PARTIE H, LETTRE VJfl
les franchises que 1 evêque lui a voit accordées. Auquel des deux croirons- nous?
Quoi ! vous perdez , étant libres , des droite dont vous joussiez étant sujets ! Vos magistrats vous dépouillent de ceux que vous accordèrent vos princes ! Si telle est la liberté que vous ont acquise vos pères , vous avez de quoi regretter le sang qu'ils versèrent pour elle. Cet acte singulier, qui vous rendant souverains vous ôta vos franchises, valoit bien, ce me semble , la peine d'être énoncé ; et du moins , pour le rendre croyable, on ne pouvoit le rendre trop solennel. Où est-il donc cet acte d'abrogation? Assurément pour se prévaloir d'une pièce aussi bizarre , le moins qu'on puisse faire est de commencer par la montre?. Pe tout ceci je crois pouvoir conclure avec certitude qu^n aucun cas possible la loi dans Genève n'accorde aux syndics, ni à personne, le droit absolu d'emprisonner les particuliers sans astriction ni condition. Mais n'importe : le Conseil , en réponse aux représentations , établit ce droit sans réplique. Il n'en coûte que de vouloir, et le voilà en possession. Telle est la commodité du droit négatif.
Je me proposois de montrer dans cette lettre que le droit de représentation , intimement lié à la forme de -votre constitution, n'étoit pas un droit illusoire et vain; mais <|u'ayant été' formellement établi par l'édit de 1707, confirmé par celui de 1738, il devoit nécessairement avoir un effet réel ; que cet effet n'a voit pas été stipulé dans l'acte de la médiation ,, pareequ il me l'était pas dans l'édit; et qu'il ne Lnvoit pas été dans l'édit , tant pareequ'il résultoit alors par Iuir.mème
4 12 LETTRES ÉCRITES DE LA MONTAGNE, de la nature de votre constitution , que parceque le même éditen établissoitla sûreté d'une autre manière; que ce droit , et son effet nécessaire , donnant seul de la consistance à tous les autres , étoit Tunique et véritable équivalent de ceux quon avoit ôtés à la bourgeoisie ; que cet équivalent , suffisant pour établir un solide équilibre entre toutes les parties de l'état , montrait la sagesse du règlement qui, sans cela, seroit l'ouvrage le plus inique qu'il fût possible d'imaginer; qu'enfin les difficultés qu'on élevoit contre l'exercice de ce droit étoient des difficultés frivoles , qui n existaient que dans la mauvaise volonté de ceux qui les proposoient, et qui ne balançoient en aucune manière les dangers du droit négatif absolu. Voilà , monsieur, ce que j'ai voulu faire; c'est à vous à voir si j'ai réussi.
Manière de raisonner de l'auteur des Lettres écrites de la campagne. Son vrai but dans «cet écrit. Choix de ses exemples. Caractère de la bourgeoisie de Genève. Preuve par les faits. Conclusion.
J'ai cru , monsieur , qu'il valoit mieux établir directement ce que j a vois à dire , que de m'attacher à de longues réfutations. Entreprendre un examen suivi des Lettres écrites de la campagne, seroit s'embarquer dans une mer de sophismes. Les saisir, les exposer, seroit , selon moi , les réfuter; mais ils nagent dans un tel flux de doctrine , ils en sont si fort inondés , qu'on se noie en voulant les mettre à sec.