‹ Œuvres de Jean Lemaire de Belges, publiées (volume 2)Chapitre 16 sur 67 · DE CUPIDO ET DATKOPOS. I · texte numérisé non relu

DE CUPIDO ET DATKOPOS. I

Lourd et farouche, et n'est point si hardi, Que tant de peur que de froid il ne tremble, En cliquetant les mâchoires ensemble.

Plus entour luy regarde et plus s'esfroye. Penser ne peult qui l'ha mis hors de voje. Son tresbel arc, et son carcatz il cherche : Mais rien ne treuue à terre, ny à perche. (1) Alors Venus d'vne grand gallerie Parla à luy fort dolente et marrie :

Ha mauuais filz (dist elle) es tu deliure De ton fort vin, seras tu tousiours yure ? Ou est ton arc si noble et triomphant ? Qu'en as tu fait? ha malheureux enfant. Qui pour tuer tous ceux de nostre hostel, As apporté cy dedens l'arc mortel.

Va, va là voir dehors qui te demande, Et ne reuiens iamais s'on ne te mande. Ainsi disoit Venus, ayant grand dueil, (2) Dont à Amour la larme vint à l'œil.

Et bat sa coulpe, et ores luy recorde De son meffait, et hayt son yuresse orde, Et bien s'excuse à présent du mesconte, Des arcs changez dont il ha dueil et honte, Et dit ainsi à sa mère : Ha madame, Certainement ie suis digne de blasme :

l'en ay regret, et le cœur m'en remort. Tant d'auoir beu avec l'horrible Mort, Comme d'auoir par erreur prins l'arc sien, Car bien j'entens qu'elle ha ores le mien. Mais ie suis seur bien tost le recouurer, Et désormais plus sagement ouurer :

(1) Suspendu, accroché (à quelque perche).

(2) L'édition 1549 met quelquefois le féminin de grand'' avec l'apostrophe. C'était encore une nouveauté.

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Or io vous pry (mais qu'il ne vous despluiso) Ou est donc Turc do la vieille raauuaise ? le luy vueil rendre à sa maie santé, Et puis le mien rauoir à voulenté.

Si tu te veux de le rendre empescher. (1) Dist lors Venus, il le conuient pescher En ces fossez ou ie l'ay fait ruer :

Car vne flesche ha bien cuidé tuer Ma Volupté ta âUe gente et belle, » Et là dehors t'attend la Mort rebelle

Qui ton arc tient, dont plusieurs vieillars bat. Et leur fait faire vn trespiteuz sabbat. Et puis qu'ainsi à mal es destiné, Va t'en soupper là ou tu as disné.

* Quand la Déesse eut fini ce propos,

Elle s'en va, et la âere Atropos Pendant ce temps à voix obscure et noire. Rebondissant tout ainsi que tonnoirre, Disoit ainsi : Hau Venus la Déesse, Bien dois auoir au cœur ioye et liesse. Quand ton garson, ce ioli fringueroau, (2) Est deuenu maintenant vn bourreau.

Regarde vn peu la belle boucherie Qu'il ha cj fait de ieunesse florie.

Tous ces gallans bien verds et bien gaillars Il ha occis, et i'aj fait ces vieillars Tous amoureux, n'est ce pas vn chef d'œuure ? Or sus, il faut que vostre place s'euure. Et que i'y entre auec toute ma bande : Et s'il y ha dame qui ne se rende, le feray tant que Cupido la tue, Qui do mon arc si tresbien s'esuertue.

(1) l'occuper de. '

(2) Sauteur, danseur ; de frinçuer.

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