PARTIE II,' LETTRE IX
directement au grand but que se propose une société politique , qui est de se conserver en conservant sa constitution.
Voilà un droit négatif très raisonnable; et, dans le sens exposé, ce droit est en effet une partie si essentielle de la constitution démocratique, qu'il seroit généralement impossible qu'elle se maintînt, si la puissance législative pouvoit toujours être mise en mouvement par chacun de ceux qui la composent. Vous concevez qu'il n'est pas difficile d'apporter des exemples en confirmation d'un principe aussi certain.
Mais si cette notion n'est point celle du droit négatif en question, s'il n'y a pas dans ce passage un seul mot qui ne porte à faux par l'application que l'auteur en veutfaire , vous m'avouerez que les preuves de l'avantage d'un droit négatif tout différent ne sont pas fort concluantes en faveur de celui qu'il veut établir.
Le droit négatif nest pas celui défaire des lois.... Non, mais il est celui de se passer de lois. Faire de chaque acte de sa volonté une loi particulière est bien plus commode que de suivre des lois générales , quand même on en seroit soi-même l'auteur. Mais d'empêcher que tout le monde indistinctement ne puisse mettre en mouvernent la puissance qui fait les lois. Il falloit dire, au lieu de cela : Mais <t empêcher que qui que ce soit ne puisse protéger les lois contre la puissance qui les subjugue.
Qui ne donnant pas la facilité d* innover... Pourquoi non? Qui est-ce qui peut empêcher d'innover celui qui a la force en main, et qui n'est obligé de rendre x. 37
4 1 8 LETTRES ÉCRITES DE LA MONTAGNE, compte de sa conduite à personne? Mais le pouvoir d empêcher les innovations. Disons mieux, le pouvoir d'empêcher qu'on ne s'oppose aux innovations.
C'est ici, monsieur, le sophisme le plus subtil, et qui revient le plus souvent dans récrit que j'examine. Celui qui a la puissance executive n'a jamais besoin d'innover par des actions d'éclat. Il n'a jamais besoin de constater cette innovation par des actes solennels. Il lui suffit, dans l'exercice continu de sa puissance, de plier peu-à-peu chaque chose à sa volonté, et cela ne fait jamais une sensation bien forte.
Ceux, au contraire, qui ont l'œil assez attentif et l'esprit assez pénétrant pour remarquer ce progrès et pour en prévoir la conséquence , n'ont, pour l'arrêter, qu'un de ces deux partis à prendre ; ou de s'opposer d'abord à la première innovation qui n'est jamais qu'une bagatelle , et alors on les traite de gens inquiets, brouillons, pointilleux, toujours prêts à chercher querelle ; ou bien de s'élever enfin contre un abus qui se renforce, et alors on crie à l'innovation. Je défie que, quoi que vos magistrats entreprennent, vous puissiez, en vous y opposant, éviter à-la-fois ces deux reproches. Mais à choix , préférez le premier. Chaque fois que le Conseil altère quelque usage, il a son but que personne ne voit , et qu'il se garde bien de montrer. Dans le doute , arrêtez toujours toute nouveauté , petite ou grande. Si les syndics étoient dans l'usage d'entrer au Conseil du pied droit , et qu'ils y voulussent entrer du pied gauche , je dis qu'il faudrait les en empêcher.
Nous avons ici la preuve bien sensible de la faci-