‹ Œuvres de J.J. RousseauChapitre 95 sur 159 · PARTIE II, LETTRE VII. 33g · texte numérisé non relu

PARTIE II, LETTRE VII. 33g

pour un gouvernement où il n'y a plus rien à faire : la vôtre, au contraire, n'est bonne qu'autant que le corps législatif agit toujours.

Vos magistrats ont travaillé de tous les temps et sans relâche à faire passer le pouvoir suprême du Conseil général au petit Conseil par la 'gradation du Deux-cents; mais leurs efforts ont eu des effets différents , selon la manière dont ils s'y sont pris. Presque toutes leuré entreprises d éclat ont échoué, paroe» qu'alors ris ont trouvé de la résistance, et que, dans un état tefl que le vôtre , la résistance publique est toujours sûre , quand elle est fondée sur les lois.

La raison de ceci est évidente. Dans tout état la loi parie où parle le souverain. Or, dans une démocratie où le peuple est souverain , quand les divisions intestines suspendent toutes les formes et font taire toutes les autorités , la sienne seule demeure ; et où se porte alors le plus grand nombre , là rendent la loi et l'autorité.

Que si les citoyens et bourgeois réunis ne sont pas le souverain 9 les Conseils sans les citoyens et bourgeois le sont beaucoup moins encore, puisqu'ils n'en font que la moindre partie en quantité. Sitôt qu'il s'agit de l'autorité suprême, tout rentre à Genève dans l'égalité , selon les ternies de ledit : Que tous soient contents en degré de citoyens et bourgeois, sans vouloir se préférer et s 'attribuer quelque autorité et seigneurie part-dessus les autres. Hors du Conseil général , il n'y a point d'autre souverain que la loi; mais quand la loi même est attaquée par ses ministres , c'est au législateur à la soutenir. Voilà ce qui fait que , partout oti

34o LETTRES ÉCRITES DE LA MONTAGNE, régne une véritable liberté , dans les entreprises marquées le peuple a presque toujours l'avantage.

Mais ce n'est pas par des entreprises marquées que Vos magistrats ont amené les choses au point où elles sont; c'est par des efforts modérés et continus , par des changements presque insensibles dont vous ne pouviez prévoir la conséquence , et qu'à peine même pouviez-yous remarquer. Il n'est pas possible au peuple de se tenir sans cessé en garde contre tout ce qui se fait ; et cette vigilance lui tournerait même à reproche, On l'accuseroit d'être inquiet et remuant, toujours prêt à s'alarmer sur des riens. Mais de ces riens-là sur lesquels on se tait, le Conseil sait avec le temps faire quelque chose : ce qui se passe actuellement sous vos yeux en est la preuve.

Toute l'autorité de la république réside dans les syndics qui sont élus dans le Conseil général. Ils y prêtent serment , parcequ'il est leur seul supérieur; et ils ne le prêtent que dans ce Conseil , parceque c'est à lui seul qu'ils doivent compte de leur conduite, de leur fidélité à remplir le serment qu'ils y ont fait. Ils jurent de rendre bonne et droite justice ; ils sont les seuls magistrats qui jurent cela dans cette assemblée, parcequ'ils sont les seuls à qui ce droit soit conféré par le souverain », et qui l'exercent sous sa seule au-

1 II n'est conféré à leur lieutenant qu'en sous-ordre, et c'est pour cela qu'il ne prête point serment en Conseil général. Mais, dit l'auteur des Lettres, le serment que prêtent les membres du Conseil est-il moins obligatoire ? et l'exécution des engagements contractés avec la Divinité même dépend-elle du lieu dans lequel on Us contracte? Non, sans doute : mais s'ensuit-il qu'il soit indifférent dans quels lieux et dans quelles mains le serment soit prêté? et ce

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