‹ Œuvres de J.J. RousseauChapitre 129 sur 159 · PARTIE II, LETTRE IX · texte numérisé non relu

PARTIE II, LETTRE IX

Toutefois , en achevant mon travail , je ne puis me dispenser de jeter un coup d'oeil sur celui de cet auteur. Sans analyser les subtilités politiques dont il vous leurre , je me contenterai d'en examiner les principes, et de vous montrer dans quelques exemples le vice de ses raisonnements.

Vous en avez vu ci-devant l'inconséquence par rapport à moi : par rapport à votre république , ils sont plus captieux quelquefois, et ne sont jamais plus* solides, Le seul et véritable objet de ces lettres est d'établir le prétendu droit négatif dans la plénitude que lui donnent les usurpations du Conseil. C'est à ce but que tout se rapporte , soit directement , par un enchaînement nécessaire, soit indirectement, par un tour d'adresse , en donnant le change au public sur le fond de la question.

Les imputations qui me regardent sont dans le premier cas. Le Conseil m'a jugé contre la loi : des représentations s'élèvent. Pour établir le droit négatif, il faut éconduire les représentants ; pour les éconduire , il faut prouver qu'ils ont tort; pour prouver qu'ils ont tort, il faut soutenir que je suis coupable; mais coupable à tel point , que , pour punir mon crime , il a fallu déroger à la loi.

Que les hommes frémiroient au premier mal qu'ils font s'ils voyoient qu'ils se mettent dans la triste nécessité d'en toujours faire , d'être méchants toute leur vie pour avoir pu l'être un moment , et de poursuivre jusqu'à la mort le malheureux qu'ils ont une fois persécuté !

La question de la présidence des syndics dans les

4f 4 LETTRES ÉCRITES DE LA MONTAGNE, tribunaux criminels se rapporte au second cas. Ooyexvous qu'au fond le Conseil s'embarrasse beaucoup que ce soient des syndics ou des conseillers qui président , depuis qu'il a fondu les droits des premiers dans tout le corps? Les syndics, jadis choisis parmi tout le peuple ' , ne Tétant plus que dans le Conseil , de chefs qu'ils étoient des autres magistrats , sont demeurés leurs collègues ; et vous avez pu voir clairement dans cette affaire que vos syndics, peu jaloftt d'une autorité passagère , ne sont plus que des conseillers. Mais on feint de traiter cette question comme importante , pour vous distraire de celle qui l'est véritablement , pour vous laisser croire encore que vos premiers magistrats sont toujours élus par vous, et que leur puissance est toujours la même.

Laissons donc ici ces questions accessoires, que, par ta manière dent Vauteur les traite , on voit qu'il ne prend guère à cœur. Bornons-nous à peser les raisons qu'il allègue en faveur du droit négatif, auquel il s'attache avec plus de soin , et par lequel seul , admis ou rejeté , vous êtes esclaves ou libres.

L'art qu'il emploie le plus adroitement pour cela est de réduire en propositions générales un système dont on verroit trop aisément le foible s'il en faisoit toujours l'application. Pour vous écarter de l'objet particulier, il flatte votre amour-propre en étendant vos vues sur de grandes questions ; et tandis qu'il met

* On pouftsoit si loin l'attention pour qu'il n'y eût dans ce choix ni exclusion ni préférence autre que celle du mérite, que, par un édit qui a été abrogé, deux syndics dévoient toujours être pris dans le bas de la ville et deux dans le haut.

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