‹ Œuvres de J.J. RousseauChapitre 110 sur 159 · PARTIE II, LETTRE VI · texte numérisé non relu

PARTIE II, LETTRE VI

des syndics ; et lorsqu'il la suppose , c est en le supposant aussi présidé par eux. Il a déterminé la leur, par conséquent il est superflu de déterminer la sienne. Les syndics ne peuvent pas tout sans le Conseil , mais le Conseil ne peut rien sans les syndics; il n'est rien sans eux , il est moins que n'étoit le Deux-cents même lorsqu'il fut présidé par l'auditeur Sarrazin.

Voilà , je crois , la seule manière raisonnable d'expliquer le silence des édits sur le pouvoir du Conseil ; mais ce n'est pas celle qu'il convient aux magistrats d'adopter. On eût prévenu dans le règlement leurs singulières interprétations , si l'on eût pris une méthode contraire , et qu'au lieu de marquer les droits du Conseil général , on eût déterminé les leurs. Mais , pour n'avoir pas voulu dire ce que n'ont pas dit les édits , on a fait entendre ce qu'ils n'ont jamais supposé.

Que de choses contraires à la liberté publique et aux droits des citoyens et bourgeois ! et combien n'en pourrois-je pas ajouter encore ! Cependant tous ces désavantages qui naissoient ou sembloient naître de votre constitution , et qu'on n'auroit pu détruire sans l'ébranler, ont été balancés et réparés avec la plus grande sagesse par des compensations qui en naissoient aussi ; et telle étoit précisément l'intention des médiateurs, qui, selon leur propre déclaration, fut de conserver à chacun ses droits , ses attributions particulières provenant de la loi fondamentale de F état. M. Micheli Du Cret , aigri par ses malheurs contre cet ouvrage , dans lequel il fut oublié , l'accuse de renverser l'institution fondamentale du gouvernement, et de dépouiller les citoyens et bourgeois de leurs droits, sans

374 LETTRES ÉCRITES DE LA MONTAGNE, vouloir voir combien de ces droits , tant publics que particuliers , ont été conservés ou rétablis par cet édit , dans les articles m , iv, x, xi, xii, xxn, xxx, xxxi, xxxn, xxxiv, xlii, et xliv; sans songer surtout que la force de tous ces articles dépend d'un seul qui vous a aussi été conservé ; article essentiel , article équipondérant à tous ceux qui vous sont contraires , et si nécessaire à l'effet de ceux qui vous sont favorables , qu'ils seroient tous inutiles si l'on venoit à bout d'éluder celui-là, ainsi qu'on l'a entrepris. Nous voici parvenus au point important ; mais , pour en bien sentir l'importance , il falloit peser tout ce que je viens d'exposer.

On a beau vouloir confondre l'indépendance et la liberté , ces deux choses sont si différentes que même elles s'excluent mutuellement. Quand chacun fait ce qu'il lui plaît, on fait souvent ce qui déplaît à d'autres, et cela ne s'appelle pas un état libre. La liberté consiste moins à foire sa volonté qu'à n'être pas soumis à celle d'autrui ; elle consiste encore à ne pas soumettre la volonté d'autrui à la nôtre. Quiconque est maître ne peut être libre; et régner, c'est obéir. Vos magistrats savent cela mieux que personne, eux qui, comme Othon , n'omettent rien de servile pour comt mander " . Je ne connois de volonté vraiment libre que

* En général > dit l'auteur des Lettres , les hommes craignent encore plus d'obéir qu'ils n'aiment h commander. Tacite en jugeoit autrement, et connoissoit le cœur humain. Si la maxime étoit vraie, les valets des grands seroient moins insolents avec les bourgeois; et Ton verroit moins de fainéants ramper dans les cours des princes. H y a peu d'hommes d'un cœur assez sain pour savoir aimer la

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