ELEGIE
C^onrarty Balzac est mort, ce chef-d'œuvre des Cieiix,
Ce mortel qui parloit le langage des Dieux ;
Ce mortel qu'on a veû tout brillant de lumière^
>''est maintenant qu'vne ombre et qu'vn peu de poussière ;
Ses hautes qualités, ny ses nobles escrits,
Si cberiS) si vantez des plus rares esprits,
Ny tout ce que son ame eut d*attraits et de charmes,
N'ont pu forcer la mort à luy rendre les armes;
Les plus doctes humains, comme les ignorans.
Fléchissent, cher Gonrart, sous l'empire des ans ;
Le Prince, le Berger, le Subjet, le Monarqèe,
Payent également le tribut à la Parque,
Et le foible et le fort passent' en vn moment,
Rien ne peut s'affranchir des loix du monument.
Apres cela, mortels, vos âmes insensées
Formentr-elles encor ces sublimes pensées?
Forment-elles encor ces desseins étemels,
Ces eflbrts plus qu'humains, ces projets criminels?
Vous flattez-vous encor, malgré les destinées,
De porter vostre orgueil au delà des années?
Certes on doit bien croire, après ce changement,
Qu'il n'est rien d'asseuré dans ce bas élément :
Ce beau rien tant vanté, ce bien imaginaire.
N'a qu'vn brillant trompeur dont se paist le vulgaire.
De ceux qu'on voit monter au faiste de l'honneur.
Souvent vn coup fatal interrompt le bonheur,
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 M. CONRART. xixiij
Et la mort triomphant de ces âmes hautaines
N*en laisse que des noms et des images vaines.
Et de tant de desseins et de projets divers
Elle &it vn phantosme aux yeux de rVnivers.
Dure nécessité de l'humaine Nature I
Donc personne ne peut fîiïr la sépulture?
0 vous qui présidez au destin des humains,
Qoi tenez des mortels la vie entre vos mains,
Deviez-vous pas monstrer pour vostre propre gloire,
Qne vous pouviez sauver Balzac de Tonde noire,
Et laisser vue marque à la Postérité
Et de vostre pouvoir et de vostre équité?
0 Dieux, injustes Dieux, opprobres de nos Temples,
Qui de vos cruautez nous laissez tant d'exemples,
Quand vous abandonnez ce Héros au trépas, N'est-ce pas vne preuve eu que vous n'estes pas. Ou que vous vous mocquez de tout ce que nous sommes, Puis que Ralzac est mort comme les autres hommes? Excusez, 6 grands Dieux, excusez le transport D'vn mortel qui se plaint d'vn si rigoureux sort, Songez que pour Balzac la plainte est légitime ; S'il fut jamais permis de faire vn petit crime. Et si de murmurer il fut quelque saison, Songez qne Ton n'en eut jamais tant de raison. Mais j'ay tort, ô grands Dieux, de tenir ce langage, Vous domiez aux Héros vn plus noble partage. Vous avez retiré Balzac de ces bas lieux. Pour le faire monter sur la vouste des Gieux, Voyant que sa vertu n'estoit pas révérée. Dans vn plus beau séjour vous l'avez retirée ; Là comme vn nouvel astre entouré de dartez. Il brille en ces beaux lieux d'immortelles beautez. Vous l'avez retiré de ces lieux pleins de vice Où règne l'insolence, où règne l'injustice, Où les plus criminels sont les plus en honneur, Où les plus gens de bien sont les phis en horreur, Où ces autheurs sans nom, ces plumes mercenaires, Ces Menalques flatteurs et ces amis vulgaires, Ne font cas que de l'or, n'estiment que les grands, N'eslevent en leurs vers que les riches tyrans. Leur consacrent leurs voix, leur offrent leurs services,
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