‹ Œuvres de J.-L. de Guez, sieur de BalzacChapitre 18 sur 89 · MENE · texte numérisé non relu

MENE

La fertilité de cette matière est si grande, qu'elle nous fourniroit de quoy parler toute la semaine prochaine. Mais il faut finir avec celle-cy, et conclure qu'il y a assez de distance entre le Souverain et les Personnes privées pour les esle-

ver bien haut et les laisser tousjours au dessous de luy. Il

EST BON QVE LE PLVS PROCHE DV PRINCE EN SOIT EXTRÊMEMENT ESLOIGNÉ : Il EST A PROPOS QV'lL Y AIT QVANTITÉ DE CHOSES QVE LE PLVS AIMÉ NE PVISSE PAS.

La Iustiee souffre la Faveur, nous l'avons advoiié il y a long-temps. La Raison ne destruit point l'Humanité, ne s'oppose point aux affections honnestes, ne condamne point la familiarité et la confidence. La Philosophie et le Christianisme s'accordent en tout cela avec la Nature; et le Fils de Dieu, quand il s est fait Homme, aauthorisé tout cela par son exemple. Qu'il y ait donc vn Favory à la Cour, le Ciel et la Terre le permettent : Qu'il y ait vn Homme, nous le voulons bien, qui soit le Confident du Prince; Mais qu'il n'y ail point d'Homme qui obsède jour et nuict le Prince; qui se l'approprie par vne violente vsurpation ; qui voulant avoir lui seul vn bien qui doit estre à tout le monde, exerce la mesme injustice que s'il cachoit le Soleil à tout le monde, que s'il fermoit les Temples à tout le monde.

Que le Prince envoyé tant qu'il luy plaira vne réflexion de sa Grandeur sur les Subjets qui ont trouvé grâce devant ses yeux, qu'il leur communique des rayons de sa puissance : Mais qu'il ne la transfère pas tout entière en leur personne, mais qu'il ne se deface jamais du Globe de la Lumière; que sa libéralité enrichisse les Particuliers, pourveû qu'elle n'apauvrisse pas son Royaume : Que ses bienfaits découlent abondamment en quelques endroits pourveû qu'il soit Maistre de la Source.

Yoicy la Response que me rendit sur ce subjet l'Oracle des Pays-Bas, le sçavant et sage Iuste Lipse, lors que je le consultay à Louvain :

« Faut-il que le Roy et celuy qui règne soient tousjours « deux Personnes différentes? Faut-il corriger tous les Edicts « et changer vn mot en toutes leurs dattes? Où il y a de « nostre Règne le dixiesme, le quimiesme, effacerà-l'on

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« nostre Règne pour y mettre nostre servitude ou pour le « moins nostre sujétion ? Ce n'a pas esté l'intention de Celuy « qui a fondé les Monarchies qu'on abusast si vilainement « de la Souveraineté, qu'on la remiiast ainsi de sa place, « qu'elle ne fust jamais où elle doit estre. La Puissance sou- « « veraine est de la nature de ces choses qui sont à nous de « telle façon que nous ne les pouvons donner à autruy ny « les séparer de nous-mesmes. Elle est légitime tant qu'elle c demeure dans les mains de ceux qui l'ont receuë de la « Loy de l'Estat; Mais la mesme Loy veut qu'elle ne puisse « passer d'vne personne à l'autre que par le moyen de la « naissance ou par l'eslection des Peuples. »

Icy finit la Response de l'Oracle de Louvain.

Nos sages Prédécesseurs ont esté sages en cecy aussi bien qu'au reste. Comme ils n'ont pa3 fait la Couronne eslective en faveur d'eux-mesmes, ils ne l'ont pas voulu rendre propriétaire en faveur du Roy, ny la luy commettre si absolument qu'il fust en sa puissance d'instituer vn héritier, comme on en voit des Exemples dans les Histoires des autres Pays : Ils n'ont pas voulu que le Roy pust resigner le Royaume à son plaisir et à qui bon luy sembleroit, qu'il le pust léguer en tout ou en partie. Mais au contraire, par vne Loy qui est de mesme âge et de mesme force que la Salique, ils ont ordonné qu'il seroit inaliénable et indivisible.

Et les Politiques qui se sont le plus licentiez, ces Docteurs insolens et téméraires, qui ont fait le procez à leurs luges, ayant eu la hardiesse de toucher par leurs Escrits aux Oints du Seigneur et de traiter de la déposition des Rois, mettent expressément ce cas, auquel les Subjets ne sont plus tenus de reconnoistre le Prince, « quand luy-mesme, disent-ils, « reconnoist une authorité estrangere et se fait Tributaire « de quelqu'vn. » Tant ils ont estimé toute sorte de subjetion et de dépendance peu compatible avec la Royauté. Et qu'est la Royauté, adjoustent-ils, que la vaine magnificence d'vne

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Feste et qu'vne monstre de Cérémonie, si celuy qui l'exerce

a vn Supérieur ou vn Compagnon?

/Pour moy je ne/vay pas si. avant. le me contente de. dire qu'il y a quelque chose de. plus noble dans la;Rresomption que dans la Foiblesse,, et,que pareils excez 'sont, moins à blasmer que pareils défauts. Ceux qui marchent à Tavanturedansvn Pays inconnu, et qui s'attachent <Jrop à leur opinion, valent encore mieux que ceux qui suivéîit des guir des aveugles et qui tombent par, docilité; Il y a dans les Fablesdes Héros qui ont esté Furieux; Mais il n'y, en a point qui ayent esté Imbecilles. On y voit quelquefois le desbordément de leurs passions, mais il ne s'y parle jamais de la

stupidité de leur esprit ., . ; k i. ,

f Que seroit-ce,,en effet, Monseigneur, d'estre en mesme temps au. plus haut degré dest choses humaines et au dernier estage des hommes; de s'appeler ,Sa Majesté et Son Altesse, et de n'avoir rien que de petit et de bas; d'avoir besoin d'vn Curateur sur le Throsne et d'vn Pédagogue dans le Conseil?

Dieux envoyez ce Mal aux Peuples de l'Asie 1

Mais il faut parler plus chrestiennement et plus charitablement. Finissons par vne prière qui comprenne l'Asie comme l'Europe, et qui embrasse le bien gênerai du Monde. Destovrnez, Seig.nevr, de tovs les Estats vn mal qvi est

CAVSE DE TANT d'aVTRES MAVX : Ne REFVSEZ PAS AVX SOVVERAINS

cet esprit de commandement et de condvite qvi levr est necessaire povr govverner : donnez-levr assez d'intelligence povr se bien conseiller evx-mesmes, ov povr bien choisir levrs Conseillers.

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