EPISTRE DU ROT A HECTOR DE TROTE
Et tout les siens, l'espoir de son Rojame.
Si ne m'enquiers des batailles futures, Ains mets en Dieu toutes les aduentures : En protestant, que ie ne vueil offendre Homme viuant : sinon pour me deffendre.
Et oultreplus, protestant derechef, Qu'à moy ne tient que le grand Prestre et Chef De nostre Eglise en la foy catholique, N'aille tout droit, sans tenir uoje oblique, Contre les Turcz, selon sa foy promise, Sur tous noz saints iuree de main mise.
Or vueille Dieu qu'en ta paix tu demeures, Et quand seront mes destinées meures, Que i'aille à Dieu, créateur de nous tous. Si que l'enfer ne voyons iamais nous, Ainçois plustost les champs Elysiens, Ou il ne croit que fruits ambrosiens.
Et voila ce qu'escrire ie te puys, De tout Testât auquel à présent suis.
S'il y ha rien de nouueau que tu saches, le te requiers que point ne le me caches.
Ce messager qui va tost, et souuent, Est Boreas Septentrional vent.
Par luy pourras quelquesfois me rescrire. Ou par Auster et son frère Zephyre.
Adieu parent, adieu chef des Illustres.
Et du plaisir des lettres ne me frustres,
Escrit à Bloys par vn lundy matin, L'an que dessus la veille saint Martin. (1)
(1) En 1511.
FIN
De pev assez.
CE SONT LES XXIin
Couplets de la valitude et conualescence de la Roym treschrestiejtne. Madame Anne de Bretaiffne, deux fois Royne de France. (1)
En temps obscur, de pitoyable doute, (2) et merueilleuse perplexité, ie veis au pourpris Royal de Bloys, deux trèshautes et tresnobles Princesses de grandeur spectable et magnificence incredible, dont lune sembloit estre mère, et iautre fille. Toutes deux également dolentes en semblance, et de trouble maintien. Lesquelles après auoir feminniement ietté plusieurs exclamations piteuses, auec interiections confuses (totitesuoyes en bruit taciturne) finablement raffermerent leurs voix : et rasseirent (3) leurs habitudes par pleinte modérée et facile à entendre. Si se mirent à genoux, ioingnans les mains au ciel. Puis par xxiiii. Couplets differens en résonance harmonieuse, exprimèrent la tresparfonde doleance de leurs cœurs, comme en certaine manière de psalmodiation, par répétitions alternatiues. (4)
(Ij Dans le manuscrit de Genève, ces 24 huitains, sans aucun titre, sont pLicés à la suite du 2* livre des Illustrations. — « Deux fois Royne de France » manque dans l'éd. 1516.
(2j piteable double (mscr. de Genève.)
(3) rassirent (mscr. de Genève).
(4) Le mscr. de Genève ajoute en parenthèse : ainsi quil sensuyt.
S8 DE LA VALITVDb
FRANCE
Vray Dieti du ciel, puissant Dieu do nature, Dieu qui formas l'humaine créature A ta semblanco digne, Escoute moy, par ta grâce bénigne :
Car mi.«e suis en grand desconflture Et mortelle ruine,
Si (1) ton Soleil (à ma bonne auenture) N'esflarcist ma bruine.
BRETAIGNE
0 mon vray Dieu, dont le pouuoir ne fine. Dieu qui resplends en (2) lordre seraphine Sur toute essence pure, Las prens de moy auiourdhuy soing et cure Ou autrement, tout bien de moy décline. Et faudra que i'endure Tous les malheurs, que de faire est encline La Mort cruelle, et dure.
FRANCE
Roy ne des cieux, pleine de toutes grâces. Regarde nous en ces régions basses, Et ton cher Filz supplie Que le fier dard de la Mort, rompe ou plie. A tout le moins retarde aucuns espaces. Et si retienne (3) en vie Nostre Royne Anne, à mortelles menasses Durement asseruie.
(1) ^«(mscr. de G.)
(2) sur (mscr. de G.)
(3) retiegne (mscr. de G.)