‹ Œuvres de J.-L. de Guez, sieur de Balzac (volume 2)Chapitre 86 sur 90 · IL FAOT ENCORE LE BIEN FAIRE · texte numérisé non relu

IL FAOT ENCORE LE BIEN FAIRE

** Le célèbre duc d*Ëperaon (Jean-Louis de Nogaret He la Valette), né ftn 1554, mopt en lfi42.

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d II est vray que je donne beaucoup à Telocution, et je sçay que les grandes choses ont besoin de l'aide des paroles, et qu'après avoir esté bien conceuës, elles doivent estre heureusement exprimées. Il me fasche seulement que de lav moindre partie de la Rhétorique des Anciens, on veuille faire toute la nostre, et que pour contenter les petits esprits, il faille que nos ouvrages ressemblent à ces victimes à qui' on ostoit le cœur et on laissoit seulement la langue de reste.» (A Mademoiselle de Gournay *, 30 aoust 1624.)

a Les Sots sont beaucoup plus injustes que les Meschans.» (A M. de La Marque, 5 aoust 1625.)

« La Perfection ne se trouve pas du premier coup. On peut achever en vn jour quantité de statues de piastre et de boue ; mais elles ne sont aussi que pour vn jour, et pour servir d'ornement à Tentrée d'vn Gouverneur en vne ville, et non pas au règne de plusieurs Rois. Ceux qui travaillent en bronze et en marbre vieillissent sur leurs ouvrages, et il est certain qu'il faut méditer long-temps ce qui doit durer tousjours. » (A M. de Racan**, 20 novembre 1625.)

* >larie i.e Jars, demoiselle de Gournay, d'une i'amille noble de Picardie, née à Paris en 1565, morte en cette ville le 13 juillet iM5: fille d'alliance de Montaigne, auteur de la grande édition des Essais publiée en 1655, avec une préface remarquable. Elle a laissé des Poésies et quelques œuvres posthumes.

** Honorai de Bueil, marquis de Bacan, l'un des premiers académiciens, né au château de la Roche-Bacan, en Touraine, en 1589, mort en février 1670.

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« En quelque part de la terre que ma curiosité m'ait porté, delà les Mers et delà les Alpes, dans les Estais libres et aux pays de conqueste, je n'ay remarqué parmy les hommes qu'vn commerce de pipeurs et de niais ; des vieillards corrompus par leurs pères, qui corrompent leurs enfans ; des esclaves qui ne se peuvent passer de maistres; de la pauvreté en la condition des gens vertueux et de l'avarice en Tame des Princes. » (A M. de Sainct-Cyran*, i2 jynvier 1626.)

(( Quitter TEloquence pour les Mathématiques, c'est estre degousté d'vne maistresse de dix-huict ans et devenir amoureux d'vne vieille. » (A M. deTissandier, 23 mars 1628.)

A La Gratitude est la plus belle vertu des Pauvres. » (A M. Ogier**, 6 mars 4629.)

« Il faut estre indulgent à la joye de ses amis, et donner quelque chose à leur belle humeur. Il ne faut pas mesme faire tout le mal qu'on peut à ses ennemis, et c'est agrandir vne injure que d'en avoir vn grand sentiment. » (A M. Chapelain, 10 janvier 1632.)

* Jean du Verger de Hauranne, abbé de Saint-Cyran, né en 1581. mort en 1645.

*• François Ogier, né à Paris, embrassa l'état ecclésiastique et suitit le comte d'Àvaux à Munster en 1648. Il publia V Apologie de Balzac, etc. 11 mourut à Paris en 1670.

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« Il ne faut point monter au Ciel pour se mocquer de la petitesse de la Terre : Testude de la Sagesse nous met en ^t estat-Ià. Le Sage considère toutes choses au-dessous de luy : les Palais luy paroissent des cabanes, et les Sceptres des jouets. Il a compassion de la grandeur et de la fortune des Princes, et du haut de son esprit

Il voit comme fourmis marcher nos legious, Dans ce petit amas de poussière et de boue, Dont nostre vanité fait tant de régions. »

(Â M. Girard, Officiai de FEglise d'Ângoulesme, 25 janvier 1632.)

SVK LES KOVATKVRS.

« 11 y a apparence que le Ciel approuve vn gouvernement qu'il a maintenu par vne succession de douze siècles. Le mal qui auroit si long-temps duré, seroit devenu aucunement légitime; et si la vieillesse des hommes est vénérable, celle des Estats doit estre saincte. Ces grands esprits que vous avez eus dans vostre Party, dévoient venir au commencement du monde, pour donner des loix aux nouveaux peuples et travailler à Testablissement de la police. Mais comme il est nécessaire d'inventer les bonnes choses, aussi certes il est tres-dangereux de vouloir changer mesme les mauvaises. » (A M. Du Moulin *, 28 aoust 1652.)

* Pierre du Moulin, ministre et théologien réformé, né en Vexin vers 1568, mort à Sedan en 1658.

510 (EOVRES DE BALZAC.

< Les Sages ne font qae gouster l'erreur de laquelle le Peuple s*enivre. Ils ne s'enfoncent pas dans les mauvaise opinions, ils passent légèrement dessus, i (Â M. de Colombiers, 20 octobre 1632.)

« Quand je parle d'vn ami, je ne parle pas d'vn compaj^on de trafic ou de desbauche, ny d'vn qui sçait rendre les visites le lendemain qu'il les a reçeuës, qui est exact à escrire par tous les ordinaires, et ne manque pas à yn seul de ces petits devoirs de la vie civile. le parle d'vn tesmoin delà conscience, d'vn médecin des douleurs secrètes, d'vn modérateur en la prospérité, dVn guide en la mauvaise fortune. » (A M. Gonrart, 5 février d633.)

i^ le n*ay jamais sceû gouster cette tristesse estudiëe qui desguise la haine qu'elle porte aux hommes du prétexte de Tamour de Dieu. La Philosophie Chrestienne n'a rien de commun avec la cynique. Celle-cy masque et celle-là renouvelle. LVne compose le visage, et l'autre règle l'esprit. » (A M. Des Courades*, 4 may 1633.)

« Les soins, la diligence* l'assiduité, ne sont pas tousjours des marques certaines des sincères affections. La Vérité marche aujurd'huy avec moins de suite. On ne la professa plus ouvertement, on s'en confesse comtne dVn péché.

Parent de Balzac.

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Ses Ennemis sont puissans et déclarez, et ses partisans foiblés et secrets. » (A H. Arnault d'Ândilly *, i2 juin 1655.)

« (A la Cour) on marche sur des pièges et sur des ruines. Les meilleures places y sont si glissantes, que peu de gens s'y peuvent tenir; Et si les misérables pretendans esvitent vne prompte cheûte, c'est par vne longue agitation; c'est en recevant perpétuellement des affronts et en rendant perpétuellement grâces. Taime beaucoup mieux me caicher icy avec mon repos, que de paroistre là avec leurs craintes et leurs chagrins, et je bénis les vents, et nomme heureux le naufrage qui m'a rejette d'où j'estois party. Vn plus sensible que moy se plaindroit du Monde; mais je me contente de l'oublier. le ne veux ny guerre ny commerce avec luy ; l'en ay retiré toutes mes passions, aussi bien les fascheuses que les agréables. » (A Mgr TEvesque de Nantes, 12 may 1633.)

UK LA TRADITION DANS L EGLISE CATHOLIQVE.

