‹ Œuvres de J.-L. de Guez, sieur de BalzacChapitre 11 sur 89 · A 1ESVS-CHR1ST NÉ · texte numérisé non relu

A 1ESVS-CHR1ST NÉ

Sainct et divin Entant, promis par les Prophètes, Ne me joindray-je point à ces grands interprètes, Dont l'esprit esclairé d'vn céleste flambeau, A tiré sans te voir ton céleste tableau? Nous ayant descouvert ta puissance future, Et les biens dont tu dois honorer la Nature, Maintenant que mes yeux ont veû ce que je croy, Puis-je, sans estre ingrat, ne parier pas de toy? Quand tu descends en Terre, et qu'on t'y voit paroistre Comme Dieu, Fils du Dieu que le Ciel a pour Maistre, Eslevant mon esprit, dois-je pas dans mes Vers, Te rendre mon hommage avec tout l'Vnivers? le le jure, Seigneur, devant ta Crèche auguste, Yn Soin de l'ad venir, et plus noble et plus juste, Allume vn feu nouveau dans le fond de mon sein ; le change de travail, d'objet et de dessein. le ne veux plus tirer des antiques ténèbres, Des Roys qui ne sont plus les Triomphes célèbres : le ne veux plus parler du jeune Conquérant Qu'on vit dans l'Vnivers courir comme vn torrent, Et par deux beaux dangers, par d'illustres traverses, Monter avec splendeur sur le throsne des Perses. le ne veux plus vanter ces merveilleux Romains. Qui 8embloient estre nés le Sceptre dans les mains ; Ny ces Fils courageux, dont sous sa Loy severe Sparte fut la Nourrice, aussi bien que la Mère. Divin Fils d'Abraham, à ta seule grandeur Ma Muse, en ce beau jour, consacre son ardeur.

De tontes mes chansons tu seras la matière,

Toy qui pour vn essay de ta Guerre première,

Fis cacher en naissant, par ton Nom glorieux,

Ces Spectres insolens, ces monstres furieux,

Qui de Captifs qu'ils sont dans vne nuit profonde,

S'estoient rendus Tyrans de l'Empire du Monde.

Vainqueur promis du Ciel pour dompter les Enfers,

le veux chanter ta gloire en cent Hymnes divers.

Ny la sçavante Grèce, en mensonges fertile,

Ny Rome, où Ton trouvoit le Monde en vne Ville,

Avant mesme qu'elle eust abbattu les Autels

Qu'elle avoit ériges à ces faux Immortels,

Ne peuvent pas nier que c'est par ta Parole,

Qui vola comme vn trait de Fvn à l'autre Pôle,

Que leur grand Iupiter, si fort, si triomphant,

Trembla sous ton pouvoir quand tu n'estois qu'Enfant,

Et que c'est par ta main qu'on vit réduire en poudre

Celuy qui dans la Fable est maistre de la Foudre.

Le monde s'estonna, quand des voûtes des Cieux

La Vierge te receut dans son sein précieux;

Mais il fht plus surpris de te voir sur la Nuë

(Ton esclave et ton char sous tes pieds devenue)

Remonter avec pompe au Palais éternel,

Où ton Throsne est égal au throsne paternel.

Apres ces grands Exploits, ces Triomphes célèbres,

On se mocqua par tout des honteuses ténèbres v

Qui servirent d'asyle au vieux Père des Dieux,

Et du sombre tombeau d'vn tils ambitieux,

Qui comme vn Immortel, des vœux se faisoit rendre.

Mais qui d'homme qu'il fut, n'est plus qu'vn peu de cendre

A peine, en bégayant, quelques mots tu formois,

Qu'Apollon effrayé dans Delphes fut sans voix;

Que ses fameux Trepiez de peur se renversèrent,

Et que de tous costez les Oracles cessèrent,

Les faux Dieux ne pouvant résister aux efforts

Du vray Dieu que l'Amour cachoit dessous vn corps.

0 céleste Vainqueur, de qui la main vaillante

Perça tant d'ennemis sans en estre sanglante!

0 traits victorieux de cette auguste Main,

Dont les coups sont plus forts que tout pouvoir humain !

0 nonpareil Enfant, en qui Le Monde espère,

Et qui, bien que sans force, es la Vertu du Père ;

Qui ne pouyant parler, es sa divine Voix,

L'Héritier de son sceptre et le Maistre des Roys ;

Dont le souffle est pour eux vn horrible tonnerre,

Et devant qui leur Throsne est fresle comme verre.

Voilà les Tiltres saints que je veux adorer,

Les Grandeurs que je veux par mes vers honorer,

Les Beautés dont ma Muse, à la Race future,

Par de nobles efforts veut laisser la peinture.

La saincte Pieté la demande de moy,

Et le désir des Bons m'en impose la Loy.

Hardiment j'ouvriray cette noble carrière.

Et nos Neveux, conduits par la mesme lumière,

Espris de mesme ardeur, vn jour la fourniront.

Et d'vn zèle innocent ta gloire béniront,

Suivant, selon mes vœux, avec des cœurs fidèles,

Au culte des Autels, les traces paternelles.

Mais dans la belle ardeur qui m'agite le sein,

Gomment puis-je achever mon généreux dessein?

Gomment puis-je, Seigneur, te rendre cet hommage :

Que ma foy me demande, où mon amour m'engage,

Si Ion ayde divine, en cet illustre jour,

Ne me donne vne force égale à mon amour?

0 Iesus ! ma Vertu, ma Force et ma Puissance, Au pitoyable estât où m'a mis ma naissance, le demande et j'attends de ta sainte bonté Le pouvoir de bien faire, avec la volonté. L'homme que le péché rend foible et misérable, Sans toy de tous les deux a le cœur incapable, le veux, pour m'acquitter de tes bienfaits divers, Tirer de ta Grandeur le tableau dans mes vers : U>- t'offre de l'Encens, des fleurs et des couronnes; Mais je ne t'offre rien que ce que tu me donnes : C'est toy dont mes tableaux empruntent leurs couleurs , Le Printemps amoureux te doit toutes ses fleurs , Et les plus doux parfums dont l'Arabe se vante, Ne tirent leur odeur que de ta main sçavante, Qui d'vn art merveilleux respand dans tous les Corps, Sans jamais s'espuiser, ses superbes thresors. Enfin, rien n'est à nous, je sçay ton droit supresme,

Et moy-mesme ne puis me dire estre à moy-mesme. Reçoy donc pour présent, Vnique Bienfaiteur, Les biens dont ma Raison te confesse l'Autheur : Reconnois tes thresors, et la source féconde Des faveurs que ta Grâce espand par tout le Monde, Et qui comme vn grand fleuve, éternel en son cours, En faveur des Mortels se répandra tousjours. Tandis que chaque jour l'Astre de la lumière Dans vn char de rubis fournira sa carrière, Et que l'obscure Nuit d'Estoilles s'allumant, D'vne pasle clarté peindra le Firmament, Tu donneras sans cesse aux désirs des Fidèles, Pour te faire des dons, des richesses nouvelles, Et nous viendrons sans cesse, ô Roy des Immortels, De tes propres bienfaits couronner ces Autels. Nous nous confesserons, ainsi que nous le sommes, De Pauvres, d'Ignorans et de Fragiles hommes, Qu'vn crime héréditaire a privez de tout bien, Et qui manquant de tout, ne sont dignes de rien; Si tu n'estois venu par des grâces insignes, Chasser la Pauvreté, donner à des Indignes, Et si ton chaste Amour, dans ses ardens transports, ft'avoit pour nos besoins, prodigué ses thresors.

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