‹ Œuvres de J. RacineChapitre 29 sur 222 · Dans nne lettre qoe nous n'arons plus · texte numérisé non relu

Dans nne lettre qoe nous n'arons plus

4a LETTRES.

^^g^ soin d'appder les mousquetaires, ni d'exposer beaucoup de braves gens. M. de Vauban, avec s<m canon et ses bombes, a £ut lui seul toute Texpédition. U a trouvé des hauteurs au deçà et au delà de la Meuse, où ilaplacé ses batteries. Il a conduit sa principale tranchée dans un terrain assez resserré, entre des hauteurs et une eq>èo6 d'étang d'un côté, et la Meuse de l'autre. En trois jours il a poussé son travail jusqu'à un petit ruisseau qui coule au pied de la contrescarpe, et s'est rendu mattre d'une petite contre-garde revêtue qui étoit en deçà de la ccmtrescarpe, et de là, en moins de seize heures, a emporté tout le chemin couvert, qui étoit garni de plusieurs rangs de palissades, a comblé un fossé large de dix toises et profond de huit pieds, et s'est logé dans une demi-lune qui étoit au-devant de la courtine, entre un demi4>astion qui est sur le bord de la Meuse, à la gauche des assiégeants, et un bastion qui est à leur droite : en telle sorte que cette place si terrible, en un motNamur, a vu tous ses dehors emportés dans le peu de temps que je vous ai dit, sans qu'il en ait coûté au Roi plus de trente hommes. Ne croyez pas pour cela qu'on ait eu affaire à des poltrons : tous ceux de nos gens qui ont été à ces attaques sont étonnés du courage des assiégés. Mais vous jugerez de l'effet terrible du canon et des bombes quand je vous dirai, sur le rapport d'un officier espagnol qui (ut pris hier dans les dehors, que notre artillerie leur a tué en deux jours douze cents hommes'. Imaginez-vous trois batteries qui se croisent, et qui tirent continuellement sur de pauvres gens qui sont vus d'en haut et de revers, et qui ne peuvent pas trouver

3. « Noos «Tons pris deux officiers dans le chemin courert, qui disent qa^ils ont déjà eu dans la place plus de douze cents hommes tues : notre canon et nos bombes les désolent. » {Journal de Dam^ geau^ ^juin 169a.)

im seul ooin où ils soient en sûreté. On dit qn'on a' tromré les dehors tons^ jJeins de corps dont le cancm a emporté les têtes comme si on les avoit coupées avec des salH^s. Cela n'empêche pas qne plusieurs de nos gens niaient fidt des actions de grande valeur. Les gre* nadiers du régiment des gardes fiançoises et ceux des gardes suisses se sont, entre autres, extrêmement dis* tingnés. On raconte plusieurs actions particulières, que je vous redirai quelque jour, et que vous entendrez avec plaisir. Mais en voici une que je ne puis différer de vous dire, et que j'ai ou! conter au Roi même. Un soldat da régiment des fuseliers, qui travaiUoit i k tiandiée, y avoit posé un galnon; un coup de canon vint qui emporta son gabion ; aussitôt il en alla poser à la même place un autre, qui fiit sur-le-champ eii^>orté par ma autre coup de canon. Le soldat, sans rien dire, CB prit im troisième, et Falla poser; un trcHsième coup de canon emporta ce troisième gabion. Alors le soldat rebuté se tînt en repos; mais son officier lui commanda de ne point laisser cet endroit sans gabion. Le soldat dit : « rirai, mais jl*j serai tué. » D y alla, et en posant son quatrième gabion, eut le bras firacassé d'un coup de canon. Il revint, soutenant son bras pendant avec Fantre bras, et se contenta de dire à son officier : « Je TavcMS bien dit. » Il fallut lui couper le bras, qui ne tenoit presque à rien. Il souffiit cela sans desserrer les dents, et, après Topération, dit firoidement : « Je suis donc hors d'état de travailler; c'est maintenant au RcM i me nourrir. » Je crois que vous me pardonnerez le peu d'<Mdre de cette narration, mais assurez-vous qu'elle est fort vraie. M. de Cavoye me presse d'achever ma lettre. Je vous dirai donc en deux mots, pour

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