DB EACINE A JEAN-BAPTISTE RàCINE
A Versailles, le 5« juin [1698].
J'btois si accablé d'affaires lundi dernier, que je ne pus trouver le temps d'écrire ni à Monsieur T Ambassadeur ni à vous. J'arrivai avant-hier en ce pays-ci, et j'y appris en arrivant que le Roi avoit chassé M. l'abbé de lAUgeron, M. l'abbé de Beaumont, neveu de Monsieur de Cambray, et MM. du Puis et de l'Échelle*. La querelle de Monsieur de Gimbray est cause de tout ce remue-ménage*. On a déjà remplacé les deux abbés
II. Ancien officier de cavalerie, réfugié, qui était entré dans les gardes du prince d'Orange. (Noté de téditUm de 1807.)
Lkethb 175. — I. RcTue sur l'autographe, conservé a la Biblio* thèque impériale.
s. On lit dans le Journal de Dangeau du lundi s [juin 1698], à Versailles : « Le matin, avant le conseil, le Roi fut assez longtemps enfermé avec M. de Beauvilliers, et le soir on sot que Sa Maje^ avoit chassé de sa cour MM. les ahbés de Langeron et de Beaumont, MM. Dupuj et de TÉchelle. L'abbé de Langeron étoit lecteur; l'abbé de Beaumont, sous-précepteur; MM. Dupuj et de l'Échelle f gentilshommes de la manche de Mgr le duc de Boor« gogne. On accuse ces Messieurs d'être fort attachés aux nouvelles opinions. L'abbé de Beaumont est neveu de Monsieur l'archevêque de Cambraj. Le Roi en même temps a cassé Fénelon, exempt de ses gardes, qui est frère de Monsieur de Cambray. » Vojea aussi les Mémoires do Salmt^Simon^ tome II, p. 197.
3. Racine a écrit remuménagt^ en un mot, sans e ni trait d'union.
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àtpaàs que j*aî écrit à Monsieur rAmbassadeur, et on ^g g a mis en leur place un M. Tabbé le Fèvre, que je ne coonois point, et le recteur de TUniversité, nommé M. Vittement ^, qui fit une fort belle harangue au Roi SBT la paix. M. de Puiségu* est nommé pour un des genûlsbommes de la manche; je ne sais pas encore Tantre*. Je ne puis vous cacher Fobligation que vous aTcz à M. le maréchal de Noailles. U avoit songé à TOUS, et en avoit même parlé ; mais vous voyez bien^
4. « Lie Roi a donne les places de lecteur et de sous-prëcepteor 1 l'abbë le Ferre et à M. Yktement, recteur de rUniyernté, qaî hnangna le Roi à la paix et parla fort bien, a {Journal dt Dangeau^ ■ercra/î 4 [juin 1698].) — Nicolas le Fèvre. On lalla chercher à l'Hdpittl ^néral de Paris, où il sVtait retire pour se consacrer au Mrrice des pauvres. Il fut sous-précepteur des enfants de France pendant huit ans, et mourut en 1708, âgé de soixante-sept ans. [If9i9 de P édition de 1807.) — Jean Vittement avait été précepteur deTabbéde LouTois, et sous le règne suivant il fut sous-précepteur dn Roi. n est surtout connu par son désintéressement et sa modestie. Louis XrV et Louis XV ne purent jamais lui hxet accepter un Mal bénéfice ; il refusa également une place à TAcadémie française, etBoomt à Dormans, sa viUe natale, en 1731, âgé de soixanteleise ans. {Note de la même édition.) ^Vojez au tome X des Mémoires de Saint-Simon, p. SgS, ce qui est dit de la belle harangue de VittcBent an Roi sur la paix de 1697, ^^ ^^ ^* mœurs austères.
5. Jacquet-François deChastenet, marquis de Pujrségur (Racine a écrit PMtW^), lieutenant-colonel, maréchal des logis de Tarmée, qui « avoit été, dit Saint-Simon (tome II, p. ia8), Tâme de toutes les canpagnes de M. de Luxembourg toute la dernière guerre, i II fut fiut maréchal de France en 1784. Né en i655, il mourut le i5 aoât
6. Le matin du jour même où Racine écrivait cette lettre, « le Roi nomma pour second gentilhomme de la manche de Mgr le duc de Bourgogne, Monvielle, un des premiers capitaines du régiment da Roi, qui faisoit la charge de maréchal des logis dans Tarmée de Catinat l'année passée ; il est Tami intime de Pujrségur. i» {Jour^ aaldeDangeau^ jeudi 5 [juin 1698].) — Vojez aussi, pour ces quatre Doniinations dans la maison du duo de Bourgogne, la Gazette du U juin 1698, p. a88.
