PARTIE II, LETTRE VII
êtes sujets le reste de la vie i et livrés sans réserve à la discrétion d autrui.
Il vous est arrivé, messieurs, ce qu'il arrive à toud les gouvernements semblables au vôtre. D'abord let puissance législative et la puissance executive qui constituent la souveraineté n'en' sont pas distinctes: Le peuple souverain veut par lui-même , et par lui-même il fait ce qu'il veut. Bientôt l'incommodité de ce concours de tous à toute chose force le peuple souverain de charger quelques uns de ses membres d'exécuter ses volontés. Ces officiers, après avoir rempli leur commission, en rendent compte, et rentrent dans là commune égalité. Peu-à-peu ces commissions deviennent fréquentes , enfin permanentes. Insensiblement il se forme un corps qui agit toujours. Un corps qui agit toujours ne peut pas rendre compte de chaque acte; il ne rend plus compte que des principaux; bientôt il vient à bout de n'en rendre d'aucun. Plus la puissance qui agit est active , plus elle énerve là puissance qui veut. La volonté d'hier est censée être aussi celle d'aujourd'hui; au lieu que l'acte d'hier ne dispense pas d'agir aujourd'hui. Enfin l'inaction de la puissance qui veut la soumet à la puissance qui exéctite : celle-ci rend peu-à-peu ses actions indépei*dantes , bientôt ses volontés ; au lieu d'agir pour la puissance qui veut, elle agit sur elle.' Il ne reste alors dansTétat qu'une puissance agissante, c'est l'executive. La puissance executive n'est que la force; et, où régne la seule force , l'état est dissous . Voilà , monsieur, comment périssent à la fin tous les états démocratiques.
Parcourez les annales du vôtre, depuis le temps où vos syndics , simples procureurs établis par la communauté pour vaquer à telle Ou telle affaire, lui rendoient compte de leur commission le chapeau bas, et rentroient à l'instant dans Tordre des particuliers, > pigqu à celui où ces mêmes syndics , dédaignant les droits de chefs et de juges qu'ils tiennent de leur élection , leur préfèrent le pouvoir arbitraire d'un pdrps dont la communauté n éht point les membres , et qui s'établit au-dessus d'elle contre les lois : suive* les progrès qui séparent ces deux termes ; vous connaîtrez à quel point vous en êtes , et par quels degrés vous y êtes parvenus.
Il y a deux siècles qu'un politique auroit pu pré* voir ce qui vous arrive. Il auroit dit : L'institution que vous formez est bonne pour le présent, et mauvaise pour l'avenir : elle est bonne pour établir la liberté publique, mauvaise pour la conserver; et ce qui fait maintenant votre sûreté sera dans peu la matière de vos chaînes. Ces trois corps qui rentrent tellement l'un dans l'autre, que du moindre dépend l'activité du plus grand , sont en équilibre tant que l'action du plus grand est nécessaire et que la législation ne peut se passer du législateur. Mais quand une fois l'établissement sera fait, le corps qui l'a formé manquant de pouvoir pour le maintenir , il faudra qu'il tombe en ruine* et ce seront vds lois mêmes qui causeront votre destruction. VoUà précisément oe qui vous est arri vé.C'est , sauf la disproportion , la chute du gouvernement polonois par l'extrémité contraire. La constitution de la république de Pologne n'est bonne que