PARTIE II, LETTRE VII
appel un appel ; c'est une grâce qu'on implore en justice , ita recours en cassation d'arrêt : on ne comprend pas ce que c'est. Croit-on que si le petit Conseil n eût.bien senti que ce dernier recours étoit sans conséquence , il s'en fût volontairement dépouillé comme il fit? Ce désintéressement n est pas dans ses maximes.
Si les jugements du petit Conseil ne sont pas toujours confirmés en Deux-cents , c'est dans les çftaires particulière? et contradictoires , où il n'importe guère au magistrat laquelle des deux parties perde ou gagne son procès ; mais dans les affaires qu'on poursuit d'office , dans toute affaire où le Conseil lui-même prend intérêt , le Deux-cents répare-t-il jamais ses injustices, protège- t-ir jamais l'opprimé, ose-t-il ne pas confirmer tout ce qu'a fait le Conseil , usa-t-il jamais une seule fois avec honneur de son droit de faire grâce? Je rappelle à regret des temps dont la mémoire est terrible et nécessaire. Un citoyen que le Conseil immôle à sa vengeance a recours au Deux-cents ; l'infortuné s'avilit jusque demander grâce ; son innocence n'est ignorée de personne ; toutes les régies ont été violées dans son procès : la grâce est refusée , et l'innocent périt. Fatk) sentit si bien l'inutilité du recours au Deux-cents , qu'il ne daigna pas s'en servir.
Je vois clairement ce qu'est le Deux-cents à Zurich , à Berne , à Fribourg , et dans les autres états aristocratiques ; mais je ne saurois voir ce qu'il est dans voire constitution , ni quelle place il y tient. Est-ce un tribunal supérieur? en ce cas il est absurde que le tribunal inférieur y siège. Est-ce un corps qui représente le souverain ? en ce cas c'est au représenté de nommer
364 LETTRES ÉCRITES DE LA MONTAGNE, son représentant. L'établissement du Deux-cents ne peut avoir d'autre fin que de modérer le pouvoir énorme du petit Conseil ; et au contraire il ne fait que donner plus de poids à ce même pouvoir. Or, tout corps qui agit constamment contre l'esprit de son institution est mal institué.
Que sert d'appuyer ici sur des choses notoires qui ne sont ignorées d aucun Genevois? Le Deux-cents n'est rien par lui-même ; il n'est que le petit Conseil qui reparoît sous une autre forme. Une seole fois il voulut tâcher de secouer le joug de ses maîtres et se donner une existence indépendante , et par cet unique eflbrt l'état faillit être renversé. Ce n'est qu'au seul Conseil général que le Deux-cents doit encore une apparence d'autorité. Cela se vit bien clairement dans l'époque dont je parle , et cela se verra bien mieux dans la suite , si le petit Conseil parvient à son but: ainsi , quand , de concert avec ce dernier, le Deux-cents travaille a déprimer le Conseil général , il travaille à sa propre ruine ; et s'il croit suivre les brisées du Deux-cents de Berne , il prend bien grossièrement le change. Mais on a presque toujours vu dans ce corps peu de lumières et moins de courage ; et cela ne peut guère être autrement par la manière dont il est rempli ».
1 Ceci s'entend en général , et seulement de l'esprit du corps ; car je sais qu'il y a dans le Deux-cents des membres très éclairés, et qui ne manquent pas de zèle : mais incessamment sous les yeux du petit conseil, livrés à sa merci, sans appui, sans ressource, et sentant bien qu'ils seroient abandonnés de leur corps , ils s'abstiennent de tenter des démarches inutiles qui ne feroient que les com-