« Il n'y d point de respect ny de révérence que nous ne devions à ces Vénérables Pères, qui nous enseignent par vne connoissance infaillible quel est le Souverain Bien; qui nous descouvrent avec certitude les choses qui sont au-dessus du Ciel; qui nous font de fidèles relations de cette admirable Republique de Bienheureux citoyens qui vivent sans corps et sans matière, et nous recitent les merveilles du Monde intellectuel plus pertinemment que nous ne contons aux

• Robert Arnauld d*Andilly, né à Paris en 4589, mort à Port-Royaldes-Champs le 27 septembre 1674.

aveugles les merveilles du monde visible. Chez eux se conservent les sources de la pure doctrine, dont on ne voit ailleurs que des branches et des ruisseaux ; chez eux ii y a des resolutions à tous les doutes, des remèdes à tous les venins. Là le Temps ne fait point de tort à TAntiquité ; la Vieillesse n'a ny fard ny rides; et après le seiziesme siècle, le Christianisme y garde encore sa fleur. Il y a vingt-cinq ans que les Gymnosophistes, les Brachmanes et les Rabins me rompent la teste. Nous devrions à la fin nous souvenir que nous sommes Chrestiens, et que nous avons des Philosophes qui nous sont plus proches, et qui nous doivent estre plus considérables que tous ceux-là. » (A M. LeMaistre*, 4 juillet 1633.)

« La Raillerie n'est pas tousjours ennemie de la Morale: au contraire, c'est la plus subtile et la plus ancienne méthode de la débiter: et ce qui espouv^interoit les gens dan< la forme naturelle, les gaigne quelquefois sous vne apparence plus agréable .

(( La Sagesse toute sèche et toute crue fait mal au cœur; il y faut vn peu d'assaisonnement : Socrate Ta apprestée de la sorte; ce Socrate, dis-je, à qui toutes les familles des philosophes rapportent leur origine, et qu'elles reconnoissent pour leur patriarche. L'Histoire dit qu'il ne parlait jamais tout de bon ; son Siècle l'appelle le Hocqueur. Dans les Livres de Platon, il bouffonne presque tousjours : Il fait Tamoureux et l'ivrogne avec les desbauchez, afin de n'effrayer pas ceux qu'il vouloit prendre : Il semble qu'il fuye le ton dogmatique comme vn instrument de tyrannie et vn joug qui opprime nostre libeirté. Bref, il traite si peu sérieuse-

* Antoine le Maistre, célèbre avocat nu parlennent de Pans, ué eu cette ville en 1608, mort à Port-Royal-des-Cbamps en 1658.

ment les matières les plus sérieuses, qu'il a bien jugé que le plus court chemin de persuader estoit de plaire, et que pour entrer dans Famé, la Vertu avoit besoin de la Volupté. « Il en est venu depuis qui ne se sont pas contentez, de rire, mais qui n'ont fait profession que de cela, et ont pris leur plaisir et leur divertissement de toutes les actions de la vie humaine. D'autres qui se sont desguisez en Courtisans et en Poëtes, et ont quitté leurs dilemmes et leurs syllogismes pour dire de bons mots et se faire escouter dans les cabinets. Le Monde n'estoit donc pas triste avant Arioste et Bernia : ce ne sont pas eux qui ont commencé sa resjoiiissance. La Raillerie n'est pas vne invention des derniers temps, c'a esté le premier mestier des Sages, qui par là se sont apprivoisez avec le Peuple. Theophraste, qui fut successeur d'Aristote, n'a creû rien faire en cela contre Thonneur de la Philosophie ny contre les bienséances du Lycée. Il a en perfection le don de descrire et de contrefaire, et ses characteres sont des Comédies, quoy qu'il ne les ait pas divisées en actes, et qu'elles ne soient que d'vn personnage. Seneque, si chagrin d'ailleurs, et de si mauvaise humeur, a voulu -aussi s'esbattre vne fois en sa vie, et nous a laissé cette admirable Apothéose de Claudius, que je racheterois de bon cœur, si elle estoit perdue, d'vn de ses livres des Bénéfices, et mesme d'vne plus grosse rançon, pour l'avoir en son entier. Sans doute vous avez encore ouï parler des Césars de l'Empereur ïulien, c'est-à-dire des jeux d'vn Severe et de la feste d'vn Melancholique. Et d'où pensez-vous, je vous prie, qu'empruntent leur nom les Satyres Menippées, si estimées de l'Antiquité, et sous le titre desquelles Varron avoit enfermé toute la Sagesse divine et humaine? C'est de Menippe le Philosophe, qui estoit d'vne secte si austère et si cruelle ennemie du Vice, que luste-Lipse n'a point fait difficulté de la comparer à rOrdre le plus reformé qui soit dans l'Eglise. » (A M. Conrart, 25 septembre 1655.)

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« La liberté que le Roy donne à ses Subjets de D^estre pas de son opinion, ne doit pas s'estendre jusqnes à offenser la mesme opinion.

(( Il fauttousjours se souvenir de la condition du temps et de Testât des affaires.

a Les Sages n'irritent jamais ceux qui les peuvent perdre; et dans les anciens Triomphes, il estoit bien permis anx soldats de railler leur gênerai, mais non pas aux vaincus d'injurier le victorieux.

<( L'Innocence mesme se rend coupable lorsqu'elle attire la persécution. » (A M. de Borstel, 26 avril 1634.)

« C'est vn faux et dangereux docteur que ce Monde. Il efface d'abord les impressions qui viennent du Ciel; il fonde ses principes sur les ruines de la Vertu naturelle. 11 estime les Marchands et la Banque, et se mocque des Docteurs et de rVniversité. » (A M..., 7 may 1654.)

« Les petites affaires sont plus fascheuses que les grandes. Vn coup d'espée ne fait point tant de mal que cent picqueûres d'espingles; et les Arabes disent qu'il y a meilleur gain d'estre dévoré par vn Lion que d'estre mangé des Mousches. v» (A M. de La Motte-Aigron, 29 juillet 1654.)

(( Le Christianisme m'empesche de dire : Optimum non nasciy bonum vero quant citissime interire; mais il ne m'empesche pas de croire qu'vn jour de vie avec le baptesme

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vaut mieux quVn siècle d'iniquité. » (A M. Girard, 4 octobre 1634.)

tt Tous les Saincts ne sont pas composez d'vn mesme tempérament. La Religion retranche les Vices et se contente d'espurer les passions. Nostre Morale reconnoist des choleres innocentes; et c'est la beauté du troupeau du Fils de Dieu qu'il y ait des Lions parmy des Brebis, et de voir les âmes fortes et sublimes s'humilier sous la grandeur du Christianisme, comme les plus basses et les plus douces. » (A M. Girard, Secrétaire de Hgr le Duc d'Espernon, 45 octobre 1654.)

n (L*) Eglise n'est pas vne marastre superbe et ennemie des Enfans de son Espoux : C'est vne Mère passionnée des siens, et désireuse d^adopter tous les Estrangers. C'est vous qui nous asseurez qu'elle est contente de perdre ses plus riches vases, pourveu qu'elle gaigne le sacrilège qui les a pris. » (A Mgr TArchevesque de Tholoze *, 25 janvier 1635.)

