EPISTRE DU ROY A HECTOR DE TROYE
Tout vient de Dieu, qui m'ha fait homme et Roy, Mais i'ay plaisir, d'ouyr ton nom fleurir, Dont le cler bruit iamais ne peult périr.
Plus nommer l'oy, (1) plus l'honnore et salue, M'esbahissant de ta haute yalue :
Et mesmement, que par tant et tant d'ans Tu reposant, en tous biens abondans As bien daigné te donner ce soucy, De t'enquerir, que c'est que font icy Tes successeurs, tes neueux, tes parens, Dont de bon cœur, grâces à Dieu ie rens.
Mesmes de ce, que durant la bataille A Aignadel, qui fut de rude taille (2) A mon party, voulentiers aydé m'eusses, Si reuenir en ce monde tu peusses, I Et combatu tes ennemis antiques
Vénitien'', et faux Grecz hérétiques, Qui tous deux sont descendus d'Achilles, Et d'Antenor traytres, vilains, et laids.
Mais quel' (3) merueille ? et qui eust eu pensée Que nostre langue ainsi propre, agensee Fust ia commune en ta tresnoble court, Ou lait, miel, vin, et fin baulme decourt?
Certes tu as vn truchemant bien dextre, Illec dedens ton Paradis terrestre, Ou vont volant espris de maintes guises, Auec lesquelz de noz fais tu deuises. (4)
Bienheureux sont ceux qui tel bien attaingnent, Et des travaux passez plus ne se plaingnent.
(\)loz(éd. 1512 et 1516).
(2) bataille d'Agnadel 14 mai 1509. Défaite des Vénitiens.
(3) quelle, éd. 1516.
(4) divises, éd. 1516.