‹ Œuvres de J.J. RousseauChapitre 37 sur 159 · PARTIE I, LETTRE III · texte numérisé non relu

PARTIE I, LETTRE III

t voua potir le Messie sans commencer par rendre té- * moignage de moi , comme si j'avois voulu vous forcer «à me méconnoître et vous faire errer malgré vous? « Non : Cana , le centenier , le lépreux , les aveugles , « les paralytiques , la multiplication des pains, toute « la Galilée , toute la Judée , déposent pour moi. Voilà « tnes signes : pourquoi feignez-vous de ne les pas *voir?»

Au lieu de cette réponse, que Jésus ne fit point, voici , monsieur , celle qu'il fit :

La nation méchante et adultère demande un signe, et Une lui en sera point donné. Ailleurs il ajoute : Il ne lui sera point donné d'autre signe que celui de Jonas lé prophète. Et leur tournant le dos, il s'en alla *.

Voyez d'abord comment , blâmant cette manie des signes miraculeux , il traite ceux qui les demandent , et cela ne lui arrive pas une fois seulement , mais plusieurs 3 . Dans le système de vos messieurs cette demande étoit très légitime : pourquoi donc insulter ceux qui la ferisoient?

Voyez ensuite à qui nous devons ajouter foi par préférence : d'eux, qui soutiennent que c'est rejeter la révélation chrétienne , que de ne pas admettre les miracles de Jésus pour les signes qui l'établissent ; ou de Jésus lui-même , qui déclare qu'il n'a point de signe à donner.

1 Marc, VIA, ia ; Matfh., XVI, 4- Pour abréger, fai fondu ensemble ees deux passages ; mais j'ai conservé la distinction essentielle à la question.

* Conférez les passages suivants : Matth., XII, 39, 4 1 i Marc, VIII, i 2 ;Luc, XI, 29; Jean, II, 18, 19; IV, 48; V,34, 36,39-

Ils demanderont ce que c est donc que le signe de Jonas le prophète. Je leur répondrai que c est sa prédication aux Ninivites, précisément le même signe qu'employoit Jésus avec les Juifs , comme il l'explique lui-même x . On ne peut donner au second passage qu'un sens qui se rapporte au premier, autrement Jésus seseroit contredit. Or , dans le premier passage où Ton demande un miracle en signe , Jésus dit positivement qu'il n en sera donné aucun. Donc le sens du second passage n'indique aucun signe miraculeux.

Un troisième passage, insisteront-ils, expliqué ce signe par la résurrection de Jésus 2 . Je le nie ; il l'explique tout au plus par sa mort. Or la mort d'un homme n'est pas un miracle ; ce n'en est pas même un qu'après avoir resté trois jours dans la terre , un corps en soit retiré. Dans ce passage il n'est pas dit un mot de la résurrection. D'ailleurs quel genre de preuve seroit-ce de s'autoriser durant sa vie sur un signe qui n'aura lieu qu'après sa mort? Ce seroit vouloir ne trouver que des incrédules , ce seroit cacher la chandelle sous le boisseau. Comme cette conduite seroit injuste , cette interprétation seroit impie.

De plus . l'argument inviucible revient encore. Le sens du troisième passage ne doit pas attaquer le premier , et le premier affirme qu'il ne sera point donné de signe, point du tout, aucun. Enfin, quoi qu'il en puisse être , il reste toujours prouvé , par le témoignage de Jésus même, que, s'il a fait des miracles

* Matth., XII, 41 ; Luc, XI, 3o, 3a. — 'Matth., XII, 4o.

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