ENTRETIEN XXVII
EXPLICATION DE DEVX EPIGRÀMMES.
A MONSIEVR SARASIN, Secrétaire des Commandemens de Monseigneur le*Prince de Conti.
le suis bien aise que vous ne mesprisiez pas nos Peintures, particulièrement celles des pauvres Solliciteurs. Sans doute ils vous ont fait compassion dans les discours d'Aristip^e, que nostre cher Monsieur Girard m'avoit demandés pour vous, et cette compassion vous a chatouillé l'esprit par vne douleur voluptueuse, comme parle vn Philosophe Moderne, le veux vous faire aujourd'huy vne autre Image, qui ne vous desplaira pas. Elle est rare, et je l'ay prise en bon lieu. C'est dans vn Manuscrit de deux anciens Poètes, solliciteurs eux-mesmes, et mal satisfaits de la Cour, après y avoir attendu et langui long-temps.
Le premier se plaint d'estre jour et nuict à la porte du Cabinet, qui luy est tousjours fermée; mais désespéré d'y pouvoir entrer, et ne sçachant plus que faire, il s'adresse aux Grâces, qui sont les Déesses des Courtoisies, et à qui toutes les portes des Cabinets sont ouvertes ; leur Divinité leur servant par tout de passe-port. 11 les prie donc de luy rendre office à la Cour, et de porter ces trois mots aux pieds do César : « S'il n'y a pas moyen que j'aye l'honneur de « parler à luy, pour le moins qu'il ait la bonté de m'ent voyer dire que je m'en aille. »
L'autre Poëte suppliant dit qu'espérant tousjours, que craignant tousjours et ne faisant rien, il prend beaucoup de peine à perdre le temps; qu'il se trouve le premier et le dernier au Palais ; qu'il est Courtisan de jour et de nuict ; qu'il veut parler et n'ose rien dire; qu'il ne peut pas attendre et qu'il ne sçait point demander. Il conclut enfin à peu prés en cette sorte: «r Espargnez ma Pudeur, César, et ayez « pitié de ma Patience. Ce n'est plus pour le bon succez, « c'est pour la tin que je sollicite. Obligez-moy, ou de m'ac- « corder ma requeste, ou de me la refuser. Quoy que vous « fassiez, ce sera me faire grâce, de façon ou d'autre. » Mais il faut vous faire entendre les deux Supplians en leur langue naturelle.
Canaris ad val vas vigilans slo nocte dieque,
Nec datur ingressus, quo mea facta loquar. Ite bonœ Charités, et vestro numine tectae
Ferte hsec verba pii Principis ante pedes. Si nequeo placidas affari Csesaris aures.
Saltem aliquis veniat qui mihi dicat, abi.
Speinque metumque inter, rébus malè natus agendis,
Sic totos multo pcrdo labore dies.
Mane salutalor, cùm sol se condit in vndas,
Noclurnus subeo regia tècta Cliens.
lncipio effari, inediaque in voce resisto,
Et promit ingéniais verba parata pudur.
km, satis est, finem, 6 César, pro munere poscu,
Remque meam, seu das, perfice, sive negas.
Les Epigrammes me semblent raisonnables, et en quelques endroits dignes de la bonne Antiquité. Mais à vostre ad vis, quelle est la plus ancienne des deux et la plus proche du temps de Catulle?
Vous serez Apollon, si vous le devinez.
Celuy qui m'a procuré vne chose que j'avois si ardemment désirée, j'entends parler de vostre amitié, m'a envoyé le commencement de vostre Valstein. Ce commencement m'a ravi, et vous ne pouvez pas refuser à la France, qui vous sollicite par moy, de l'achever. Il est en vostre pouvoir de luy donner vn véritable Salluste. Quant à ce que vous dites de Ciceron sur mon subjet, la chose est tres*obligeante, mais elle ne me convient pas.
ENTRETIEN XXVlll.