« l'approuve fort cette théologie populaire qui fait la moitié du chemin jusques à nous, et s'abbaisse vn peu, afin que nous n'ayons pas trop à nous eslever. Elle suit l'exemple de son autheur, qui se familiarisoit avec le Peuple et ne rebutoit personne, non pas mesme les Courtisanes et les peagers. Bien loin de mettre la division dans les familles, elle recommande aux femmes robeïssance comme la principale de

* Charles de Montcbai, né en 1589 à Ânnonai, succéda, en 1628, sur le siège de Toulouse, au cardinal de la Valette, qui donna sa démission en sa laveur. Ce prélat, l'un des plus savants hommes de son temps, possé-

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51tt ŒUVRES DE BALZAC.

leurs vertus, et l'appelle vu second culte, vue seconde religion. I (A Madame de Campagnol, 45 avril 4655.)

« Celuy qui nous peut perdre par vn seul mot nous oblige infiniment quand il employé deux douzaines de lignes à nous tromper. » (A Mgr PArchevesque de Tholoze, 26 may 4636.)

« Il n'y a que Dieu qui puisse parler de Dieu, parce qu'il n'y a que Dieu qui connoisse Dieu. Tout ce que les hommes en disent d'eux-mesmes, n'est que begayement, qu'incongruité, que solécisme en la langue et en la science du Ciel. » (A M. Chapelain *, 20 juin 4636.)

« Toutes les mains qui servent TEstat ne sont pas employées à tuer des hommes, ny à remuer des machines. Il y en a que Ton levé au Ciel pour seconder celles qui combattent et pour demander à Dieu la victoire Quelques-vnes

dressent des plans et tracent sur le papier ce qui se doit exécuter à la campagne. Quelques autres travaillent sans bruit pour l'honneur du Prince et pour Tedification de ses

dait une admirable bibliothèque , riche surtout en manuscrits hébreux , grecs et arabes, qu'il communiquait libéralement aux savants. Bigault, Sirmond, Aubert, Holstenius, Allatius, ont parlé de lui dans leurs écrits et lui ont témoigné leur reconnaissance. Il mourut à Garcassonne le 22 août 1651. où il s'était rendu pour assister aux états de la province de Languedoc.

Jean Chapelain, conseiller du roi en ses conseils, l'un des premiers académiciens, né à Paris le 4 décembre 4595, mort en la même ville le 22 février 1674.

Subjets Vos bienfaits remettront en honneur des personnes qu'on a autrefois appelées sainctes, et que maintenant on nomme inutiles. » (A Mgr Seguier*, Chancelier de France, 5 septembre 4656.)

- « le ne me mesle point de cette science de discorde qui coupe en mille pièces la robe de Noslre Seigneur et intente vn procez sur chaque mot de son Testament. D'ordinaire, elle aigrit plus les esprits qu'elle n'accommode les affaires, et multiplie les doutes au lieu d'augmenter la Charité. Si on me mettoit au choix, je voudrois vn peu moins de celle qui enfle et vn peu davantage de celle qui édifie.

« La Vérité n'est point le prix du sang eschauffé, ny de l'imagination esmeuë.

(( Les labyrinthes de la Dialectique ne sont point les chemins du Ciel les plus tenables, et souvent Dieu se cache à la trop grande curiosité qui le cherche. Les meilleures querelles sont de très-mauvaises choses, et les combats des Docteurs, des meurtres de l'esprit de leurs frères, s'ils n'ont pour fin la paix de l'Eglise. » (A M. Du Moulin, 50 octobre 1656.)

« Vne si noble action de TAme (les œuvres darables de l'esprit) n'est pas la plus foible preuve que nous ayons de son immortalité. H n'y auroit certes gueres d'apparence que les enfans fussent de meilleure condition que la mère, et

* Pierre Seguier, oé à Paris en 1588, successivement conseiller au parlement, président à mortier, maître des requêtes, garde des sceaux, et enfin chancelier de France en 1635. Il eut, après la mort du cardinal de Richelieu, le titre de Protecteur de l'Académie française. Il mourut à Saint-Germain-en-Laye en 1672.

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que des prodaclions qui doivent résister an temps et se defeodre cootre la mort, sortissent d'vn principe corruptible, i (A M. de La Hothe Le Yayer ^, 29 mars 1637.)

M Est-il possible qu'vn homme qui n'a pas appris TÂrt d^escrire, et à qui il n'a point esté fait de commandement de par le Roy, et sur peine de la vie, de faire des Livres, veuille quitter son rang d'honneste homme qu'il tient dans le Monde, pour aller prendre celuy dimpertinent et de ridicule, parmy les Docteurs et les Escholiers**. » (A M. Chapelain, 25 novembre 1657.)

« Dieu se laisse quelquefois persuader par vn simple battement de cœur, et rejette souvent les prières éloquentes. C'est vue misérable lumière que celle qui n'esclaire que des Vices; et n'en desplaise aux grands personnages, vue bonne Beste vaut tousjours mieux qu'vn mauvais Démon. » (A Mademoiselle de Campagnol, 45 décembre 4657.)

* François de la Mothe le Vayer, conseiller d'Ëlat ordinaire, précepteur de Philippe, duc d'Orléans, frère de Louis XIV, né à Paris en 1588, reçu à l'Académie française le 44 février 4639, mort en 1672.

'* L'on voit que ces vers célèbres du Misanthrope :

Hors qu'un commandenient exprès du roi ne vienne, etc.

et surtout ceux-ci (acte I, scène n) :

Ël n'allez point quitter, de quoi que Ton vous somme. Le nom que dans la cour vous avez d'honnête homme. Pour prendre de la main d'un avide imprimeur Celui de ridicule et misérable auteur.

ne sont que la traduction fidèle de la prose de Balzac.

ff Pourquoy trouve-t'on estrange que je die qae si j'estois né Suisse, je ne voudrois pas d'autre gouvernement que celuy de mon pays; puisque c'est vne supposition que je fais et qui va à l'avantage du pays où je suis né. De plus Liberté et Maistre sont deux mots opposez presque partout. Non

FAGUE LIBERTAS ET DOMIIfl MISGENTVR. Et aillcurS, ReS OLIM DISSOGIABILES MISCVIT, LIBERTATEM ET PRINCIPÂTVM . PoUr CO qUO

je dis qu'il est dangereux de changer mesme les mauvaises choses, cela ne se peut entendre de la Religion. le parle des choses purement civiles et politiques. Et n'est-il pas vray que, dans les Estats, il y a des pièces si caduques et si esbranlées, que si on les touche, on les renverse? il y a des corps qui ne peuvent plus souffrir les remèdes, et qui ne sont plus capables de guerison. Il faut les laisser en Testât où Ton les trouve, de pe(ir de les briser en les remuant. Vn petit effort, vn mouvement mesme sans violence, le passage d'vn lict à vn autre, est quelquefois mortel à ces mauvais corps. Ils ne laissent pourtant pas de durer, pourveù qu'on ne les tourmente pas , qu'on les remette aux soins et à la conduite de la Nature. Ils se conservent dans vn repos de corruption et parmy des maux connus et accoustumez. Et si on les vouloit resveiller, si on les tournoit seulement d'vn autre costé qu'ils ne sont, leur vie estant enfermée dans leur assoupissement, ce resveil, ce changement, leur seroit fatal. Voilà comme quoy il y a des changemens dangereux.... Qu'on lise les Histoires de tous les Siècles, et l'enverra que ce zèle de reformation a tousjours fait naistre de nouveaux desordres au lieu de faire cesser les anciens. • (A M. Chapelain, 50 janvier 4638.)

