‹ Œuvres de J.J. RousseauChapitre 23 sur 159 · PARTIE I, LETTRE II · texte numérisé non relu

PARTIE I, LETTRE II

Si les lois n'ont nulle autorité sur les sentiments des hommes en ce qui tient uniquement à la religion , elles n en ont point non plus en cette partie sur les écrits où Ton manifeste ces sentiments. Si les auteurs de ces écrits sont punissables , ce n'est jamais précisément pour avoir enseigné Terreur, puisqtie la loi ni ses ministres ne jugent pas de ce qui n est précisé* ment qu'une erreur. L'auteur des Lettres écrites de la campagne paroît convenir de ce principe ». Peut-être même, en accordant que la politique et la philosophie pourront soutenir la liberté de tout écrire, le pousseraitil trop loin { page 5o ). Ce n'est pas ce que je veux examiner ici.

Mais voici comment vos messieurs et lui tournent la chose pour autoriser le jugement rendu contre mes livres et contre moi. Ils me jugent moins comme chrétien que comme citoyen ; ils me regardent moins comme impie envers Dieu que comme rebelle aux lois ; Us voient -moins en moi le péché que le crime , et l'hérésie que la désobéissance. J'ai , selon eux , attaqué la religion de l'état; j'ai donc encouru la peine portée par la loi contre ceux qui l'attaquent. Voilà, je crois , le sens de ce qu'ils ont dit d'intelligible pour justifier leur procédé.

Je ne vois à cela que trois petites difficultés : la première y de sayqir quelle est cette religiop de l'état; la seconde , de »ontrei*comment je l'ai attaquée ; la troisième , de trouver cette loi selon laquelle j'ai été jugé.

1 A cet égard, dit-il page 22 , je retrouve assez mes maximes dans celles des représentations. Et page 29, il regarde comme incontestable que personne ne peut être poursuivi pour ses idées sur la religion.

Qu'est-ce que la religion de 1 état? c'est la sainte réformation évangélique. Voilà , sans contredit, des mots bien sonnants. Mais qu'est-ce , à Genève aujourd'hui , que la sainte réformation évangélique? Le sauriezvous, monsieur, par hasard? En ce cas, je vous en félicite : quant à moi , je l'ignore. J'avois cru le savoir ci-devant; mais je me trompois ainsi que bien d'autres, plus savants que moi sur tout autre point, et non moins ignorants sur celui-là.

Quand les réformateurs se détachèrent de l'Église romaine, ils l'accusèrent d'erreur; et, pour corriger cette erreur dans sa source, ils donnèrent à l'Écriture un autre sens que celui que l'Église lui donnoit. On leur demanda de quelle autorité ils s'écartoient ainsi de la doctrine reçue : ils dirent que c'étoit de leur autorité propre , de celle de leur raison. Ils dirent que le sens de la Bible étant intelligible et clair à tous les hommes en ce qui étoit du salut, chacun étoit juge compétent de la doctrine, et pouvoit interpréter la Bible, qui en est la régie, selon son esprit particulier; que tous s'accorderoient ainsi sur les choses essentielles ; et que celles sur lesquelles ils ne pourraient s'accorder , ne l'étoient point:

Voilà donc l'esprit particulier établi pour unique interprête de l'Écriture; voilà l'autorité de l'Église rejetée; voilà chacun mis, pour la doctrine, sous sa propre juridiction. Tels sont le» deux points fondamentaux de la réforme : reconnoître la Bible pour régie de sa croyance , et n'admettre d'autre interprète du sens de la Bible que soi. Ces deux points combinés , forment le principe sur lequel les chrétiens réformés

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