‹ Œuvres de J.J. RousseauChapitre 22 sur 159 · XI · texte numérisé non relu

XI

Je crois vous avoir prouvé que ces messieurs ne m ont pas jugé selon la raison : j'ai maintenant à vous prouver qu'ils ne m'ont pas jugé selon les lois. Mais laissez-moi reprendre un instant haleine. A quels tristes essais me vois-je réduit à mon âge ! Devois-je apprendre si tard à faire mon apologie? Étoit-ce la peine de commencer?

De la religion de Genève. Principes de la réformation. L'auteur entame la discussion des miracles.

J'ai supposé , monsieur , dans ma précédente lettre , que j a vois commis en effet contre la foi les erreurs dont on m'accuse, et j'ai fait voir que ces erreurs, n'étant point nuisibles à la société , n'étoient pas punissables devant la justice humaine. Dieu s'est réservé sa propre défense et le châtiment des fautes qui n'offensent que lui. C'est un sacrilège à des hommes de se faire les vengeurs de la Divinité , comme si leur protection lui étoit nécessaire. Les magistrats , les rois , n'ont aucune autorité sur les âmes; et pourvu qu'on soit fidèle aux lois de la société dans ce monde , ce n'est point à eux de se mêler de ce qu'on deviendra dans l'autre , où ils n ont aucune inspection. Si l<m perdoit ce principe de vue , les lois faites pour le bonheur du genre humain en seroient bientôt le tourment; et, sous leur inquisition terrible, les hommes, jugés par leur foi plus que par leurs œuvres , seroient tous à la merci de quiconque voudrait les opprimer.

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