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« Le Peaple n'appelle bien-faits que ceux qu'il manie el qui tombent sous ses sens; Il ne les mesure que par les succez qui dépendent de la Fortune. Les Spéculatifs remontent plus baut : Ils vont prendre les grâces dans Fintention du Bien-faiteur, comme des actes purs et séparez de la matière, et ne remettent pas leur gratitude à l'événement, parce qu'ils la confieroient au hazard. Ce qui n'est pas encore, peut n'estre jamais, et les plus fidèles promesses sont exposées à toute rincertitude de l'avenir et à tous les changeineus des clioses humaines; elles ne laissent pourtant pas d'estre de fidèles promesses. » (A Mgr Seguier, Chanceliei* de France, 20 février 4638.)

« C'est vne misérable santé que celle qu'on doit à l'abstinence de toutes les choses agréables; et Ciceron se mocque en plus d'vn endroit de ces Orateurs languissans qui n'ont ny force ny vertu ; qui ne méritent ny peine, ny recompense. » (k M. Chapelain, 6 juillet 4638.)

FEÎIMKS SÇWANTFS.

« C'est à mon gré vne belle chose que ce sénat féminin qui s'assemble tous les mercredis chez Madame. . . Mais Caton diroit que c'est vne maladie de la Republique, à laquelle il est besoin de remédier... Si la Présidente de l'Assemblée a fait vn certain roman qui se nomme...., ejle n'a gueres moins fait que d'avoir couru les champs, et il ne luy reste rien à faire que d'espouser en secondes nopces l'Empereur des Pe-

tî tes- Maisons. II y a long-temps que je me suis déclaré contre cette pédanterie de l'autre sexe, et que j'ay dit que je souffrirois plus volontiers vne femme qui a de la barbe, qu'vne femme qui fait la sçavante... Toutde bon, si j'estois modérateur de la Police, j'envoyerois filer toutes les femmes qui veulent faire des livres; qui se travestissent par l'esprit; qui ont rompu leur rang dans le Monde. Il y en a qui jugent aussi hardiment de nos vers et de nostre prose que de leurs points de Gennes et de leurs dentelles : Elles seroient bien faschées d'avoir dit vn Poëme Héroïque; elles disent lousjours vn Poëme Epique. On ne parle jamais du Cid, qu*elles ne parlent de l'vnité du Subjet et de la règle des vingt-quatre heures. OsageArthenice* ! que vostre bon sens et que vostre modestie valent bien mieux que tous les argumens et que toutes les figures qui se débitent chez Madame la ...» (A M. Chapelain, le dernier septembre 1658.)

a Comme il y a des Fous furieux, et qui sont habillez en Sages, il y a aussi des Sottises sentencieuses et qui ont Tapparence d'Aphorismes. Le Monde se laisse piper le plus souvent à ce faux esclat, et je ne sçay si pour n'estre point du monde pipé, il suffit d'estre de TAcademie. » (A M. Chapelain, 4 janvier 1659.)

« Il y a vn milieu entre l'Impiété et la Dévotion ; et Ton peut s'abstenir des Blasphèmes sans composer des Hymnes. » (A M. Chapelain, 20 février 1639.)

' Madame de Rambouillet. Arthenice est l'acrostiche de son nom de Catherine : rette Galanterie avait été imafirinée par Malherbe.

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c Bien ou Mal, Vray oa Faux, c'est presque aujourd'huy la mesme chose, et tout le Monde se mesie de juger, qao; qu'il n'y ait rien de si rare que le lugement. Yne période nous aura cousté vue journée; nous aurons distillé toui nostre esprit dans vn Discours qui sera peut-estre vn chefd'œuvre de FArt, et on croira nous faire grâce de dire qu'il y a de jolies choses dedans, et que le langage n'en est pas mauvais. Il vaudroit mieux dormir, que de s'amuser à des veilles si ingrates, et je pardonne volontiers à ce galant homme le ressentiment qu'il tesmoigna contre les Muses en pareille occasion :

Ite» levés nugae, sterilesque valete Gamœoe,

lie, sat est, primoA Tobiscum absumpsimus annos, ^

(A M. Chapelain, 15 mars 4639.)

« L'Antiquité s'est plainte avant nous et avec raison d'vn certain art de difficulté que les Grands ex^cent en faisant du bien pour le faire valoir davantage. Ils voudroient de leur supplians non*seulement des prières et des sollicitations, mais s'ils osoient, ils en voudroient des hymnes et des sacrifices, j» (A Mgr Bouthillier % Surintendant des Fi* nances, 12 may 1659.)

tf le n'approuve pas cette cruelle marastre des Passions, qui dans le dessein qu'elle a eu de faire vn véritable Sage,

* Claude Bouthillier, oncle du célèbre abbé de la Trapiie.

c'est-à-dire vivant et animé, n'en a fait qujB la morte et insensible représentation. Ces sortes de Statues sont pour Tornement du Portique, et non pas pour Tvsage de la Vie, et il me semble qu'entre la Dureté et la Mollesse, il y a vn tempérament qui s'appelle Fermeté. » (A M. Chapelain, 20 octobre 1659.)

« Les batailles ne se donnent pas toutes les fois qu'elles se doivent donner ; et j'ay remarqué, dans l'Histoire de tous les Siècles, que ces grands evenemens qui décident les grandes affaires, arrivent moins par dessein que par occasion. On se mocque là-haut de toutes les entreprises d'icy-bas, et nous ne sommes que les Machines et les Acteurs des pièces qui sont composées dans le Ciel : Homo histrio, Deus vero poeta est. C'est vn Poëte souverain, et vous ne pouvez pas refuser le rôlle qu'il vous baillera à jouer. Il faut trouver bon tout ce qu'il veut faire de vous, et se sousmettre à l'ordre de la Providence*. » (A M. Chapelain, 1" juillet 1640.)

« La Vie est vne ressource dans laquelle Marins trouva la puissance qu'il avoit perdue, et nostre Admirai les armées qu'on luy avoit défaites. Ayant celte pièce de reste, on a dequoy se raquitter de toutes ses pertes. Les malheureux de cette année seront les heureux de l'année prochaine, et durare, ac semet rébus servare secundis, est la plus seûre maxime et la plus grande finesse que je connoisse dans Tinstabilité des choses humaines. » (A M. Chapelain, vers 1640.)

* La pensée exprimée dans ce passage est reproduite et développée au DUcours huictiesme du Socrate chrestien.

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« Les règles s'apprennent par le temps, et Testude donne KÂrt aux moins heureuses naissances. Il n'y a que cette force secrète dont les paroles sont animées, qui vienne immédiatement du Ciel, d*où vient avec elle la grandeur et la majesté. » (A M. Gonrart, 7 décembre 4640.)

Les Loups ne se reconcilieront jamais de bonne foy ave \ds Brebis, et c'est l'ordre ou la confusion des choses du monde qu'il y ait des Tyrans par tout, de Grands, de Médiocres et de Petits; les vns pour affliger le public, et les autres pour tourmenter les particuliers. » (A M. Chapelain, 22 mars 1641.)

t Le Roy de Suéde est mort, et le Duc de Weimar aussi; et si on ne meurt à la guerre et dans les combats, on vient mourir dans les festes et dans les triomphes. Regardons donc tous les hommes comme perdus ou comme prests à se perdre. Tenons toutes les heures de nostre vie pour climatenques. Attendons de mauvaises nouvelles par tous les courriers, et concluons que le seul moyen de n'estre point affligé, c'est de n*estre point de ce monde. En effet, ou il faut voir périr les autres, ou il faut périr soy-mesme : et par conséquent quelle délicatesse d'aimer la vie, et ne pouvoir souffrir les dépendances qui l'accompagnent; et pour quoy tant plaindre le mal dont personne ne veut le remède? » (Au mesme, 20 avril 1641.)

