‹ Œuvres de J.J. RousseauChapitre 36 sur 159 · PARTIE I, LETTRE III · texte numérisé non relu

PARTIE I, LETTRE III

Voilà, cerne semble, des principes clairs et incontestables : venons à l'application. Je me déclare chrétien ; mes persécuteurs disent que je ne le suis pas. Ils prouvent que je ne suis pas chrétien, parceque je rejette la révélation ; et ils prouvent que je rejette la révélation parceque je ne crois pas aux miracles.

Mais pour que cette conséquence Ait juste, il feudroit de deux choses Tune ; ou que les miracles fussent Tunique preuve de la révélation, ou que je rejetasse également les autres preuves qui l'attestent. Or, il n est pas vrai que les miracles soient Tunique preuve de la révélation ; et il n'est pas vrai que je rejette les autres preuves, puisqu'au contraire on les trouve établies dans Touvraçe même où Ton m'accuse de détruire la révélation '.

Voilà précisément à quoi nous en sommes. Ces messieurs, déterminés à me faire, malgré moi, rejeter la révélation, comptent pour rien que je l'admette sur les preuves qui me convainquent, si je ne l'admets encore sur celles qui ne me convainquent pas; et, parceque je ne le puis, ils disent que je la rejette. Peut-on rifen concevoir de plus injuste et de plus extravagant?

Et voyez de grâce si j'en dis trop, lorsqu'ils me font un crime de ne pas admettre une preuve que

1 II importe de remarquer que le vicaire pouvoit trouver beaucoup d'objections comme catholique, qui sont nulles pour un protestant. Ainsi le scepticisme dans lequel il reste ne prouve en aucune façon le mien , surtout après la déclaration très expresse que j'ai faite à la tin de ce même écrit. On voit clairement , dans mes principes, que plusieurs des objections qu'il contient portent à faux.

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non seulement Jésus n'a pas donnée, mais qu'il a refusée expressément.

Il ne s'annonça pas d'abord par des miracles , mais par la prédication. A douze ans il disputoit déjà dans le temple avec les docteurs, tantôt les interrogeant, et tantôt les surprenant par la sagesse de ses réponses. Ce fut là le commencement de ses fonctions, comme il le déclara lui-même à sa mère et à Joseph '. Dans le pays, avant qu'il fit aucun miracle , il se mit à prêcher aux peuples le royaume des cieux 3 ; et il avqit déjà rassemblé plusieurs disciples sans s'être autorisé près d'eux d'aucun signe , puisqu'il est dit que ce fut à Cana qu'il fit le premier 3 .

Quand il fit ensuite des miracles, c'étoit Je plus souvent dans des occasions particulières , dont le choix n'annonçott pas un témoignage public, et dont le but étoit si peu de manifester sa puissance , qu'on ne lui en a jamais demandé pour cette fin qu'il ne les ait refusés. Voyez là-dessus toute l'histoire de sa vie, écoutez surtout sa propre déclaration : elle est si décisive, que vous n'y trouverez rien à répliquer.

Sa carrière étoit déjà fort avancée , quand les docteurs, le voyant faire tout de bon le prophète au milieu d'eux , s'avisèrent de lui demander un signe. À cela qu'auroit dû répondre Jésus, selon vos messieurs? « Vous demandez un signe , vous en avez « cent. Croyez-vous que je sois venu m'annoncer à

1 Luc,XI,46,47,4 9 . — » Matth.,IV, 17.

3 Jean, II, 11. Je ne puis penser que personne veuille mettre au nombre des signes publics de sa mission la tentation du diable et le jeûne de quarante jours.

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