‹ Œuvres de J.-L. de Guez, sieur de BalzacChapitre 22 sur 89 · L'HISTOIRE DE BALZAC · texte numérisé non relu

L'HISTOIRE DE BALZAC

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Sans avoir esté à la guerre, ny m'estre battu en duel, j'ay versé vne bonne partie de mon sang. Et pour vous donner advis de cette estrange nouvelle en la langue de nos Muses,

Purpuream licet ore animam fluclusque cruerttos Fuderit ille tuus, vivit **** sodalis, El mortem ipse suam scribit tibi. ;

Mon lict a esté mon Amphithéâtre, et le premier spectacle n'a point eu de spectateurs : Il s'est passé sans bruit et sans violence la nuict du dix-huictiesme de Mars. Le Valet qui couche dans ma chambre m'asseura le lendemain que je ne fus jamais en plus grand péril : Hais je vous puis asseurer que je ne sentis jamais moins de mal. le puis mesme vous dire qu'en cet estat-là il me souvient, avec quelque sorte de plaisir, de cette ame de povrpre de Virgile, que je viens d'employer dans les Vers que vous venez de lire. Il me souvient encore de la mort de povrpre, que vous, avez veuè" dans les Vers d'Homère, et qui fut alléguée par lulien l'Empereur quand il fut associé à l'Empire par Constance son Cousin.

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Les morts sanglantes de Seneque et de Lucain me repassèrent par la mémoire, et je dis en mon cœur, car ma bouche n'estoit plus que le canal de mon sang:

Sanguis erant lacbrymœ : Quœcumque ibramina no vit Humor; ab his largua manat cruor : Ora redundant Et patulae nares, sudor rubet, omnia plenis Membra fluunt venis, totum est pro vulnere corpus.

Le second spectacle a esté terrible : Toute ma petite famille en a esté effrayée : Parens et Amis, Médecins et Confesseurs y sont accourus, et à ne vous rien desguiser, je ne pensois pas en revenir. Dieu, par sa grâce, Monsieur, arresta tout d'vn coup le débordement, et ne voulut pas vous faire perdre pour cette fois l'homme du monde qui vous estime et qui vous aime le plus.

le n'oserois pas dire neantmoins, comme auparavant, que je vous aime de toute mon ame, puis que j'en ay perdu plus de la moitié : Mais, pour parler régulièrement, je dis que

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je vous aime de toute ma force. Et si vous»voulez voir quelle est cette force sur le subjet mesme de ma foiblesse, vticy quatre lettres que j'ay escrites depuis ce grand accident, c'est-à-dire depuis que les Médecins me défendent l'ancre et le papier avec autant de rigueur que le poivre et le vinaigre. Ce sont pièces que vous pourrez communiquer aux beaux Esprits du lieu où vous estes, et qui vous pourront aussi servir de mémoires pour escrire THistoire de Balzac. Souvenez-vous, Monsieur, que vous nous l'awz promise du stile de vos billets.

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