‹ Œuvres de J.J. RousseauChapitre 106 sur 159 · PARTIE II, LETTRE VII · texte numérisé non relu

PARTIE II, LETTRE VII

Vous voyez , monsieur , combien , au lieu de spécifier les droits du Conseil souverain , il eût été plus utile de spécifier les attributions des corps qui lui sont subordonnés ; et sans aller plus loin , vous voyez plus évidemment encore que, par la force de certains articles pris séparément , le petit Conseil est l'arbitre suprême des lois , et par elle du sort de tous les particuliers. Quand on considère les droits des citoyens et bourgeois assemblés en Conseil général, rien n'est plus brillant; mais considérez hors de là ces mêmes 'citoyens et bourgeois comme individus, que sont-ils? que deviennent-ils? Esclaves d'un pouvoir arbitraire, ils sont livrés sans défense à la merci de vingt-cinq despotes : les Athéniens du moins en avoient trente. Et que dis-je vingt-cinq? neuf suffisent pour un jugemei)t civil, treize pour un jugement criminel '. Sept ou huit, d accord dans ce nombre , vont être pour vous autant de décemvirs : encore les, décemvirs furent-ils élus par le peuple ; au lieu qu'aucun de ces juges n'est

de votre choix : et l'on appelle cela être libres !

promettre et les perdre. La vile tourbe bourdonne et triomphe ; le sage se tait et gémit tout bas.

Au reste, le Deux-cents n'a pas toujours été dans le discrédit où il est tombé. Jadis, il jouit de la considération publique et de la confiance des citoyens : aussi lui laissoient-ils sans inquiétude exercer les droits du conseil général , que le petit conseil tâcha dès-lors d'attirer à lui par cette voie indirecte. NotTvelle preuve de ce qui sera dit plus bas, que la bourgeoisie de Genève est peu remuante, et ne cherche guère à s'intriguer des affaires d'état.

1 Edita civils , tit. I , art. xxxvi*

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