Voyez ci-dessus, p. 16, la note 6 de la lettre 9S
aortes d'atUqaeS) il leur avoit dit : « Mes enfSuits, on ' ne voos défend pas de poursuivre les ennemis quand ils s'enfuiront, mais je ne veux pas que vous alliez vous fiure échigner'' mal à propos sur la contrescarpe de leurs autres ouvrages. Je retiens donc à mes côtés cinq tambours pour vous raj^ler quand il sera temps. Dès que vous les entendrez, ne manquez pas de revenir diacun à vos postes. » Cela fut fiût comme il Tavoit concerté. Voilà pour la première précaution. Voici la seconde. G>mme le retranchement qu'on attaquoit avoit un (on grand fix>nt, il fit mettre sur notre tranchée des espèces de jalons, vis-à-vis desquels chaque corps devoit attaquer et se loger, pour éviter la confusion ; et la chose réussit à merveilles. Les ennemis ne soutinrent pcHnt et n'attendirent pas même nos gens. Ils s'enfuirent après qu'ils eurent fiût une seule dédiarge, et ne tirteent plus que de leurs ouvrages à cornes. Ou en tua lûoi quatre ou cinq cents, entre autres un capitaine espagnol, fils d'un grand d'Espagne, qu'on nomme le ccMnte de Lemos *. Celui qui le tua étoit un des grenadiers à cheval, nommé Sans-Raison. Voilà un vrai nom de grenadier. L'Espagnol lui demanda quartier, et lui promit cent pistoles, lui montrant même sa bourse, où il y en avoit trente-cinq. Le grenadier, qui venoit de voir tuer le lieutenant de sa compagnie, qui étoit un fort brave homme *, ne voulut point faire de quartier, et tua son Espagnol. Les ennemis envoyèrent redemander le corps, qui leur fut rendu, et le grenadier Sans^Raison rendit aussi les trente-cinq pistoles qu'il avoit prises au mort, en disant : « Tenez, voilà son argent, dont je ne
7. Ce mot ett ^orit ainsi dans Tautographe. è. Don Françoia-CharlM de Castro» fils de Pierre-Antoioe de Cattro, comle de Lemoa, grand d^Espagne, vioe-roi da Pâtm. 9. RaciDe ra le noouner tout à l'heure.
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5o LETTRES.
yeux point; les grenadiers ne mettent la main sur les gens qae pour les tuer. »
Vous ne trouverez point peut^tre ces détails dans les relations que vous lu-ez, et je m'assure que vous les aimerez bien autant qu'vme supputation exacte du nom des bataillons et de chaque compagnie, des gens détachés, ce que M. Fabbé Dangeau^^ ne manqueroit pas de rechercher Uen curieusement.
Je TOUS ai parlé du lieutenant de la compagnie des grena^rs qui fut tué, et dont Sans-Raison vengea la mort. Vous ne serez peut-être pas &ché de savoir qu'on lui trouva un ciliée sur le corps. U étoit d'une piété singulière, et avoit même fait ses dévotions le jour d'auparavant. Respecté de toute l'armée pour sa valeur, accompagnée d'une douceur et d'une sagesse merveilleuse, le Roi l'estimoit beaucoup, et a dit, après sa mort, que c'étoit vm homme qui pouvoit prétendre à tout. Il s'appeloit Roquevert^*. Croyez-vous que firère Boquevert ne valût pas bien frère Muce '^ ? Et si Monsieur de la Trappe l'avoit connu, auroit-il mis dans la F^ie de frère Muce que les grenadiers font profession d'être les plus grands scélérats du monde? Effectivement, <hi dit
10. Vàbhé Dangeau (Lonif de Gouroillon), mort le i*' janTÎer I7s3, était firère du marquis de Dangeau* auteur du Jomnud^ et, comme lui, de TAcadëmie française. On Toit qu'il se complaisait, ainsi que son frère aine, dans les détails minutieux. « H n'eut, dit Saint*Simon {Mémoires^ tome XVIII, p. 64), ni moins de fkdeur, ni moins de futilité que lui. »
11. La Gwêtte du 9 juilletle nomme de Boquê^ert» L'éditeur de 1807 dit que son nom était plutôt Moqumfairêy t FloUe de Roquevaire, qui sVtait distingué à la prise de Valenciennes, dans cette même compagnie des grenadiers à oheyal, commandée par Villemur-Rieutort. »
19. L'abbé de la Trappe (le Bontbillier de Ranoé) arait pdtUié en 1690 les instmeiions sur U mort de dom Muée, (Note de t édition de 1807.)
LETTRES. 5i
que dans cette oompagnie il y a des gens fort ré^és. ,5^jj Pour mm , je n'entends guère de messe dans le camp qni ne ami servie par quelque mousquetaire, et où il nj en ait quelqu'un qui communie, et cela de la manière du monde la plus édifiante.
