écria le baron, animé par cet encourageant sourire, comme on se sent réchauflô par un rayon du soleil lorsqu'on a été longtemps glacé par une froide température. Ces danses sont charmantes, et feront honneur à votre ville! Je m'étonne seulement que vous n'ayez pas plus souvent de ces fêtes; lorsque la joie ne coiîte pas plus cher, on a tort de la refuser au peuple.
— Ce n'est pas nous qui nous y opposons, noble confrère, car nous sommes en tout un sujet soumis; mais nous aurons quelque chose de mieux que cela, ou nous perdrions notre temps. Pense-t-on à Berne que l'empereur obtiendra une nouvelle concession pour lever des troupes dans nos cantons, noble Melchior?
— J'implore votre merci, bon Peterchen; mais, avec votre permission, nous discuterons sur ces matières plus à loisir. Cela paraîtra un enfantillage à un homme habitué depuis longtemps aux affaires sérieuses; mais je confesse que ces folies commencent à m'amuser, et peuvent réclamer une heure du temps de celui qui n'a rien de mieux à faire.
Peter Ilofmeister fit une exclamation de surprise; puis il examina le signor Grimaldi, qui s'abandonnait à la gaieté avec cette bonne volonté d'un homme qui sent sa supériorité et s'inquiète peu des apparences. Levant les épaules comme un homme désappointé, le bailli regarda ies acteurs, afin de découvrir, s'il était possible, quelque infraction aux usages du pays qui pourrait exiger une réprimande officielle; cai' Hofmeister appartenait à cette classe de gouverneurs qui pèsent jusqu'à l'air que le peuple respire, dans la crainte que la quantité ou la qualité ne soit dangereuse pour un monopole qu'il est de mode aujourd'hui
d'appeler principe conservateur. Pendant cet examen, les jeux continuaient.
Aussitôt que les jardiniers eurent disparu, une troupe plus imposante occupa leur place. Quatre femmes marchaient en tête, portant un autel antique décoré de devises; elles avaient un costume emblématique et des guirlandes de fleurs sur la tête. Des jeunes gens, portant de l'encens, précédaient cet autel, qm était dédié à Flore, et la prêtresse venait ensuite, coiffée d'une mitre, et portant des fleurs. Comme toutes les autres prêtresses qui la suivaient, elle était revêtue d'un costume qui indiquait ses devoirs sacrés. La déesse était portée par quatre femmes sur un trône recouvert de fleurs, dont les festons, variés de mille couleurs, descendaient jusqu'à terre. Des faucheurs des deux sexes, aux habits gais et champêtres, succédaient ; une charrette, ployant sous une masse de plantes parfumées des Alpes, et accompagnées de femmes portant des râteaux, fermait la marche.
L'autel et le trône étant disposés dans l'arène, la prêtresse ofl'rit le sacrifice, et chanta, avec la vigueur d'une voix des montagnes, un hymne en l'honneur de la déesse. Les faucheurs dansèrent en rond comme les jardiniers, et cette troupe brillante disparut.
— Parfaitement, beaucoup mieux que cela ne pouvait être du temps des païens I s'écria le bailli, qui, en dépit de ses devoirs municipaux, commençait à s'amuser de ce spectacle. Ces jeux l'emportent de beaucoup sur vos carnavals de Gênes et de Lombardie, dans lesquels, pour dire la vérité, on représente fort bien de vieilles déités païennes.
— Ces admirables plaisanteries ont-elles souvent lieu dans le pays de Vaud? demanda le baron.
