‹ Œuvres de J.-L. de Guez, sieur de Balzac (volume 2)Chapitre 8 sur 90 · ODE DE M. DE RACAN · texte numérisé non relu

ODE DE M. DE RACAN

C*est par ses propos attirans Qu'on voit arracher les tyrans D'entre les bras de la Fortune, Ou qu'ils sçavent s'y maintenir, Et qu'ils ont le pouvoir d'vnir Diverses volontez en vne.

Les choses les plus ordinaires Sont rares quand il les escrit, Et la clarté de son esprit Rend les mystères populaires.

La douceur et la majesté Y disputent de la beauté ; Son éloquence est la première Qui joint l'elegance au sçavoir, Et qui n'a point d'yeux pour la voir, N'en a point pour voir la lumière.

Divin Balzac, qui par tes veilles

Acquiers tout l'honneur de nos jours,

Grand Démon de qui les discours

Ont moins de mots que de merveilles :

Dieu qui vivant avecque nous

As rendu l'Olympe jadoux

Et toute la Terre estonnéc,

Te sçaurois-je rien immoler

Qui puisse jamais égaler

La gloire que tu m'as donnée?

En vain dans le marbre et le jaspe Les Rois pensent s'éterniser, En vain ils en font espuiser L'une et l'autre rive d'Hydaspe :

En vain leur pouvoir nonpareil Esleve jusques au Soleil Leur ambitieuse folie, Tous ces superbes bastimens Ne sont qu'autant de monumens Où leur gloire est ensevelie.

Ces Héros jadis vénérables, Par les figes nous sont ravis,

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ODE DE M. DE RAGAN. xxxj

Les Dieux mesmes qu'ils ont servis N'ont plus de nom que dans nos Fables- ; Ny leurs Temples, ny leurs Autels N'estoient point honneurs inmiortels, Le temps a brisé leurs images ; Quoy qu'espère la vanité, n n'est point d'autre éternité Que de vivre dans tes ouvrages.

Par eux seuls la rigueur des Parques

Se rend sensible à la pitié,

Par eux seuls de nostre amitié

Se gravent à jamais les marques :

Ki dans les siècles à venir,

Où la mort mesme doit finir,

Nostre Mémoire révérée,

Partout où le soleil luira,

A rVnivers égalera

Son estenduc et sa durée.

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