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a ContentoDs-nous des pertes présentes et de la misère que chaque heure apporte. Le mal vient assez tost, sans qu'il faille l'aller quérir par Tapprehension ; comme il ne dure que trop, sans qu*il soit besoin de le retenir par la mémoire. » (A M. Chapelain, 12 may i64i .)

(( Les véritables hommes sont si rares, que quelquefois de tout vn Peuple, il ne s'en sçauroit faire que la moitié d'vn. » (Au mesme, 6 septembre 1641.)

M II y a des âmes dont la dureté est à Tepreuve de toutes les belles persuasions. 11 y a vne Colonie de Sauvages qui se sont habituez à Paris, et qui ne connoissent ny Beau, ny Honneste, ny Histoires, ny Harangues, ny Muses, ny Apollon. Les complimens n'ont point de force contre ces gens-là; ils resisteroient à la violence des exorcismes. » (A Madame de Villesavin, 5 juillet 1642.)

« Le Temps est vn estrange faiseur de métamorphoses. Les Monstres de ce règne estoient les miracles du règne passé. Et telle qui a esté mise sur les Autels et qu'on a monstrée par rareté, n'a plus de place qu'à vn coin de la cheminée, et se cache pour ne pas faire peur. Ce fameux Lutteur qui portoit tous les autres par terre dans le parc des exercices, c'est ce pauvre Paralytique qui est cloiié à son lict et qui fait pitié à tout le monde... La force me manque; ma

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vivacité s'en est allée ; j'ay commencé à mourir par la mémoire. » (A M. Heinsius le fils*, 15 janvier 4646.)

« Le Silence conserve quelquefois la Mémoire en la renfermant, et n'y a-t'il pas quelque autheur, ou vieux ou moderne, qui nomme ce bienheureux silence la nourriture de Tame et de ses pensées? n (k M. de Gomberville**, 13 février 1646.)

« Comme il y a vne efficace d'erreur de laquelle parle l'Apostre, il y a vne force de vérité qui anime les hommes apostoliques. » (Au R. P. André***, Prédicateur, 18fevrier16i6.)

« le ne trouve ny Médecins, ny remèdes, pour les maladies de Tame. Il est certain que la constance des honunes n'est qu'vn jeu et vne leçon : C'est vne constance de comédie et de livre, qui se présente et qui se lit; mais qui n'a rien de vray ny de naturel. La Douleur mené tous les jours en triomphe la Philosophie ; les Philosophes sont eux-mesmes

' Nicolas Heinsius, fils de Daniel, né à Leyde en 1620, mort à la Haye en 1681. Érudit et poète latin. H a laissé des notes savantes sur Virgile, Ovide, Valérias Flaccos, Claudien, Prudence.

** Marin le Boy, sieur de Gomberville, né à Paris en 1600, mort en celte ville le 14 juin 1674 ; l'un des premiers académiciens, auteur de Poîexandre, la Cithérée^ la Jeune Aîcidiane, etc.

**"* André BouUanger, augustin réformé, dit le petit père Ândréj né à Paris en 1583, et mort en cette ville le 21 septembre 1657.

des exemples mémorables de Tiiiutilitë de leurs paroles. » (A Mgr le Cardinal Mazarin *, 17 novembre 1647.)

u D'ordinaire, ces parleurs célèbres imposent aux oreilles et aux yeux : ou ils desrobent ou ils ravissent nostre juge« ment; il y a de la tromperie ou de la violence en leur procédé. Vous sçavez ce que peuvent d'vn costé le son de la voix, la volubilité de la langue, la dignité des gestes et de la personne. Vous n'ignorez pas quelle est, d'autre part, la majesté des choses sainctés, la présence des autels, la pompe des sacrifices, le pouvoir absolu de la Théologie , le ton impérieux et le stile de commandement dont elle traite le peuple Chrestien. Toutes ces choses entrent dans l'Eloquence des Prédicateurs. Et comme la grande estime que nous leur donnons peut venir de nostre esbloûissement et de nostre Illusion, elle peut aussi faire partie de nostre foy et de nostre pieté. le suis bien aise qu'vn Orateur, dont la personne m'est chère et le mérite considérable, ne soit point éloquent de cette façon. i> (À H. Conrart, 25 avril 1648.)

« Les Hommes naissent ennemis des Loix, quelque douces qu'elles puissent estre. Leur devoir leur fait souvent haïr leurs propres désirs. » (Au mesme, 30 avril 1650.)

< Laissons agir la Providence, qui se mocque bien de toutes nos reflexions et de tous nos raisonnemens. Allons

* Jules Mazarin, né à Piscine, dans l'Abruzze, en 1602, mort en 1661.

5f8 ŒUVRES DE BALZAC.

par les routes qu'elle nous marque, et ne prenons point les sentiers obliques, que nostre imagination nous fait concevoir souvent plus seùrs que le grand chemin. Quand nous nous sommes bien alambiqué le cerveau pour trouver vue suite aux choses présentes et pour en tirer des conséquences touchant celles qui doivent arriver, il se trouve que nous avons imité les enfans qui se donnent beaucoup de peine à faire des maisons de cartes, que le moindre vent renverse, ou qui seroient inutiles quand il ne les renverseroit pas. p (A M. Conrart, 9 octobre 4651.)

f On commence icy à se rasseurer, depuis que le siège de Cognac est levé, et nous n'appréhendons plus tant pour nostre Province. Mais quand la paix se feroit demain, celte courte guerre y laissera vne longue mémoire des maux qu'elle a faits. Si on reforme et si on règle ainsi les Estais, bienheureux sont les Estats qu'on laisse dans la corruption et dans le desordre! » (Au mesme, 20 novembre 165i.)

« L'Inspiration n'est pas en la puissance de l'inspiré, et les Muses viennent quand il leur plaist, et non pas quand on les appelle. * (Au mesme, 18 décembre 1651 .)

« Vne affliction inconsolable est vne espèce de révolte contre Dieu , à la volonté duquel il faut se sousmettre, puis qu'il n'y a pas moyen de la reformer. 11 n'y a ny Estats ny Parlemens qui en puissent refuser la vérification et faire là-

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LETTRES ET PENSKES. 529

dessus des remonstrances. Personne n'a droicl de murmurer

contre le Tonnerre : Et (voudroit-on) estre moins religieux

(lue ce Payen, qui s'escria dans sa mauvaise fortune : « le

« te rends grâces, lupiter, et mesme du mal que j'ay receû,»

la pieté Chrestienne va droit et avec dessein où Pimagina-

tion de cet aveugle alloit au hazard et à travers les champs :

Elle sçait faire profit de tout, et mesnager mesme les choses

perdues. L'objet de (nostre) ambition estant hors du monde,

nous le suivrons de la pensée, et ne tenant plus à rien (nous

nous attacherons) plus estroitement à Dieu : Pour le moins

luy sacrifiant (nostre) perte, (nous obtiendrons) de luy la

vertu de la bien supporter... On agit seurement avec Dieu :

quoy qu'il ne faille attendre de joye qu'en vn meilleur

monde que celuy-cy, (il est certain) qu'il ne (nous) laissera

pas manquer de consolation, (si nous luy demandons) de

bon cœur l'assistance de sa grâce. Sans elle nous sommes

tous des lasches ou des brutaux; nostre raison est courte,

nostre science est fautive, et les remèdes des Philosophes ne

sont que des receptes de Charlatans. » (A M. le Comte de La

Vauguyon, sur la mort de M. le Marquis de Sainct-Megrin,

son fils vnique, 17 juillet 1652.)

