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Le Socrate chrestien fut publié pour la première fois à Paris, en 1652, deux ans avant la mort de Balzac, par les soins de Conrart, qui en surveilla l'impression, et eut encore la galanterie d'envoyer à l'auteur un exemplaire du livre richement relié.
Balzac lui écrit à ce sujet :
« le ne sçaurois vous remercier à mon gré du magnifique présent « que Monsieur Foucher m'a apporté de vostre part. Pleust à Dieu que « mon Socrate fust digne de vos dorures, et qu'il meritast de porter « la robbe triomphale que vous luy avez donnée! Mais j'ay grand' peur « que la bonté du dedans ne respondra pas à la beauté du dehors ; « et que quelque Poëte dira que ce meslange d'or et de pourpre, qui « resjouït si agréablement les yeux, est véritablement vne Aurore , « mais qu'elle n'annonce pas le Soleil. Quoy qu'il en soit, mon tres- « cher Monsieur, mon Socrate vous a bien de l'obligation de l'avoir « si bien paré, et au pis aller, il faudra qu'il se contente de la defi- « nition de ce mauvais orateur, richement et superbement vestu : Vir « in agendis causis bene vestitus*. »
Le Socrate chrestien se compose de douze discours sur différents sujets, qui tous néanmoins se rapportent à la Religion. Entre ces
* Lettres à Conrart, livre Ul, lettre xxn.
discours , la plupart fort remarquables par l'élévation soutenue de la pensée et de l'expression, il faut distinguer celui qui a pour titre : Considérations svr qvelqves paroles des Annales de Tacite. On ne saurait assez admirer l'éloquence , la grandeur, le tour vigoureux et original de ce morceau. La langue française, avant Balzac, n'offre rien de comparable, et, après lui, rien de supérieur à ces pages, malheureusement trop courtes.