EXTRAIT D'VJNE LETTRE ESCRITE A H. LE PRESIDENT MAYNARD
Si vous n'avez soin de ma réputation, je cours fortune de passer pour peu reconnoissant auprès de Monsieur le Duc de Bouillon. L'honneur qu'il m'a fait de vouloir que je visse ses Raisons, si bien et si élégamment escrites, mérite bien que je luy en tesmoigne mon ressentiment. Mais me trouvant dans un fascheux embarras d'affaires, il m'est force de remettre ce devoir à vne autre fois, et peut-estre m'en acquitteray-je plus dignement quand j'auray l'esprit plus en repos. Cependant, Monsieur, puis que vous le voyez presque tous les jours, je vous supplie de luy dire que je ne suis pas seulement persuadé de l'innocence de celuy qui
souffre : niais que jecroy qu'il ne souffre que pour avoir bien mérité de 115stat. le ne doute pas non plus des bonnes dispositions qui se trouveraient pour luy dans l'esprit de la Personne qui a le pouvoir de restablir ses affaires, si elle osoit vser de tout son pouvoir. Mais comme vous sçavez, et comme il n'ignore pas luy-mesme, Non omnia Principum voluntas, aut conscientia régit; mtdta ad famam dirigenda. Il n'est pas moins sçavant qu'il est brave, et par conséquent, ayant commerce avec nos Livres, sans doute il aura pris garde à ces deux lignes de Latin qui parlent à luy. Il doit aussi faire reflexion sur ces deux Vers qu'vne Reyne preste aujourd'huy à vne autre Reyne, et qui excuse ce qui se fait en l'affaire de Sedan :
Res dura, et Regni novitas me ttlia cogunt Moliri, et proprio fines custode tueri.
Vous voyez par là et par Parrest que Seneque donna autrefois dans la célèbre cause du Gid, que tantost les Philosophes et tantost les Poètes décident les Procez dont je leur fais le rapport. Dites après cela que je n'ay pas le don d'application aussi bien que tant d'autres : et nega sortes Virgilianas nostris etiam temporibus indicare de rébus gravissimis, et ad exemplumpertinentibus*