‹ Œuvres de J.-L. de Guez, sieur de Balzac (volume 2)Chapitre 87 sur 90 · DES PRECAVTIONS QV IL FAVT PRENDRE POVR REFORMER LES HOMMES · texte numérisé non relu

DES PRECAVTIONS QV IL FAVT PRENDRE POVR REFORMER LES HOMMES

a le n'approuve point le péché, mais je souffre quelque chose de l'infirmité humaine. le tolère ce que je ne puis corriger, le ne donne point l'alarme à celuy que je veux prendre : je Tavertirois de s'enfuir. le Tembarque sans luy deselarer où je le mené, et je luy feray faire vn voyage, quoy qu'il ne pense que faire vne promenade. C'est ainsi que la Vertu se glisse et s'insinue en l'ame des hommes. 11 faut les tromper pour leur propre bien, et les engager par vne action. Ce sera pour le moins vn gage que nous aurons d'eux, que peut-estre ils ne voudront pas perdre, et qui les obligera d'achever le reste.

« l'ay de bons désirs qui peuvent produire de bons effets : l'exhorte mon prochain à la mesme chose : Autant de Vices que je luy fais quitter, sont autant de pas que je luy fais faire vers la Vertu, de laquelle il sera tousjours moins esloigoé au deuxiesme degré qu'au premier, et lorsque son affection commencera à se remuer que quand elle demeuroit immobile. Il faut que nostre volonté soit vertueuse, et nos mœurs suivront nostre volonté : Il faut que le cœur reçoive la vie, pour la communiquer aux autres parties. Nous devons avoir de bons desseins, s'il n'est pas encore en nostre puissance de faire de bonnes œuvres. » (La dernière objection du Chicaneur, refutée. Discours 111% à M. Des Cartes.)

« On ne devient ny meschant ny vertueux tout d'vn coup; et si je valois quelque chose l'année passée, comme en si

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peu de temps je ne sçaurois avoir acquis les qualités que je n'avois pas, aussi je ne puis avoir perdu celles que j*avois*.i (Relation à Henandre : le Président Maynard, vers Tanoee 4635.)

DE LA PATIENCE DE lESVS- CHRIST.

(( La Loy sous laquelle nous vivons ne demande pas vn œil pour vn œil, ny vue main pour vne main, comme celle qui descendit autrefois du Ciel avec des foudres et des orage» Les opinions de nos Philosophes sont plus humaines que les maximes de ceux qui tenoient qu'il y avoit autant d'injustice à ne se ressentir pas d'vne injure qu'à ne pas reconnoistre vn bienfait, et que ne pas rendre le mal pour le mal estoit vne espèce d'ingratitude.

ff Le Christianisme a renversé tous ces mauvais principes de la Morale Payenne, et nous a apporté vne doctrine qui n*est pas moins contraire à nos sens que supérieure à nostre raison. Elle veut que nous nous saoulions des choses ameres que nous trouvions bonne la douleur; que nous aimions le^ causes et les instrumens de nostre mort, et qu'au milieu de^ gesnes et des tourmens, nous fassions des vœux et des prière^ pour les Tyrans qui nous ont condamnez et pour les bourreaux qui nous deschirent.

a Vn des grands serviteurs de lesus-Christ asseuroit du Dieu qu'il preschoit, que dans la pompe mesme de sa gloire, sa passion estant les délices de son souvenir, il n'est point de vertu qui luy soit plus agréable que la patience, pour ce

' Cette pensée et les passages suivants sont tirés des Œvvbes DivcK<câ. Paris, 1644, in4".

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ja'il n'est point de vertu qui ait eu plus de part (|u'ello à jette chère et dernière action de sa vie.

« Mais comme ce Dieu désire que nous suivions l'exemple [[uï\ nous a laissé lorsqu'il a souffert en qualité de coupable, je croy qu'il n'entend pas que nous prévenions la sévérité qu'il doit exercer quand il viendra juger les vivans et les morts. Il faut que nous embrassions sa croix, mais il ne faut pas que nous montions sur son throsne : Il nous est permis de participer à ses douleurs et à son ignominie, mais il nous est défendu d'entreprendre sur ses droits et d'vser de sa puissance. Il y a mesme quelque suspension en cette vie, de cette redoutable puissance, et sa Majesté terrible est toute réservée pour l'avenir. Il veut encore estre desarmé et à la discrétion de ses ennemis; il veut avoir les mains liées et se laisser offenser impunément. On luy fait tous les jours vne infinité de nouvelles playes sans qu'il en fasse vne seule plainte. Ses oracles nous disent partout que son indulgence attend et appelle tous les hommes ; ils nous ordonnent de ne pas haïr les Meschans, de peur de haïr les Prédestinez. Ceux qui interprètent ses oracles et qui traitent avec nous de la part de ce Dieu patient, ne nous laissent point donner d'autre sens à son intention. Il nous déclarent que ce n'est pas icy le lieu de vouloir mal à personne, à cause que la condamnation de qui que ce soit n'est icy cdnnuë, et quvn moment de grâce peut remédier à vn siècle de péché. Il nous exhortent à garder nos choleres et nos ressentimens pour la vie future, où ils feront vne partie de la lustice divine, et où le luste se resjouïra quand il verra la vengeance. » (Relation à Menandre, deuxiesme partie.)

