DE LA COMPAGNIE DE IESVS
A M. MORISCET, Chanoine et Théologal de l'Eglise d'Angoulesinc.
Ce n'est pas vn homme commun que vostre Père Février. Son petit Iesvs m'a ravy, et il faut advouer que cette divine Enfance fut divinement représentée le jour qu'il la prescha aux Vrsulines. Pareils Sermons ne sont pas des Copies qui ont lassé la patience du Monde ; ce sont d'excellens Originaux qui plaisent et qui persuadent.
Quelque haut que soit le Ciel, où ia Vérité fait sa demeure, il pénètre jusques-là. Il la trouve en quelque part de la Nature qu'elle se cache. Elle a beau estre subtile ett légère, elle a beau avoir des aisles et sçavoir fuir : il sçait tirer en volant, il attrape celle qui s'enfuit. Mais ce n'est pas tout : car après avoir poursuivy la Vérité jusques dans le Ciel, il e*t question de l'amener sur la Terre : Il la faut tirer de son secret et de ses ténèbres pour l'exposer à la veuë des Peuples. Et c'est alors que l'Eloquence la pare et l'ajuste après que la Raison l'a descouverte et Ta desvoilée. Cette Eloquence ne manque pas au bon Père, non plus que cette Raison.
Prenez pour vous ce que je vous dis de luy, car il ne vous appartient pas moins, et l'Action que vous listes aux lesuites
à l'Oraison des quarante heures, de h Nécessité de la Prière, vous y donne droict.
Avec tout cela je ne laisse pas de me plaindre de ce Père et de vous. Vous donnez des espérances, niais j'ay peur qu'avec vous autres il faille se contenter d'espérer. Ce jour promis solennellement que vous deviez, disiez-vous, desrober à vos occupations de la Ville n'est pas encore venu. Peut-estre que le mot de desrober vous a mis du scrupule dans l'esprit, et que le remord Ta saisy après la promesse faite. Vous ne voulez pas que vos presens s'appellent larcins. Si cela est, la perfection à laquelle vous aspirez est bien délicate, puisque vous appréhendez mesme les mots de signification suspecte. Craindriez-vous de salir vostre pureté parles simples images qui sont tirées des mauvaises choses? Il me semble qu'on ne sçauroit donner vne interprétation plus douce à la tromperie que vous m'avez faite. le m'en plaindrois plus aigrement, si j'avois perdu toute espérance de vous voir icy. Mais je vous attends encore au commencement du mois prochain, et si vous ne me trompez vne seconde fois, vous viendrez en bonne compagnie, car vous ne viendrez pas l'vn sans l'autre.
Par ce moyen il ne vous sera pas aisé de vous ennuyer, et je ne sçay pourquoy vous faites tant les difficiles. Nou> avons des Livres de vostre mestier, il y a de l'encre et du papier pour escrire vos productions. Mais sur tout il y o quelque chose à gaigner : Et afin que ce mot ne vous rebute pas, comme a fait celuy de desrober, il y a à gaigner vne Âme à lesus-Christ: vne Âme qui vous est chère à Fvn et à l'autre, et qu'il faut que vous acheviez de remettre et de confirmer dans la bonne voye. le vous advertis de plus qu'il y a du péril en la demeure, et que celuy que vous aimez est malade. Vn plus grand retardement le pourroit rendre incapable de vostre secours et oster quelques Fleurs à vos Couronnes.
Pour cet autre Père, dont vous me parlez si souvent, je perds tout espoir de le voir jamais, et outre qu'il est recommandable par la saincte vie qu'il mené, je vous confesse que je ne voy rien de mieux que sa manière de débiter. Faites-luy sçavoir, s'il vous plaist, que si je ne dois jamais jouir de sa présence, il me sera permis au moins de la désirer.