DEVX HISTOIRES EN VNE
A M. CONRART, Conseiller et Secrétaire du Roy.
Puis quel'HisToiRE en petit vous semble jolie, il faut que je vous envoyé quelque autre chose du mesme Autheur. Vous aurez donc, par cet Ordinaire, les Devx Histoires en vne. Socrate et àristippe les suivront bien-tost, avec tout leur équipage. Vous avez otiy parler d'vne certaine Histoire, qui guérit de la fièvre vn Roy de Naples. I'eslimerois celles cy beaucoup davantage, si elles pouvoient appaiser la douleur de vostre Goutte. le l'ay dit à celuy qui les a escrites, et luy ay promis d'avance vostre approbation. le veux croire. Monsieur, que vous ne m'en desadvouërez pas. Vous estes quelquefois desgousté, mais jamais des bonnes viandes. Vous vous hasarderiez mesme sur ma parole, si on vous en presentoit de mauvaises. Ainsi je ne pense pas avoir besoin d'vn plus long Avant-propos, pour disposer vostre esprit à ne pas rejetter ce que je luy ay choisi, mats je prétends encore moins le préoccuper par des termes affirmatifs. le n'ay das dessein de gesner la liberté de vostre opinion, par la déclaration de la mienne. En toutes nos affaires de Livres, vostre Cabinet sera tousjours nostrc dernier Tribunal. Vous jugez si sainement, que je n'appelleray point de vous à vn
autre; non pas mesme au Peuple ny à César. L'Historien est de mon ad vis, et commence ainsi ses deux Histoires.
L'Homme dont on me demande des nouvelles avoit vn ton de commandement, et la mine d'vn grand Personnage. Quelquefois il faisoit des vers, et ne les faisoit pas tousjours en despit des Muses. Il en avoit porté à Paris, qui furent estimez de tout le monde, mais que personne ne paya. Dequoy estant mal satisfait, et n'ayant recueilli de ses veilles, que des louanges sèches et stériles, il donna sa malédiction à la Cour, après y avoir passé trois ou quatre mois.
Estant revenu dans la Province avec vn esprit irrité, il n'y fit presque autre chose, six ans entiers qu'il y demeura, que se plaindre de l'ingratitude publique, et de la misère du Siècle. Parmy ces plaintes neantmoins il luy prenoit des enthousiasmes assez agréables, et dans les meilleures Compagnies où il se trouvast, nous l'avons oûy chanter, à propos et hors de propos :
Flumina amem silvasque inglorius. 0! vbi campi, Spcrchiusque et virginibus bacchata Lacaenis. . .
et quelquefois :
Beatus illc qui procul negotiis, M prisca «cens înortalium. . .
et assez souvent :
0 bien-heureux qui peut passer sa vie Entre les siens, franc de haine et d'envie.
Il sembloit qu'il chantast ces Vers beaucoup plus du rœur que de la bouche, et son ame paroissoit bien purgée de sa vieille passion. Mais ies maladies ont leurs recheutes. et T Ambition ne fait pas mains faire de faux sermons que
l'Amour et que le Jeu. Il prit doue envie à cet Homme de revoir le Louvre, et de bazarder vn second voyage. Succombant tout d'vn coup à la tentation qu'il avoit si longuement combattue, il s'imagina que le Temps estoit devenu meilleur, et qui! pourroit se raquiter de ses pertes.
Avant que de partir pour Paris, il nous vint voir en nostre Village, et nous communiqua son dessein. Monsieur l'Arcbevesque de Tholoze, Monsieur l'Evesque de Bazas (celuy qui se disoit Parent de Viçgile) et Monsieur *** s'y trouvèrent ce jouf-là. 11 leur dit quantité ds choses, pour justifier le voyage qu' il entreprenoit, et pas vn d'eux ne les gousta, ny ne fut de son opinion. Mais Monsieur de Tholoze, qui le connoissoit plus particuJÂerecuent que les autres, et qui prevoyoit qu'il alloit achever de manger son patrimoine à solliciter vne pension, respondit ce qui s'ensuit, à toutes les choses qu'il avoit dites.