« H ne faut point entrer dans le Mariage témérairement et sous la conduite de la Fortune : la Prudence n'a pas trop de tous ses yeux pour servir de guide en celte occasion. Beaucoup de gens tombent dans vn piège croyant trouver vn thresor, et les fautes sont mortelles où le Repentir est inutile. » (A M. le Président de Nesmond*.)

' Cousin de Balzac.

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tf II y a des gens à qui la Fortune veut mal, entre les mains desquels les plus belles occasions se gastent et se corrompent. Quand on a dessein de lever des sièges et de perdre les armées, il ne faut que les employer.

« Concluons donc qu'en tout pays et en toutes occasions, il vaut mieux estre heureux que sage, et sçavoir gaigner sans sçavoir jouer, que de perdre en bien jouant. » (A M. Chapelain.)

« Il y a certaines villes fatales, où il semble que la Religion, la Vertu et la Doctrine se plaisent de demeurer, où il semble mesme qu'elles soient arrestées de nécessité, comme les Dieux qu'on enchaisnoit autrefois, afin qu'ils ne sortisr sent pas de leurs Temples. Vostre Tholoze est de ces villes privilégiées et choisies du Ciel. Elle produira tousjours de^ Lumières à la France. Elle sera juste et Catholique, Sçavante etPalladienne, jusques à la fin du Monde. » (Â M. de Pressac.)

DE LA CONNOrSSANCE KT DE LA FOY *.

(( Les dogmes du Christianisme sont peu v tiles aux Chrestiens, sans les actions conformes aux dogmes; et cette simple, nue et solitaire connoissance des mystères, est vne spéculation curieuse, dont vn Philosophe payen peut estre capable. .. Connoistre les Mystères, n'est pas les croire. Remplir sa mémoire et sa phantaisie, n'e^t pas assujettir son es-

* Tiré des discours et dissertations imprimés à la suite du Socun chrestien; in-4*, Paris, 1652.

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prit et sa volonté aux Veritez révélées. Lire la Saincte Escriture comme histoire, n'est pas la recevoir comme parole de Dieu.

« Aussi ce Dieu, qui a parlé et qui a escrit par Moyse et par les autres Prophètes, ne propose pas ses recompenses aux Doctes et aux Intelligens, mais aux Fidèles et aux lustes. Il ne dit pas, dans le Levitique : « Si vous estudiez mes Or- « donnances et si vous connoissez mes Commandemens, » mais il dit : « Si vous cheminez dans mes Ordonnances et si (( vous gardez mes Commandemens. » En effet, la pluspart des Philosophes avoient leû les livres de Moyse. Ils avoient fait des voyages exprés en ludée, pour s'instruire des secrets de la Religion, et pour s'informer quel estoit ce Dieu qui ne pouvoit compatir avec les autres Dieux.

« De là vient que Clément Alexandrin appelle les Philosophes Grecs les larrons des ïvifs. Il les accuse d'avoir desrobé la Vérité en ludée, et à son dire, Pythagore se fît mesme circoncire, afin de se faciliter ce commerce, et de mériter vne plus estroite confidence de ceux dont il vouloit sçavoir le secret. Platon a esté nommé le Moyse Athénien. Apparemment il avoit appris des Docteurs Hébreux la Théologie mystique, que depuis on a reprise de luy. La Vie purgative, la Vie illuminative, la Vie vnitive, n*ont pas esté ignorées de ce Philosophe : Il se voit dans ses livres vn esbauchement et comme les premières couleurs du Christianisme ; Et sans alléguer le tesmoignage de Sainct Augustin *, s'il faut en croire Pic de la Mirande, Marsile Ficin** et quelques autres du dernier siècle , ils y ont trouvé la divinité du Verbe, la cbeûte des premiers Anges, les peines de TEnfer et du Purgatoire. Présupposé que cela soit, Platon estoit

* Confessions, liv. VII, 9.

** Jean-François Pic de la Mirandole, mort en 1533. — Marsile Ficin, né à Florence Vers 1433, mort en 1499.

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escholier de nos premiers Haistres : II avoit la connoissance des Mystères, mais il n'avoit pas pour cela la Foy. Sa codnoissance estoit vne spéculation curieuse, et non pas vne science surnaturelle.

« Le Philosophe Peregrin, dont il est parlé dans les livres (rÂulu-Gelle et dans les Dialogues de Lucien ; Lucien mesme et quantité d'autres Philosophes, voulurent gouster de nostre Heligion au commencement. Ils entrèrent dans l'Eglise par curiosité; mais ce furent des traistres et des espions parmy nos Pères. Apres qu'ils eurent appris ce qu'ils desiroient sçavoir, ils se séparèrent d'eux et retournèrent avec les profanes faire des contes de nos Mystères.

« D'autres, plus sages et plus modérez, vivant sous des Empereurs Chrestiens, n'osoient pas offenser l'opinion de leurs Maistres. Us s'accommodoient au Temps et au Lieu : Ils parloient discrètement et avec respect de la Religion dominante. On peut dire que ces Sages Mondains ont révéré ce qu'ils n'ont pas creû. Us ont fait davantage : Us ont profité du bien des Fidèles, et ont tiré de nos Livres ce qu'ils y trouvoient de propre à Tembellissement des leurs.

« Par exemple le Philosophe Themistius aUegue, dans ses Harangues, deux ou trois fois, cette célèbre sentence du Sage Hébreu, et la rapporte aux Sages Assyriens : le cœvr Dv RoY EST EN LA MAiw DE DiEv. Et il y 3 dc Tappareuce qu'il sçavoit beaucoup d'autres sentences de mesme nature, puis qu'il servoit des Princes Chrestiens, qu'U estoit tous les jours mesié parmy des Théologiens et des Evesques, et qu'il faisoit particulière profession d'amitié avec Grégoire de Nazianze, comme nous apprenons de plusieurs lettres que ce Sainct personnage luy a escrites.

(( (On scait) aussi que le Poëte Claudien, qui fleurissoit sous les Enfans du Grand Theodose, et qui estoit vn des plus assidus Courtisans de la Princesse Serene, a parlé parfaitement bien de Iesvs-Christ, et en a escrit particulièrement

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ces beaux vers, qui ne peuvent eslre d'autre que de luy, parce qu'il n*y a point d'autre que luy, qui en ce temps-là iist de si beaux vers :

Curiste potens rerum, rcdcuntis condilor œvi , Vox summi sensusque Dei., quem ludil ab alta Mente Pater, tantique dédit consortia Regni.

(( Saincl Augustin neantmoins tesmoigne en quelque enci roit de ses Livres de ta Cité de Dieu *, que ce Claudien vivoit dans vne Cour Chrestienne, sans estre Chrestien. Par conséquent, il estoit Ennemy de la Divinité qu'il avoit chantée. Et de fait, il se mocque des Chrestiens dans vne Epigramme, dont voicy le commencement :

Per cineres Pauli, per cani limina Petrî, Ne lacères versus, Dux lacobe, meos.