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f Si je suis foible contre la Mesdisance, comment aurai-je assez de force contre la Mort? > (Relation à Menandre, deuxiesme partie.)

« Ne sray-]e pas que souvent nous desirons le bien et faisons le mal ; que nous visons à droite et donnons à gauche; que nous pensons estre justes etzelez, et ne sommes que choleres et mutins? Ne sçay-je pas que la partie divine de nostre esprit cède souvent à la partie animale, et que la plus haute se laisse entraisner par la plus pesante? Ne sçayje pas en vn mot que le peuple des passions se sousleve contre Tempire de la raison, et que quelqtiefois la Reyne est chassée dans cette sédition populaire, mais qu'estant revenue, elle desadvouë ce qui s'est passé en son absence. ^ (Ihùl )

DK LA MALIGiNITE HVMALNE.

« La Mesdisance est vn appas où les hommes ont coustume de courir et qu'ils avalent sans beaucoup de peine. Par là on s'insinue dans les humeurs les plus dures et les moins trailables. On flatte par là rinclination dVn chacun; on chatouille la Nature, qui est envieuse jusques en sa racine; qui console volontiers les affligez, mais qui auroit besoin de consolation s'ils estoient heureux. Ne desadvoûons point l'imperfection de cette nature. Nous prenons tous quelque plaisir a ouïr mal parler d'autruy, à cause que nous nous estimons tous et que nous sommes tous capables de

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LKTTKES ET PKWSKES. 546

jalousie. Or est-il que le wespris qu'on l'aild'vn autre semble nous relever en Thumiliant, et nous laisser prendre je ne sçay quelle supériorité sur luy, par vne secrète comparaison que nous faisons en nous-mesme de luy à nous; c'est-à-dire d'vn homme qu'on maltraite, à vn homme qui se favorise, de sorte qu0 cette comparaison ne se faisant pas à nostre desavantage, peu s'en faut que nous ne sçachions autant de gré à qui mesdit, voire d'vn aray, qu'à qui nous adjuge la préséance sur vn concurrent.

<r C'est vne des vieilles maladies du genre humain et qui presque a commencé avec le monde. Interrogez là-dessus des tesmoins qui ne sont point suspects; enquerrez-vous-en aux hommes des autres siècles. Ils vous diront que les plus légitimes louanges sentent quelque chose d intéressé et de mercenaire, et sont estimées lasches et serviles; mais que les plus injustes blasmes passent pour effets de liberté, et sont mis au nombre des actions généreuses. Vous sçaurez d'vn d'eux que les accusations ont esté les délices des Republiques, et que la Mesdisance est la félicité des oreilles. « L'audace de l'ancienne Comédie a eu beaucoup plus d'applaudissemens que la modestie de la nouvelle. Les plus misérables Poètes de ces premiers temps estoient suivis i\ grosses troupes et maintenus par la faction du peuple contre rauthorité des magistrats. Et tout cela, comme vous sçavez, parce qu'ils faisoient profession publique de mesdisance, et qu'ils mordoient effrontément les principaux et les plus estimez de la République. Us ne se contentoient pas de les designer sur la scène, tantost par des équivoques qu'il estoit aisé de deviner, tantost avec des masques faits exprés, qui representoient la forme de leur visage^ mais ils lesmonstroient souvent au doigt, et les nommoient par leur propre nom. j Et cette licence scandaleuse estoit si agréable aux Athéniens, qu'ils en quittoient leurs affaires domestiques et ne se souvenoientpas quelquefois d'aller disner, estant atta- 1. 31

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chez des journées entiereis à la bouche d'vn mauvais bouifon, qui se mocquoit dVn homme de bien.

