‹ Œuvres de J. RacineChapitre 108 sur 222 · DE RACIHE A JEAlT-BAPTIgTE RAGniE\ TÂ9F · texte numérisé non relu

DE RACIHE A JEAlT-BAPTIgTE RAGniE\ TÂ9F

A Paris, ce lundi de Pâques [,3i mars 1698].

Pai la avec beaucoup de plaisir tout ce que vous msLifez mandé touchant la manière édifiante dont le service se fait dans la chapelle de Monsieur F Ambassadeur, et sur les dispositions où vous étiez de bien employer ce saint tenGips, dont voilà déjà une partie de passée '. Je vous assure que vous auriez encore pensé plus sérieusement que vous ne faites peut-être sur Tincertitude de la mort et SOT le peu que c'est que la vie, si vous aviez eu le triste ^>ectacle que nous venons d'avoir, votre mère et DM», cette après-dinée. La pauvre Fanchon' s'étoit beaucoup plainte de maux de tête tout le matin. Elle avoît pourtant été à confesse à Saint- André. En dînant, ses maux de tête Font reprise, et on a été obligé de la mettre sur son lit. Sur les trois heures, comme je pre- DOIS mon livre pour aller à vêpres , j'ai demandé de ses nouvelles. Votre mère, qui la venoit de quitter, m'a dit qu'elle loi trouvoit un peu de fièvre. Tai été pour lui tàter le pools ; je Fai trouvée renversée sur son lit, la tête qui lui tralnoit à terre, le visage tout bleu et tout bouffi, sans la moindre connoissance, avec une quantité horrible d*eaux qui Fétoufibient , et qui faisoient un bruit effitïyable dans sa gorge : enfin une vraie apoplexie. Tai fait un grand cri, et je Fai prise dans mes bras , mais sa tête et tout son corps n'étoient plus que comme on sac mom'Ué, ses yeux étoient tous renversés dans sa tête ; un moment plus tard elle étoit morte. Votre mère

LsrniB 170. — I. ReToe sur Tautographe, conteirë à la Bibliothèque impériale.

1. Racine a écrit ^ou^, et, six lignes plus bas, plaint, 3. Jeanne-Nicole-Françoise Racine, née le 99 norembre 1686, Vojrex, an tome I, la Notice biographique^ p. 196.

aSo LETTRES.

,0^3 est venue ^ toute éperdue, et lui a jeté deux ou trois poignées de sel dans la bouche, en lui ouvrant les dents par force; on Ta baignée d*esprit-de-vm et de vinaigre; mais elle a été plus d*une grande demi-heure entre nos bras dans le même état que je vous ai représenté, et nous n'attendions que le moment qu'elle alloit étouffer. Nous avions vite envoyé chez M. Mareschal* et chez M. du Tartre; mais personne n'étoit au logis. A la fin, à force de la tourmenter et de lui faire avaler par force, tantôt du vin , tantôt du sel , elle a vomi une quantité épouvantable d'eaux qui lui étoient tombées du cerveau dans la poitrine. Elle a pourtant été deux heures entières sans revenir à elle, et il n'y a qu'une heure à peu près que la connoissance lui est revenue. Elle m'a entendu dire à votre mère que j'allois vous écrire , et elle m'a prié de vous bien faire ses compliments : c'est en quelque sorte la première marque de connoissance qu'elle nous a donnée. Elle ne se souvient de rien de tout ce, qui lui est arrivé; mais, à cela près, je la crois entièrement hors de péril. Je m'assure que vous auriez été aussi ému que nous l'avons tous été. Madelon en est encore toute effrayée, et a bien pleuré sa sœur, qu'elle croyoit morte. Je vais demain coucher à Port-Royal, d'où j'espère ramener votre sœur ahiée après-demain. Ce sera encore un autre spectacle fort triste pour moi,

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