PR JRAGIirB A MADEMOI8KLLE RIVliRB
A Paris, ce 4. décembre [1688*].
J'ai reçu, ma chère sœur, le mémoire que vous avez donné à mon cousin Parmentier ', et je reçus encore hier une lettre de vous, par laquelle je vois ce qui vous reste d'argent entre les mains. Je vous suis bien obligé du soin
tamn 83 (revue sur l*aatogrephe, conterrë à la Férté-Milon). — I. L*ët«l des affaires pubHquet dont Racine parie dans cette lettre (joyez d-aprèt la note 4) donne la date de 1688 avec la plot grande -rraitemblance ; et cette date semble confirmée par on passage sur les cent ëoos de la cousine Fourrure, dont il est aussi parie dans la lettre suirante, qui est du commencement de 1689.
9. Loms Parmender avait épousé Jeanne du Chesne, fille d* Antoine du Chesne, bourgeois de Soissons, et d'Anne Sconin, unte maternelle de Racine. Voyez au tome Vf, p. SyS, la note s de la lettre 3.
LETTB^t 7
qee tous voulez bien prendre de notre petite*. Tout le ^^g^ monde noos en dit des merveilles, et plus encore de ma nièce votre fille. Je vous prie de nous renvoyer firanchement la nôtre, pour peu qu'elle vous incommode. Bia femme est fort aise que vous soyez contente de ce q[a^elie vous a acheté. Vous la désobligeriez si vous vous adressiez à d'autres qu'à elle. Vous nous avez envoyé les meilleurs fix>mages qui soient encore venus de la Ferté- Ifilon. Je vous en remercie de tout mon cœur. Tai bien cm que dans l'état présent des affaires ^, les officiers dévoient s'attendre à faire des avances au Roi. Nous antres trésoriers de France y avons déjà passé. Nous prenons des augmentations de gages '. On m'a dit que pour vos cinq cents écus on vous en donnoit aussi. Encore est-ce une consolation. S'il y avoit eu quelque distinction ou quelque diminution à espérer, je vous assure que je me serois employé pour M. Rivière. Mais il n y a rien à faire ni pour lui, ni pour moi, ni pour personne. Tout le monde prend des augmentations de gages ; et on n'est point trop fâché d'en prendre. Au cas que vous n'ayez point votre argent, et que vous ayez le moindre embarras, vous savez que je ne suis pas homme à vous laisser manquer tant que je serai en état de le faire.
3. Raeiiie parle tans doate de Fanehon (Tojex cî-domm, p. 3, b note I de la lettre 8i). Quoique Madeleine Racine eût déjà, comme le prouTe on passage de la lettre «liivante (p. 9), été eatoyée aotii à la Ferté-Bfilon, elle était encore trop jeune pour que Ton pensât à la fidre reTenir.
4. Le débarquement du prince d*Orange en Angleterre arait eu lien le i5 noTembre 1688; le 38 du même mois, la guerre avait été déclarée entre la FhuHïe et la Hollande, après avoir été engagée déjà entre la France et TEmpire, par le siège de Phllisbourg et le bombardement de Coblentz.
5. « Le Roi donne des augmentations de gages quand il fait queues uxes sor les offices. » {Dtctîonnairt de Furetière, au mot AuoxxvrATioa.)
TêrT C*^^ pourquoi adressez-vous à moi avec tonte confiance.
La cousine Fourrure* peut compter sur les cent écus, comme si elle les avoit dans son coffire. Je vous envojeraî ou Targent, ou un billet, dès que vous me manderez ce que vous aimez le mieux. Je salue M. Rivière, et suis entièrement à vous.
J'aknerois mieux envoyer Targent.
SuscripUon : A Mademoiselle Mademoiselle Rivière, à la Ferté-Milon. (Cachet : J. RAC.)
84* — JDE RACINE A MABEMOISELLE BIVIÈRS.
A Paris, ce 6. janvier [1689*].
Nos enfants vous remercient de tout leur cœur des étrenne» que vous leur avez envoyées. Ils vouloient aussi envoyer les leurs à leur cousine ; mais comme nous nous attendons de Favoir ici à Pâques avec notre fille, ma femme a jugé à propos d'attendre à lui faire en ce temps-là les petits présents qu'elle lui destine. Cependant, ma chère sœur, j'ai donné à celui qui m'a rendu votre lettre dix louis d'or pour achever les trois cents livres que je donne à la cousine Fourrure'. Tai jugé à sa mine et à ses manières obligeantes que je lui pouvois
6. Marie Racine, grand*tante de Racine, sœur de ton aïeul paterael, arait ^poos^, le 3o jain i6ao, Jacques Fourrure. La cousine Fourrure ^tait apparemment mariée à un de leurs petits-fils.
