LB SECOND CONTE
Chenus, barbus, toussans, crachans, et courbes, Lesquelz la Mort chasse à grans tas et tourbes, Vers le cliastel d'amoureuse plaisance, Contre le droit de naturelle vsance.
Et chacun d'eux porte vn ieune homme mort Dessus sa croupe, et s'approchent bien fort. (1) . Lors la Déesse amoureuse pallit, Et n'eut plaisir de io^e ne delict, Quand elle void vne bande si triste, Si feit aussi mainte dame bien miste, (2) Et bien gaillarde, et mainte fille aussi Perdit courage, entrant en gros soucy : Car d'Atropos bien peu leur souuenoit, Fors à présent que deuers eux venoit.
Quand donc la Mort fut au bout des fossez Elle ordonna les corps des trespassez Estre mis ius par terre à grans monceaux, Comme on feroit d'vn grand tas de pourceaux. Puis les vieillards durement bat et frappe De l'arc d'amovrs, sans que nul en eschappe. Et les dolens si fort brayent et crient, Que c'est horreur : et leurs vies maudient. L'horrible bruit de ses fiers vrlemens, Faisoit trembler et murs et fondemens Du fort chastel ou Cupido gisoit Tout estendu, et à rien ne visoit.
Si s'esueille tant à force de cris, Comme du froid, qu'en dormant auoit pris : Et il escoute, et bruit de renforcer.
Assez hideux pour roc fendre et percer, Lors il se lieue ainsi comme estourdi,
(1) Pluriel par syllepse.
(2) artistement attifée, on bien modeste î '