« La Foy et la Connoissance des Mystères sont donc deux qualitez distinctes et séparées. Claudien sçavoit des choses dont il n'estoit pas persuadé. Pour plaire à la Princesse Serené, grande Catholique et habile femme, il contrefaisoit quelquefois le Chrestien, et avoit voulu apprendre de la Religion autant qu'il en falloit pour en discourir et pour en escrire agréablement. Cette connoissance n'estoit-elle pas vne spéculation curieuse? Les Mystères n'estoient-ils pas dans la bouche des Profanes? Vn Payen ne traitoit-il pas de la Théologie?

<r Et quand Mahomet Second, à la prise de Constantinople, receût des mains du Patriarche vn Abbregé des principaux points de nostre Foy, comme il estoit Prince de bon esprit, et qui ne tenoit rien de la rudesse de sa Nation, ne pouvoit-il pas sçavoir par là quelle estoit la créance des

* Liv. XIX, 1,2,3.

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Clirestiens? Ne pouvoit-il pas estre informé des Affaires de . FEglise sans participer à sa Communion ; estre sçavant sans estre fidèle, et prendre plaisir à se faire entretenir de la Trinité, de l'Incarnation et de TEucharistie, comme de choses rares et curieuses, comme de nouvelles estranges et incroyables?

« Feu Monsieur Coëffeteau * (m'a) dit que, sous le règne du dernier Philippe, il y eut, en Espagne et en Portugal, des Religieux de très-grande réputation et dVn Ordre tresapprouvé de TEglise, qui au fond du cœur n'estoient ny de leur Ordre ny de nostre Eglise. Ces gens-là avoient disputtf toute leur vie et s'estoient passionnez pour la querelle d'autruy. Ils estoient parmy nous, mais ils n'estoienl pas des nostres. Ce qu'ils enseignoient estoit leur mestier, et non pas leur opinion. Ils faisoient ce que font les Imprimeurs et les Peintres de Hollande, qui travaillent pour Tvsage et pour l'ornement de l'Eglise, encore qu'ils soient du party contraire. Les vns font des images qui excitent à la dévotion; les autres impriment des Bréviaires et des Missels ; mais les vns et les autres se mocquent de nostre dévotion et vendent leur marchandise.

« Encore ce mot de l'Histoire véritable. Dans la mesme Espagne, à l'ouverture d'vne Assemblée générale de Religieux, tenue peu de temps après l'institution de leur Compagnie, il y eust vn Père qui estonna tous les autres Peres par ces paroles : ^( Il y a quinze ans que je suis Religieux, « mais il n'y en a que cinq que je suis Chrestien. » Ce qui donna lieu à vn décret passé en forme de Loy, par l'advis et par les remonstrances du mesme Père : Qu'à l'advenir, on ne recevroit point de Novice dans la Compagnie, qui ne fust de ceux qu'on appelle en ce pays-là Vecchios Chkistia-

' Nicolas Coëffeteau, né à Saint-Calais, dans le Maine, en 1574, dominicain en 1588, puis évéque de Dardanie, et nommé à l'évêché de Marseille, mort en 1623.

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LETTRES ET PEiNSÉES. 535

NOS, pour les distinguer des nouveaux Chrestiens, qui sont de race luifve ou Mahometane.

« Dieu fist la grâce à ce Religieux de devenir Chreslien, dix ans après sa première Messe. Mais comme Dieu fait grâce, ne peut-il pas quelquefois faire justice? Et je demande si vn Docteur, Régent en rVniversité de Salamanque, voire mesme en celle de Louvain, après avoir enseigné trois ou quatre Cours de Théologie, ne peut pas tomber en infidélité par vn secret jugement de Dieu? Et si cela est, ne peutil pas perdre la Foy et se souvenir de la Théologie? Ne peutil pas ne croire plus les Mystères et connoistre encore les Mystères? p (Apologie contre le Docteur de Louvain, à M. de Marca*, Président au Parlement de Pau.)

t II y a deux clefs dans le Royaume de Iesvs-Christ, qui nous ouvrent les fontaines du salut : la clef de TAuthorité, et celle de la Doctrine; la Puissance qui est dans l'Eglise pour remettre les péchez, et la Science qui est dans la mesme Eglise pour instruire à la Vertu. Les eaux de la première fontaine nettoyent, purifient et renouvellent; les autres tempèrent, désaltèrent, rafraischissent. C'est des premières que s'entendent ces paroles de David : « Vous me laverez, « Seigneur, et je seray plus blanc que la neige. » Et des secondes, que s'entendent celles de leremie : « Enquerez-vous a quelles sont les routes anciennes; sçachez quelle est la (( bonne Voye, cheminez-y, et vous trouverez du rafrais- « chissement à vos âmes. » (Ibid,)

* Pierre de Marca, né à Gant, en Béarn, en 1594, président au parlement de Pau en 1621 , et conseiller d'État en 1639 ; évéque de Gonserans ; puis nommé à l'archevêché de Toulouse en 1655 ; ministre d'État en 1658 ; enfin archevêque de Paris ; il mourut le jour même que les bulles arrivèrent en 1662.

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PERPETVELLE ENKÀNCE DES AMES CHRESTIENfil^S.

« le puis protester hardiment que je ne veux rien croire de plus véritable que ce que j'ay appris d'vne personne qui m'a mis dans l'Eglise, après m'avoir mis au monde, et m'a appris qu'il y avoit vne autre vie, avant que je connusse celle-cy. En matière de Religion, je ne veux point estre plu> sçavant ny plus sage que ma mère.

a A mon advis, il n est pas possible de suivre plus ponctuellement l'intention de Nostre Seigneur, qui demande de nous aux choses de la Religion, plus de volonté que d'entendement, et plus de simplicité que de discours. « Si vous a n'estes faits, dit- il, comme petits enfans, vous n'entrerez « point au Royaume des Cieux. » Et comme estant hommes, nous pouvons-nous faire semblables aux petits enfans, que que par vne docilité pareille à la leur; que par vne entière dépendance de la conduite d'autruy -, qu'en nous rendant sans combattre, et croyant sans disputer?

(( G'estoit l'vsage de la primitive Eglise de donner du lait et du miel à gouster à ceux qui recevoient le Baptesme, en quelque âge qu'ils se présentassent; Et cela se faisoit pour signifier la perpétuelle enfance des âmes Ghrestiennes, et pour advenir les vieillards mesmes de devenir petits enfans et de reconnoistre encore vne Mère et vne Nourrice. « Es- (( coûte, mon Fils, la discipline de ton Père, et ne quitte « point la Loy de ta Mère. » (Le Sophiste chicaneur. Discours I", à M. Des Cartes*, 30 mars 1628.)

René des Cartes, né à la Haye, en Touraine, en 159G, aiori à Stockiiolm en 1654.

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On pevt retovrner contre l'errevr les paradoxes qv'elle employe; par exemple, les maximes syivamtes : qve le sage metrt en la religion de sa mere; qv'il ne change jamais

d'opinion ; QV'iL NE SE REPENT POINT DE SA VIE PASSÉE .

« 11 n*est pas défendu de convaincre le Mensonge par le Mensonge. On est tousjours à temps de travailler à Testablissement de la Vérité, quand, de quelque sorte que ce soit, on luy a fait entrée dans vn lieu qui ne vouloit pas la reconnoistre.