Je ne vous dis rien de la quantité de gens qui reçurent des coups de mousquet ou des contusions tout aupr^ du Roi. Tout le monde le sait, et je crois que tout le monde en firémit. Monsieur le Dnc^* étoit lieutenant général de jour, et y fit à la G>ndé, c'est tout dire. Mon* sieur le Prince, dès qu'il vit que l'action alloit commencer, ne pot pas s'empêcher de courir à la tranchée, et de se mettre à la tête de tout. En voilà bien assez pour un jour. Je ne puis pourtant finir sans vous dire vm mot de M. de Luxembourg : il est toujours vis-à-vis des ennemis, la Méhaigne entre deux, qu'on ne croit pas qu'ils osent passer. On lui amena avant-hier un officier espagnol qu'un de nos partis avcnt pris, et qui s'étott fort bien battu. M. de Luxembourg, lui trouvant de l'esprit, lui dit : « Vous autres Espagnols, je sais que vous faites la guerre en honnêtes gens, et je la veux faire avec vous de même. » Ensuite il le fit dîner avec lui, puis lui fit v<Mr toute son armée. Après quoi il le congédia, en lui disant : « Je vous rends votre liberté ; allez trouver M. le prince d'Orange, et dites-lui ce que vous avez vu. »
On a su aussi par un rendu, qu'un de nos soldats s'étant allé rendre aux ennemis, le prince d'Orange lui
i3. Louis m de Bourbon, n^ en 1668, mort en 1710, fils de Monsieur le Prince et petit-fils du grand Condë. « Monsieur le Dac oommandoit la tranchée ; Monsieur le Prince et M. le mar^ chai dHomières y allèrent aussi; mais ils ne se mêlèrent de rien, pcmr en laisser tout l'honneur à Monsieur le Duc. » (Journal de Damgtau^ i3 juin 169a.)—- On voit que Dangeau n'est pas tout à fait d'acord arec Racine sur la part que prit Monsieur le Prince a cette attaque du i3 juin.
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S% LBTTaBS.
^^ ^ demanda pourquoi il avoit quitté rarmée de M. de Luxembourg : « Cest, dit le soldat, qu'<« y meurt de faim ; mais avec tout cela ne passez pas la rivière, car assurément ils vous battront. »
Le Roi envoya hier six mille sacs d'avoine et cinq cents bœufs à Tannée de M. de Luxembourg, et quoi qu'ait dit le déserteur, je vous puis assurer qu'on y est £3rt gai, et qu'il s'en £aut bien qu'on y meure de faim. Le général a été trois jours entiers sans monter à cheval, passant le jour à jouer dans sa tente. Le Roi a en nouvelle aujourd'hui que le baron de Serclas^^, avec cinq ou six mille chevaux de l'armée du prince d'Orange, avoit passé la Meuse à Huy, comme pour venir inquiéter le quartier de M. de Boufflers. Le Roi prend ses mesures pour le bien recevoir.
Adieu, Monsieur : je vous manderai une autre fois des nouvelles de la vie que je mène, puisque vous en voulez savoir. Faites, je vous prie, part de cette lettre à M. de laQiapelle, si vous trouvez qu'elle vaille la peine. Vous me ferez même beaucoup de plaisir de l'envoyer à ma femme quand vous l'aurez lue; car je n'ai pas le temps de lui écrire, et cela pourra réjouir elle et son fils.
On est fort content de M. de Bonrepaux ^*.
i4« Albert Tzerclaêt, prince et comte de TîUy, gâterai des armëet du roi catholique en Flandre et en Espagne, mort le 3 feptembre 171$.
i5. Françob Dnaton, teignem* de Bonrepans (Tojez tome V, p. 146, note 4), ^tait alors intendant général des armëes narales, charge que le Roi supprima au mois de septembre suirant, en donnant à Bonrepans une gratification de douze mille firancs pour le Tojage qu'il Tenait de faire sur les côtes. Voyez le Journal de Dattgeauy as septembre 169a. En 1698, Bonrepans eut Tambassade de Danemark, et pendant les années 1698 et 1699 celle de Hollande. Jean-Baptiste Racine fut euToyë près de lui, à la Haye, an com-
Tti écrit i M. de Pontchaitrain le fils par le conseil ^^ de M. de la Chapelle. Une page de compliments^* m'a pins coûté cinq cents fois qne les huit pages qne je vous ▼iens d*écrire. Adieu, Monsieur. Je vous envie bien votre beau temps d'Auteuil, car il Mi ici le plus horrible temps du monde.
Je vous ai vu rire assez volontiers de ce que le vin bit quelquefois (aire aux ivrognes. Hier, un boulet de canon emporta la tête d'un de nos Suisses dans la tranchée. Un autre Suisse, son camarade , qui étoit auprès , se mit à rire de toute sa force , en disant : « Ho ! ho ! cela est plaisant; il reviendra sans tête dans le camp. »
On a fiut aujourd'hui trente prisonniers de l'armée du prince d'Orange , et ils ont été pris par un parti de Tannée de M. de Luxembourg^''. Voici la disposition de Tannée des ennemis : Monsieur de Bavière a la droite avec des Brandebourgs et autres Allemands; M. de Valdek est au corps de bataille avec les Hollandois; et le prince d*Orange, avec les Anglois, est à la gauche.
roubliois de vous dire que quand M. le comte de Toulouse reçut son coup de mousquet , on entendit le bruit de la balle, et le Roi demanda si quelqu'un étoit blessé. « n me semble, dit en souriant le jeune prince, que quelque chose m'a touché. » Cependant la contusion étoit assez grosse, et j'ai vu la marque de la balle sur le galon de sa manche, qui étoit tout noirci, comme
Menwnicnt de 1698, comme on le vem dans quelques nnet des lettres tainntet de Racine à ton fils.