LsTTBB 84 (revue sur Tautographe, consenrë à la Fertë-Milon). — I. Madelon (Madeleine Racine)^ à laquelle Racine dit dans cette lettre que « les dents percent, » était née le 14 mars 1688. La lettre doit donc être de 1689. L'enfant avait alors près de dix mois.
a. Voyez ci-dessus, même page, la note 6 de la lettre 83.
confier cet argent, d'autant plus qu'A m'a dit que vous ^^g \m aTÎez confié de la vaisselle d'argot!* pour la changer. Je vous prie de me vouloir mander s'il vous a Ternis cette somme entre les mains. Tétois fâché de vcms voir avancer de l'argent pour moi. Nous ne som* mes point alarmés de la fièvre de Madelon, et nous savons €{ue les enfants sont sujets à ces sortes d'accidents, quand les dents leur percent. On nous dit mille Inens d'elle, et je vois bien qu'elle ne manque pas de bons traitements chez vous. On dit que M. Rivière en fait tout son amusement, et qu'il l'aime comme sa propre fille. Je Im ai Inen de l'obligation de tant de bontés. Noos tâcherons de rendre la pareille à ma nièce quand mms la tiendrons. Nous nous faisons par avance un grand plaûir de la réjouir avec nos enfiints. Mme de Romanet* envoyera à sa tante, par k poste, un mémoire de ce qa'eUe a dépensé pour elle. Adieu, ma chère sœur : je vous souhaite aussi une bonne année, et à votre EuniDe, et suis tout à vous de tout mon cœur. Votre pauïette^ est payée il y a longtemps.
Suscription\: A Mademoiselle Mademoiselle Rivière, à la Ferté-Milon. (Moitié d'un cachet : J. RAC.)
3. Bdle-sœur de Mme Racine, dont elle avait ^pous^ le firère, Claude de Romanet, qui dans Pacte de baptême de Louis Racine (a noTemln^ 1^9») «* qualifié «c trésorier de France en la généralité d*Oriéans. » Mme de Romanet était une Vitart (Marie-Charlotte\ fiDe de Nicolas Vitart (tojcz son acte de baptême à la page 177 de notre tome I). Sa tante, dont parle ici Racine, doit être Catherine Scooin, TeuTe d'Antoine Vitart, et mariée alors enfsecondes noces à M. de Malortiqne (Toyez au tome VI, p. 435, la note 6 de la lettre 19).
4. La pauUtte était un droit annuel éubli sur les charges rénales ft héréditaires.
lo LETTRES.
85. — DE tlAGUIB ET DE BOILKàU AU MABAGHAL DtlG BE LUXEMBOURG ^
Au milien des louanges et des compliments que vous recevez de tous côtés pour le grand service que voua venez de rendre à la France*, trouvez bon, Monseigneur, qu'on vous remercie amsi du grand bien que vous avez fait à Thistoire et du soin que vous prenez de renrichir. Personne jusqu'ici n'y a travaillé avec plus de succès que vous, et la bataille que vous venez de gagner fera sans doute un de ses {dus magnifiques ornements. Jamais il n'y en eut de si propre à être racontée, et tout s'y rencontre à la fois, la grandeur de la querelle, l'animosité des deux partis, l'audace et la multitude des combattants, xme résistance de plus de six heures, un carnage horrible, et enfin une déroute entière des ennemis. Jugez donc quel agrément c'est pour des historiens d'avoir de telles choses à écrire, surtout quand ces historiens peuvent espérer d'en apprendre de votre bouche même le détail. C'est de quoi nous osons nous flatter; mais laissant là l'histoire à part, sérieusement. Monseigneur, il n'y a point de gens qui soient si véritablement touchés que nous de l'heureuse victoire que vous avez remportée. Car sans compter l'intérêt général que nous y prenons avec tout le royaume, figurezvous quelle est notre joie d'entendre publier partout que nos affaires sont rétablies, toutes les mesures des ennemis rompues, la France, pour ainsi dire, sauvée ; et de
LsiTRB 85. — I. Cette lettre a été publiée pour la première fois en 1808, dans Tëdition de Geofliroj, sur Tantograplie communiqué par M. Jaoobë de Naurois. Geoffiroy en a fait graver le fac" simile dans son édition, avec une exactitude qu'il affirme avoir été minutieuse : voyez aux pages 46 et 47 de son tome VU.
a. Par la victoire de Fleuras, remportée le i»» juillet 1690.
looger que le héros qui a fait toua ces ttimolea est ce ^^ même homme, d'mi commerce si agréable, qui nons honore de son amitié, et qui nous donna à dîner le jour que le Roi lui donna le commandement de ses armées. Nous sommes avec un profond respect, Monseigneur, Vos trèfr4iumbles et très-obéissants serviteurs.
Racine, Despréàux.
A Psuris, 8» juillet [1690].
Suscription : A Monseigneur Monsdgneur le maréchal duc de Luxembourg.