« Quand à Rome vn Capitaine gênerai recevoir de la reconnoissance publique le plus grand de tous les honDeu^ extérieurs, et qu'iestant assis dans vu chariot d'or, il traisnoii après* soy les thresors des Rois et tes Rois chargez de chabnés, il estoit permis aux soldats qui raccompagnoient de faire des chansons de luy en cet estat*là et de le dilfamei par des vers injurieux. A quoy le peuple malin prenoit biec plus de plaisir qu'à toute la pompe et à toute la magniH- (îence du triomphe.

<( Advoûons donc encore vne fois la corruption humaine et le vice de notre origine. 11 n'est que trop vray que la moitié du monde croit estre heureuse du malheur d'autruy, et que ceux qui n'en font pas leur bonne fortune en font pour le moins leur passe-temps. Il y en a qui ne s'occupent qu'à harceler les chiens contre les passans. Il y en a qui ne sont pas si aises d'estre à couvert quand il pleut, que de voir mouiller les autres qui sont dehors. Et si toute vne Gompagnie est affligée, il faut seulement que quelqu'vn de la trouppe se laisse choir pour faire venir la jaye ou estait Taffliction. » (Relation à Menândre, troisiesme partie.)

« La Corruption est grande, mais elle n'est pasvûiverselle. Le genre humain, quoy que fort gasté, a encore de^ parties entières, et il y a quelque reste de justice sur la terre. L'Erreur ne gagne pas tant de pays ny ne se desborde si généralement, qu'elle ne laisse place à la Vérité; et la Vérité n'est pas si seule ny si mal assistée, qu'elle ne subsiste dans le temps contraire, en attendant qu'elle puisse vaincre. quand le temps favorable sera venu. » (Relation à Menan-' dre, troisiesme partie.)

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DE LVSAGE »EK I.ETTBES PROFANES.

« le crby que rauàtmté de la vie n'exclut pas la politesse delà ckiiCtrÎD«, et que toutes les belles choses ne sont pas également dangereuses. Et quoy ^que je sçache que la rigueur d^ nos Pères a esté extrême, et qu« les premiers Gbrestiens ont condamné ou m^sprisé les connoissances humaines; Quoy que je seache qu'on a escrit que TEloqùence estoit le patrimoine, des Payens, et que la Poésie estoit le breuvage des Démons, et que Sainct Hierosme a voit esté fouetté par les Anges pour^ avoir trop aimé Ciceron; Quoy que je sçache que celuy qui voulut mettre Lict au lieu de Grabat dans le texte de TEvangile/fut menacé d'anatheme, et qufe Theodoret a conclu, à la honte du bien raisonner et du bien dire, que l'incongniité et les solecismes des pescbeurs avoient vaincu les syllogismes et les figures ff Athènes; Quoy que je sçache cela, je sçay aussi que cette extrême rigueur a esté mitigée avec raison, et que Sainct Grégoire de Nazianze ne Ta pas approuvée dans TOraison funèbre de Sainct Basile ; le sçay que les plus sévères Chrestiens peuvent sans scrupule estre eloquens, peuvent employer l'or d'Egypte à Tembellissement du Tabernacle, et s'approprier les biens des Ennemis de TEglise, et sanctifier les connoissances des Profanes, et vser des choses dont les Payons abusoient. » (Relation à Menandre, troisiesme partie.)

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548 ŒUVRKS DK BALZAt:

DF I.A PERVERSITE XATVRELI.E.

<( Il est bien difficile de changer les cœurs. Gommeot (leut-on refaire les âmes? Les bestes sauvages ne s'apprivoisent point de bonne foy : elles retournent tousjours à leur premier naturel, et après vne longue apparence de douceur et les caresses de plusieurs années, elles s'eschappent tout (Fvn coup et mordent indifféremment celuy qui les a nourries et ceux qu'elles ne connoissent point. La faveur des Tyrans est vne chose non-seulement tres-peu asseurée et d«* très-difficile garde, mais aussi de tres-dangereuse et de trèsmauvaise suite. Elle ne sort gueres des maisons où elle u esté que par leurs bresches et par leurs ruines, et le Démon estrangle à la fin le Magicien qui pensoit le gouverner.

<t Néron se lassa de la Vertu et s'ennuya de ceux qui luy en par.oient. Il rompit toutes les attaches desLoix, de la Morale et de la commune Humanité ; 11 fist quelque chose de pis que de se crever les deux yeux, il se défît de ses deux amis*, dont il s'estoit si bien trouvé en diverses occasions, et qui aulhorisoient par leur présence et rendoient en quelque façon légitime vne principauté mal acquise. » (Response faite sur-le-champ à M. de Pressac, Conseiller du Roy, etc.)

' Burrhus et Sencque.

FIM DES PENSEES.

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