16. Jérôme de Pontchartrain arait été nomme conseiller au Plarlemcnt le 19 mars 1699. Berriat-Saint-Prix pense que les complimenu dont Racine parle lui araient été adrâs^ k l'occasion de sa réoepCioo.
17. An lien de cette phrase, Racine avait d'abord écrit : «Trente ~ is ont quitté aujourd'hui l'armée do prince d'Orange, et sont
i dans l'armée de M. de Luxembourg. »
— — n le feu y avoît passé. Adieu, Monsieur. Je ne saurois me résoudre à finir quand je suis avec vous.
En fermant ma lettre, j'apprends que la présidente Barantin ^', qui avoit épousé M. de Courmaillon, ingé- ' nieur, à été pillée par un parti de Qiarleroy. Ils lui ont pris ses chevaux de carrosse et sa cassette, et Tout laissée dans le chemin à pied. Elle venoit pour être auprès de son mari, qui avoit été blessé. U est mort.
I02. DE RAGHrB A BOILEAU.
Au camp près de Namur, le 24. juin* [i^^]-
Je laisse à M. de Valincour * le soin de vous écrire la prise du château neuf*. Voici seulement quelques circonstances qu'il oubliera peut-être dans sa relation.
Ce château neuf est appelé autrement le fort Guillaume, parce que c'est le prince d'Orange qui ordonna, l'année
18. Cette prÀidente Barentm, remariée k M. de Damas de Gormaillon, était la grand'mère de la manpiise de Lourois (Anne SouYré). Lors de iVrënement rapporté dans la lettre, elle arait soixante-cinq ans. (Noie de Sédition de 1807.)
Lbitbs 101 (reme sur Tantographe, oonserré à la Bibliothèque impériale). — i. En tête de la lettre, plus bas que la date, on lit de la main de Racine : « transcrit. »
a. Jean-Baptîste-Henri du Trousset de Valincour, né le i«* mars i653, mort le 5 janvier 1730. U était entré en x 681 dans la maison du comte de Toulouse, en qualité de gentilhomme, grâce à Racine , qui Tavait recommandé à Mme de Montespan. Voyez, au tome I, les Mémoires de Louis Bacine^ p. 287. Le 11 octobre 1688, il eut la charge de secrétaire de la marine, et resta attaché au comte de Toulouse comme secrétaire de ses commandements. Ce fut lui qui, en 1699, succéda à Racine k PAcadémie française. On peut Toir son Éloge dans les (ouvres do Foniemelle,
3. La chamade arait été battue le 99 juin. Vojes le Jounud de Dangeau^ à cette date.
pufée, de le Cure oonstruire , et qui avança, pour cela, ^^ dix mille écus de son argent. Cest nn grand ouvrage à ooraes, avec quelques redans dans le milieu de la courdue, selon que le terrain le demandoit. Il est situé de telle sorte que, plus on en approche, moins on le décourre, et depuis huit ou dix jours que notre canon le battoit, il n'y avoit fisiit qu'une très^petite brèche, à passer deux hommes, et il n y avoit pas une palissade du chemin couvert qui Ait rompue. M. de Yauban a admiré lui-même la beauté de cet ouvrage. L'ingénieur qui Ta tracé, et qui a conduit tout ce qu'on y a fiût, est un HoUandois nommé G>home ^. Il s'étoit enfermé dedans pour le défendre, et y avoit même fait creuser sa fosse, disant qu'il s'y vouloit enterrer. Il en sortit hier avec la garnison, blessé d'un éclat de bombe. M. de Yauban a eu la curiosité de le voir, et après lui avoir donné beaucoup de louanges, lui a demandé s'il jugeoit qu'on eût pu l'attaquer mieux qu'on n'a fait. L'autre fit réponse que si on l'eût attaqué dans les formes ordinaires, et en conduisant une tranchée devant la courtine et les demi-bastions, il se seroit encore défendu plus de quinze jours, et qu'il nous en auroit coûté bien du monde; mais que de la manière dont on l'avoit embrassé de tontes parts, il avoit faUu se rendre. La vérité est que notre tranchée est quelque chose de prodigieux, embrassant à la fois plusieurs montagnes et jdusieurs vallées, avec une infinité de tours et de retours, autant presque qu'il y a de rues à Paris. Les gens de la cour commençoient à s'ennuyer de voir si longtemps remuer la terre; mais enfin il s'est trouvé que dès que nous avons attaqué la contrescarpe , les ennemis , qui craignoient d'être coupés, ont abandonné dans l'instant tout