DE RACIHE A JEAllT-BAPTISTB RA.GI1IB
A Paris, le i6* jinn [1698].
On m*envoya à Marly la lettre que vous m^écrivîez d'Aix-la-Chapelle. Ty ai vu avec beaucoup de plaisir la description que vous y faisiez des singularités de cette ville, et surtout de la procession où Charlemagne assiste avec de si belles cérémonies. Je vous crois maintenant de retour au lieu de votre résidence, et je m'attends que je recevrai bientôt de vos nouvelles et de celles de Monsieur TAmbassadeur, qui me néglige un peu depuis quelque temps. J'arrivai avant-hier de Marly *, et j'ai retrouvé toute la famille en bonne santé. Il m'a paru que votre sœur aînée reprenoit assez volontiers les petits ajustements auxquels elle avoit si fièrement renoncé, et j'ai lieu de croire que sa vocation à la religion pourroit bien s'en aller avec celle que vous aviez eue autrefois pour être chartreux. Je n'en suis point du tout surpris, connoissant l'inconstance des jeunes gens, et le peu de fond qu'il y a à faire sur leurs résolutions, surtout quand elles sont si violentes et si fort au-dessus de leur portée. Il n'en est pas ainsi de votre sœur qui est à Melun. G>mme l'ordre qu'elle a embrassé est beaucoup plus doux, sa vocation sera aussi plus durable. Toutes ses
Lbttib 176. — I. Revue sur Tantographe, conterrë à k Bililiothèque impériale.
a. Le Roi revint le samedi 14 juin de Marij, où il avait f^jonmë depuis le 5 juin. Voyez le Journal de Dangtau,
LETTRES. aSi
lettres marquent une grande persévénuDce, et elle pa- ^^ g Toit même s^impatienter beaucoup des quatre mois que son noviciat doit encore durer. Babet parott aussi sou* haiter avec beaucoup de ferveur que son temps vienne pour se consacrer à Dieu. Toute la maison où elle est Taime tendrement, et toutes les lettres que nous en recevons ne parlent que de son zèle et de sa sagesse. On dit qu'elle est fort jolie de sa personne, et qu'elle est même beaucoup crue. Mais vous jugez bien que nous ne la laisserons pas engager légèrement, et sans être bien assurés d'une véritable vocation. Vous jugez bien aussi que tout cela n'est pas un petit embarras pour ▼otre mère et pour moi, et que des enfants, quand ils soDt venus à cet âge, ne donnent pas peu d'occupation. Je vous dirai très-sincèrement que ce qui nous console quelquefois dans nos inquiétudes, c'est d'apprendre que vous avez envie de bien faire, et que vous vous appliquez sérieusement à vous instruire des <;hoses qui peuvent convenir à votre état et aux vues que l'on peut avoir pour vous. Songez toujours que notre fortune est très-médiocre, et que vous devez beaucoup plus compter sur votre travail , que sur une succession qui sera fort partagée. Je voudrois avoir pu mieux faire; c'est à TOUS maintenant à travailler : je commence à être d an âge où ma plus grande application doit être pour mon salut. Ces pensées vous parottront peutêtre un peu sérieuses; mais vous savez que j'en suis occupé depuis fort longtemps. G>mme vous avez de la raison, j'ai cru même vous devoir parler avec cette franchise à l'occasion de votre sœur, qu'il faut maintenant songer à établir *. Mais enfin nous espérons que
3. Racine put encore, avant de mourir, voir rétablistement de tt fiUe ainée. Le 7 janrier 1699, elle épousa M. de Moramber. Vojex, au tome I, la Notice Biographique^ p. ia3 et p. iS3.
iSa LETTRES.
— I Dieu, qui ne nous a point abandonnés jnsqa'ici, continuera à nous assister et à prendre soin de vous, surtout si vous ne Tabandonnez point vous-même, et si votre plaisir ne l'emporte point sur les bons sentiments que Ton a tâché ^ de vous inspirer. Adieu, mon cher fils : je vous écrirai une autre fois plus au long. Votre mère vous embrasse de tout son cœur. Ne vous laissez manquer de rien de ce qui vous est nécessaire.
Suscription : A Monsieur Monsieur Racine , gentilhomme ordinaire du Roi, à la Haye. (Fragment d'un cachet rouge.)