1698 P*"" ^® choix de M. de Puiségu, que M. le duc de Bourgogne n'étant plus enfant, on veut mettre auprès de lui des gens d*une expérience consonunée, surtout pour la guerre : d'autant plus que ce sera oe prince qui commandera l'armée qu'on assemble pour le camp de G>mpiègne ''^ et que M. de Puiségu y exercera son emploi ordinaire de maréchal des logis de l'armée. Tout le monde a trouvé ce choix du Roi très-sage, et vous ne devez pas douter qu'on ne lui donne un collègue aussi avancé en âge et aussi expérimenté que lui. Mais vous voyez du moins que vous avez ici des protecteurs qui ne vous oublient point, et que si vous voulez continuer à travailler et à vous mettre en bonne réputation, l'on ne manquera point de vous mettre en œuvre dans les occasions. Vous ne me parlez plus de l'étude que vous aviez commencée de la langue allemande. Vous voulez bien que je vous dise que j'appréhende un peu cette faciUté avec laquelle vous embrassez de bons desseins, mais avec laquelle aussi vous vous en dégoûtez quelquefois. Les belles-lettres, où vous avez pris toujours assez de plaisir, ont un certain charme, qui fiait trouver beaucoup de sécheresse dans les autres études. Mais c'est pour cela même qu'il faut vous opiniàtrer contre le penchant que vous avez à ne faire que les choses qui vous plaisent. Vous avez un grand modèle devant vos yeux, je veux dire Monsieur l'Ambassadeur, et je ne saurois trop vous exhorter à vous former là-dessus le plus que vous pourrez. Je sais qu'il y a beaucoup de sujets de distraction et de dissipation à la Haye; mais je vous crois l'esprit maintenant trop solide pour vous
7. Dit aussi le camp de Coudun^ et forme pour Tinstmction du dac de Bourgogne. Les troupes j anÎTèrent à la fin du mois d'aoât de cette même annëe, et le camp fut dissous à la fin de septembre.
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détourner de Totre travafl et des ocoapatîons que ^^^g lf<»i8ieiir rAmbassadeur veut bien vous donner : autrenoent il vaudroit mieux voos en [revenir*], et n*étre point à charge an meilleur ami que j*aie au monde. Je vous dis tout ceci, non point que j*aie aucun sujet d'inquiétude mar tous, étant au contraire très-content de ce qui m'en revient, et surtout des bons témoignages que Monsieur rAmbassadeur veut bien en rendre; mais comme je Teille continuellement à tout ce qui pourroit vous faire I^aisir, j'ai pris cette occasion de vous exciter à faire de votre part tout ce qui peut faciliter les vues que mes amis pourront avoir pour vous. M. de Torcy a toujours les mêmes bontés pour moi, et la même intention de vous en donner des marques. Je suis chargé de beaucoup de compliments de tous vos petits amis de ce pays-ci ; je -dis petits amis^ en comparaison des protecteurs dont je viens de vous parler. Je vous crois d'assez bon naturel pour avoir été fort touché de la mort de M. Mignon*, à qui vous aviez beaucoup d'obligation. J'ai laissé votre mère et toute la famille en bonne santé, excepté que votre sœur est encore bien sujette à sa migraine. Je crains bien que la pauvre fille ne puisse pas accomplir les grands desseins qu'elle 8*étoit mis dans la tête', et je ne serai point du tout surpris quand il faudra que nous prenions d'autres vnes pour elle. Je remercie de tout mon cœur M. de Bonac de la continuation de son souvenir pour moi et de son amitié pour vous. Votre mère vous remercie de votre beurre, et craint toujours de vous faire de rembarras.
8. Ce mot manque^ un des coins de la page ayant été d^hirë jpmr la mptnre du cachet.
9. Il avait été Vvm det premiers maitres du jeune Racine. (Note éU FédiiUm êê 1807.)
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,^ H SiueripUon : A Monsieur Mcmaieiir Racine , gentilhomme ordinaire du Roi, à la Haye. (Fragment d'an cachet ronge.)