< Les Docteurs Orthodoxes ont ainsi agi dans les Conférences qu'il ont eues avec ceux du party contraire. Us n'ont point fait de difficulté de se servir de quelques-vnes de leurs erreurs pour combattre les autres, et s'ils en trouvoient deux qui fussent incompatibles ensemble, ils en supposoient vne comme véritable pour destruire la seconde, qui ne pouvoit subsister avec la première, et pour ruiner le Royaume de l 'Hérésie, en le divisant.

« Les raisons essentielles ne sont pas tousjours les plus propres à persuader, bien qu'elles soient tousjours les meilleures; et vn argument plausible, quoy qu'il soit faux, fait souvent plus d'effet qu*vn qui n'a que la simple et grossière vérité pour se faire croire. Or est-il qu'il n'est rien de si plausible à vn homme que son propre sens; et que, pour le degouster d'vne nouvelle créance, on ne se peut servir d'vn meilleur moyen que de le flatter en ses vieilles opinions, et de rafraischir des idées qui tiennent encore, mais que d'autres impressions veulent effacer.

<i A tout le moins on partage son esprit; On met son jugement en desordre; On confond ses affections; On l'intéresse contre soy-mesme; Et quand il voit que de quelque

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costé qu'il se tourne, il faut nécessairement qu'il se contredise, il se résout quelquefois à condamner le Présent, pour ne pas condamner le Passé. Il quitte vne Maistresse qui l'a charmé, et qu'il a gardée contre les Loix, pour repr^idre vne Femme que les (ioix luy ont donnée, et qui a eu sa première et son innocente inclination. U conclut qu*il vaut encore mieux advouër que Ton Ta surpris trois ou quatre jours, que de confesser qu'il s'est trompé luy-mesme toute sa vie.

«r Par cette raison, il me semble que je puis opposer à vn Déserteur les Maximes qu'il m'a si souvent débitées, et appeller de celuy qui s est fait Hérétique, à celuy qui faisoit le Philosophe. Et pour cela on ne me peut pas accuser d'approuver ces Maximes en elles-mesmes, encore que je m'en serve contre luy, ny de les estimer absolument bonnes» quoy que je les estime bonnes à cet vsage.

« le sçay que la Science de l'Evangile n*a rien de commun avec la Doctrine des Payons , et que nos Dogmes sont fort différons de leurs principes. Ceux qui tenoient que la Religion estoit vne dépendance de l'Estat et faisoit partie de la Police, et qui sçavoient que chez les Barbares^ Ânacharsis a voit esté tué par son propre frère, pour avoir sacrifié à la Grecque, et que les Grecs avoient puni Socrate pour n*avoir pas eu assez bonne opinion de; leurs Dieux, pouvoient bien dire qu'en quelque Religion que soit né le Sage, il y doit mourir, puis que ne connoissant point de plus grand, de meilleur, ny de plus ancien Dieu que la Patrie, ils croyoieni que la première Loy de la Religion estoit de luy obeïr, et qu'il n'y avoit autre mal à l'Impiété ny au Sacrilège, que h mespris des Ordonnances publiques.

« Ceux aussi qui tenoient que le seul Sage estoit beau, encore qu'il eust la taille gastée et le visage mal faitj qu'il n'y avoit que luy qui se portast bien, encore que la fiéwe le bruslast, et que la goutte luy donnast la gesne; qu'il n'y avoit que luy de riche, quoy qu'il demandast Taumosne et

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qu'il fusl logé à l'hospital ; finalement, qu'il estoit le seul Roy de la Terre, quoy qu'il n'eust pas vn valet sur qui exercer sa Royauté : pouvoient bien, après avoir porté leur esprit à de si hautes extravagances, descendre à quelque chose de raisonnable, et dire que 4e Sage ne se repenteit jamais et qu'il ne changeoit jamais d'opinion.

i< Premièrement, desarmant leur Sage comme ils faisoient, de toutes ses passions, et arrachant de son ame ce qu'ils se dévoient contenter d'y cultiver, ils n'avoient garde d'y laisser le Repentir, qui est vne passion, ne scachant pas que la Pénitence fust vne vertu.

<f Ils donnoient, outre cela, à ce phantosme de Sage vne connoissance vniverselle de toutes les choses qui sont en la Nature; et d'vn homme dont l'esprit est borné et le jugement subjet à faillir, ils faisoient vne créature aussi parfaite en intelligence que les Anges. Or nous croyons que les Anges voyent d'abord en l'objet qui leur est présenté, toutes les qualitez qui l'accompagnent, et toutes les raisons de douter et de résoudre qui en peuvent naistre. D'où vient que leur resolution estant vne fois prise, ils ne la quittent jamais, parce que ne pouvant plus trouver en cet objet vne nouvelle apparence de Bien ou de Mal qui leur fasse changer d'affection, ny rien qui augmente leur connoissance, il faut de nécessité qu'elle demeure tousjours la mesme, et que leur entendement et leur volonté soient inséparablement attachez à leur premier acte.

« Les Philosophes Stoïques avoient à peu près vne semblable opinion de leur Sage, et Tidée qu'ils en concevoient estoit si sublime, qu'elle n'a aucune proportion avec la bassesse de nostre nature. Il est vray que quelques-vns voulant expliquer favorablement Fintention de ces Philosophes declamateurs et mettre leurs maximes dans le sens commun, ont dit que le Sage ne se repent jamais, et qu'il ne change jamais d'advis, à cause qu'il ne fait jamais de resolution ab-

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540 ŒUYRES DB BALZAC.

solaë, et qu'en tous ses conseils et en toutes ses promesses, il conclut tousjours avec cette tacite exception : Si ul chose

DEMEVRE EN l'eSTAT OV ELLE DOIT DEHEYRER, ET SI ELLE TIEaT LE DROICT CHEMIN.

<( Faites donc que la chose ne se destourne point du cours qu'elle a pris; arrestez tous les accidens qui peuvent surrenir ; conservez-la tousjours dans les mesmes circonstances, et si vous le faites, ne craignez point que le Sage manque de son costé, ny que ce soit luy par qui commence le changement. Mais si le subjet varie, et s'il devient autre qu'il n'estoit, ne vous estonnez pas aussi que le Sage le considère dVne autre façon qu'il ne faisoit pas, et qu'il quitte la constance, lorsque la constance n'est pas bonne; lorsqu'elle cesse d'estre vertu ; lorsqu'elle n'est plus rien qu'vne obstination à foiblir et vue dureté de courage. Cette mutation qui se fait en la Matière, et non pas en l'Artisan, luy rendant sa foy et le dispensant de sa parole, le met en liberté de changer d'advis, sans qu'il condamne pour cela son premier dessein, qui estoit tres-bon en sa saison, et qui Test encore aujourd'huy, puis que la mesme chose retombant sous son eslection et se représentant à son jugement, il ne sçauroit encore ny mieux délibérer ny mieux se résoudre.

a De cette sorte on peut sauver le paradoxe des Stoïciens et rendre plus humaine leur orgueilleuse philosophie : Quoy qu'après tout, je ne me mesle point des affaires de Zenon, ny de celles de Ghrysippe. le ne pense pas estre obligé de garantir toutes les folies qu'ils ont dites de leur Sage. le demeure dans le Portique, tant que le Portique est raisonnable; mais j'en sors quand il commence à extravaguer. i (Le Chicaneur convaincu de faux. Discours 11*, à M. Des Cartes.)

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