DE BAGHIE A JEAH-BAPTISTE RACINE
A Pans, le ai. juillet [1698].
Ce fut pour moi une apparition agréable de voir entrer M. de Bonac dans mon cabinet, jeudi dernier de grand matin; mais ma joie se changea bientôt en chagrin quand je le vis résolu à ne point loger chez moi, et à refuser la petite chambre de mon cabinet, que ma femme et moi nous le priâmes très-instamment d'accepter. Nous recommençâmes nos instances le lendemain,
faits par raatenr. On pourrait donc considérer cette édition comme ^tant de 1698. Voyez les OEuçres de BoiUau, édition de Berriat- Saint-Prix, tome I, p. CLvn, sous le numéro 84 de la première des Notices bîbUograplùques,
Lkttrk 179. — 1. Revue sur 1 autographe, conscrrë à la Bibliothèque impériale.
LETTRES. !kSg
et je le menaçai même de vous mander de loger à Tan- T~^ berge à la Haye, et il étoit tout prêt de m^accorder le plaisir que je loi demandois; mais M. d'Usson * inter^ posa 5on autorité, en nous disant que nous étions trop loin du quartier de M. de Torcy, qui est aussi le sien, et qo'il falloit que lui et Monsieur son neveu fussent toujours ensemble, et sussent à point nommé quand M. de Torcy arriveroit à Paris, pour Taller trouver toutes les fois cp'il y viendroit. U a bien fallu me payer, malgré moi, de ces raisons, et vous pouvez vous assurer que ma femme en a été du moins aussi chagrine que moi. Vous savez comme elle est reconnoissante, et comme elle a le cœur £ut. Il n'y a chose au monde qu'elle ne fit pour marquer â M. de Bonrepaux le ressentiment qu'elle a de toutes les bontés qu'il a pour vous. Elle est charmée, comme moi, de M. de Bonac et de toutes ses manières pleines d'honnêteté et de politesse. Elle sera au comble de sa joie si vous pouvez parvenir à lui ressembler, et si vous rapportez en ce pays-ci l'air et les manières qu'elle admire en lui. Il nous donne de grandes espérances sur votre sujet, et vous êtes fort heureux d'avoir en lui un ami si plein de bonne volonté pour vous. S'il ne nous flatte point, et si les témoignages qu'il vous rend sont bien sincères, nous aurons de grandes grâces à rendre au bon Dieu, et nous espérons que vous nous serez d'une grande consolation. U nous assure que vous aimez le travail, que vous ne vous dissipez point, et que la promenade et la lecture sont vos plus grands divertissements, et surtout la conversation de Monsieur l'Ambassadeur, que vous avez bien raison de préférer à tous les plaisirs du monde. Du moins je l'ai toujours trou-
3. Jean Dusscm, frère de M. de Bonrepans, ambastadeur en Hollande, et de Salomon DoMon, père da marqoit de Bonao. Jean Dniion, lieutenant général en 1696, monrut en 1705.
!i6o LETTRES.
'^^ véc* telle, et non-seulement moî, mais tout ce qu'A y a ici de personnes de meilleur esprit et de meilleur goût. Je n'ai osé lui demander si vous pensiez un peu au bon Dieu, et j'ai eu peur que la réponse ne fôt pas telle que je Faurois souhaitée ; mais enfin je veux me flatter que, faisant votre possible pour devenir un parfaitement honnête homme, vous concevrez qu'on ne le peut être sans rendre à Dieu ce qu'on lui doit. Vous connoissez la religion : je puis dire même que vous la connoissez belle et noble comme elle est, et il n^est pas possible que vous ne l'aimiez. Pardonnez si je vous mets quelquefois sur ce chapitre : vous savez combien fl me tient à cœur, et je vous puis assurer que plus je vais en avant, plus je trouve qu'il n'y a rien de si doux au monde que le repos de la conscience, et de regarder Dieu comme un père qui ne nous manquera pas dans tous nos besoins. M. Despréaux, que vous aimez tant, est plus que jamais dans ces sentiments, surtout depuis qu'il a fait son Amour de Dieu^ et je vous puis assurer qu'il s'est très-bien persuadé luimême des vérités dont il a voulu persuader les autres. Vous trouvez quelquefois mes lettres trop courtes; mais je crains bien que vous ne trouviez celle-ci trop longue. Nous vous écrirons, ma femme et moi, et peut-être M. Despréaux même, par M. de Bonac.
M. de Torcy m'a dit avec plaisir tous les témoignages avantageux que Monsieur l'Ambassadeur lui a rendus de vous, et il s'en souviendra en temps et lieu.
Suscription : A Monsieur Monsieur Racine, gentil-, homme ordinaire du Roi, chez Monsieur l'ambassadeur de France, à la Haye. (Cachet rouge, au cygne.)