— De temps en temps, lorsque l'abbaye le désire. L'honorable signor Grimaldi, qui me pardonnera s'il n'est pas mieux reçu, ce qu'il attribuera, je l'espère, non à une inexcusable négligence, mais au désir qu'il éprouve de n'être pas connu; le signor Grimaldi, s'il daigne nous faire connaître son opinion, nous dira que le peuple n'en vaut pas moins lorsqu'il trouve l'occasion de rire. Nous en avons un exemple dans Genève, ville adonnée à des subtilités aussi ingénieuses et aussi compliquées que les rouages de ses montres. Il n'y a jamais de fêtes sans qu'il s'élève des discussions et des raisonnements, deux ingrédients aussi funestes dans les réjouissances publiques qu'un schisme dans une religion, on
deux volontés dans un ménage. Il n'y a pas dans cette ville un fripon qui ne s'imagine valoir mieux que Calvin, et il yen a beaucoup qui croient que, s'ils ne sont pas cardinaux, c'est simplement parce que l'église réformée n'aime pas les jambes enfermées dans des bas rouges. Par la parole d'un bailli, je ne voudrais pas être gouverneur d'une telle ville, même avec l'espérance de devenir un jour avoyer de Berne. Ici c'est différent: nous jouons nos rôles de dieux et de déesses comme des gens raisonnables ; et quand tout est fini, nous retournons presser nos grappes et compter nos troupeaux, comme de fidèles sujets du grand canton. Tout cela n'est-il pas juste, baron de Blonay?
Roger de Blonay se mordit les lèvres, car ses ancêtres existaient depuis mille ans dans le comté de Vaud, et cette allusion sur la tranquillité avec laquelle ses compatriotes se soumettaient à une domination étrangère, ne lui plaisait pas beaucoup. Il s'inclina froidement en signe d'acquiescement, pensant qu'il n'était pas nécessaire de faire une réponse verbale.
— Voilà d'autres cérémonies qui réclament notre attention, dit Melchior de Willading, connaissant assez les opinions de son ami pour comprendre son silence.
Le premier groupe qui s'approcha était composé de ceux qui vivent du produit de la laiterie. Deux vachers conduisaient leurs vaches, et le son monotone de deux lourdes clochettes formait un accompagnement champêtre à la musique qui se faisait entendre régulièrement à l'arrivée de chaque troupe. Un groupe déjeunes laitières, et de ces montagnards qui gardent les troupeaux dans les pâturages élevés, précédait une charrette chargée de tous les ustensiles de leur état. Dans cette petite procession, aucun détail n'avait été oublié. Le petit escabeau était attaché à la ceinture du vacher; un autre tenait dans sa main un seau d'une fomie toute particulière, tandis qu'un troisième portait sur son dos ce vase de bois large et profond qui sert à porter le lait à travers les précipices jusqu'aux chalets.
Lorsque cette troupe eut atteint le milieu de l'arène, les hommes commencèrent à traire les vaches, les filles à placer en ordre les différents produits de la laiterie, et tous s'unirent en chœur pour chanter le ranz des vaches du district. On croit généralement, mais c'est une erreur, qu'il existe un air particulier connu sous ce nom dans toute la Suisse, tandis que presque chaque canton a sa chanson des montagnes, dont l'air varie ainsi que les
paroles, nous pourrions ajouter, ainsi que l'idiorae. Le ranz des vaehes du pays de Vaud est dans le patois du pays, dialecte qui est composé de grec, de latin, mêlé de celtique. Ainsi que notre air national qui fut d'abord chanté par plaisanterie, et que, grâce à des faits glorieux, nous chantons maintenant avec orgueil, ce chant serait trop long pour être offert en entier au lecteur : nous lui donnerons cependant un couplet de cette chanson que les Suisses ont rendue si célèbre par leur amour pour leur pays, et qui souvent a porté le montagnard, engagé au service étranger, à abandonner un étendard mercenaire et le fracas des villes pour retrouver les scènes magnifiques de la nature qui tourmentaient son imagination toujours dirigée vers ces objets et embellissaient ses rêves. On s'apercevra promptement que le pouvoir de cette chanson consiste principalement dans les souvenirs qu'elle fait naître, en rappelant les simples charmes de la vie champêtre, et en ravivant l'indélébile sensation produite par la nature, lorsqu'elle donne à un pays cette majesté qui distingue la Suisse.
Lé zarmailli dei colombelté Dé bon matin se san léha.
j (Refrain.)
Ha ! ah ! ah ! ah 1 Liauba! Liauba! por aria,
Véûidé toté
Bllantz' et naire
Rodz et motaile
Dzjouvan' et étro
Dezo on tzehano,
lo vo z'ario
Dezo on triembllo,
lo ïe triudzo, Liauba ! liauba ! por aria \
La musique des montagnes a quelque chose de particulier et de sauvage; elle a probablement reçu ses inspirations de la grandeur des objets qui l'entourent. La plupart des sons participent