Meimo de Gohorn, n^en 1641, mort en
leur chemin couyeit, et yoyant dans lenr onvrage vingt de nos grenadiers qui avoient grimpé par un petit endroit où on ne pouvoit monter qa*im à un , ils ont aussitôt battu la chamade. Ils étoient encore quinze cents hommes , gens bien faits s*il y en [a] au monde. Le principal officier qui les commandoit , nommé M. de Vimbergue, est âgé de près de quatre-vingts ans. Comme il étoit d^ailleurs fort inconmiodé des fatigues qu'il a souffertes depuis quinze jours, et qu'il ne pouvoit plus mar^ cher, il s'étoit fut porter sur la petite brèche que notre canon avoit fidte, .résolu d'y mourir Fépée à la main. Cest lui qui a feût la capitulation; et il y a feût mettre qu'il lui seroit permis d'entrer dans le vieux château pour s'y défendre encore jusqu'à la fin du siège. Vous voyez par là à quels gens nous avions affaire, et que l'art et les précautions de M. de Yauban ne sont pas inutiles pour épargner bien de braves gens qui s'iroient fidre tuer mal à propos. Cétoit encore Monsieur le Duc qui étoit lieutenant général de jour, et voici la troisième affaire qui passe par ses mains. Je voudrois que vous eussiez pu entendre de quelle manière aisée, et même avec quel esprit, il m'a bien voulu raconter une partie de ce que je vous mande; les réponses qu'il fit aux officiers qui le vinrent trouver pour capituler; et comme, en leur faisant mille honnêtetés, il ne laissoit pas de les intimider. On a trouvé le chemin couvert tout plein de corps morts, sans tous ceux qui étoient à demi enterrés dans l'ouvrage. Nos bombes ne les laissoient pas respirer; ils voyoient sauter à tout moment en l'air leurs camarades, leurs valets, leur pain, leur vin, et étoient si las de se jeter par terre , comme on fait quand il tombe une bombe, que les uns se tenoient debout, au hasard de ce qui en pourroit arriver; les autres avoient creusé de petites niches dans des retranchements qu'ils
aroient faits dans le mflien de TouiTage, et 8*y tenoient ^^ pltqnés toot le jour. Ils n'avoient d'eau qae celle d'on petit troo qu'ils avoient creusé en terre , et ont passé ainsi quinze jours entiers. Le vieux château est composé de quatre autres forts Tun derrière Fautre, et va toujours en s'étrécissant, en telle sorte que celui de ces (bits qui est à Textrémité de la montagne ne paroît pas pouvoir contenir trois cents hommes. Vous jugez bien quel fracas y feront nos bombes. Heureusement nous ne cnignons pas d'en manquer sitôt. On en trouva hier, diez les R. P. jésuites de Namur, douze cent soixante toutes chargées, avec leurs amorces. Ces bons Pères gardoient précieusement ce beau dépôt sans en rien dire, espérant vraisemblablement de les rendre aux Espagnols, an cas qu'on nous fit lever le siège. Us paroisioîent pourtant les plus contents du monde d'être au Roi, et ils me dirent à moi-même, d'un air riant et ou- Tert, qu'ils lui étoient trop obligés de les avoir délivrés de ces maudits protestants qui étoient en garnison à Nanmr, et qui avoient fieût un prêche de leurs écoles. Le Roi a envoyé le Père recteur à Dôle * ; mais le P. de la Ghaize dit lui-même que le Roi est trop bon , et que les supérieurs de leur compagnie seront plus sévères que bn. Adieu , Monsieur. Ne me citez point, récrirai demam à M. de Milon •, qui m'a mandé, comme vous, le crachement de sang de M. de la Chapelle. Tespère que cela n'aura point de suite : je vous assure que j'en seroîs sensiblement affligé.
5. « On a tronrë chez les J^itet de Namur douze cent cinquante bombes toutes chargées, dont ces bons Pères aroient tenu le cas fort secret. Le Roi, mécontent de leur conduite Uk-dessus, ■ chasse le Recteur et l'a envoyé à Dôle. » (Journal de Damgtaiy SI juin 1699.)
6. Cétait un frère aîné de M. de la Chapelle. (Note de téditUfm iti8o7.)
j^ Poubliois de vous dire que je vis passer les deux
otages qne ceux de dedans roavrage à cornes envoyoient aa Roi. L'un avoit le bras en écharpe ; Fautre la mâchoire à demi emportée, avec la tête bandée d*nne écharpe noire : ce dernier est nn chevalier de Malte. Je vis aussi huit prisonniers qu'on amenoit du chemin couvert : ils faisoient horreur. Un avoit un coup de bayonnette dans le c6té; im autre un coup de mousquet dans la bouche; les six autres avoient le visage et les mains toutes brûlées du feu qui avoit jpris à la poudre qu'ils avoient dans leurs havresacs ^.