‹ Œuvres de Jean Lemaire de Belges, publiéesChapitre 9 sur 44 · XXVI NOTICE SUR LA VIE ET LES (EUVRKS · texte numérisé non relu

XXVI NOTICE SUR LA VIE ET LES (EUVRKS

soit omis. L'épilogue semble ajouté longtemps après 1505 ; car on y célèbre Marguerite « princesse de paix et trésor d'union » comme si elle avait déjà fait la paix de Cambrai. En outre, on dirait que Lemaire finit par parler en son propre nom pour vanter le bon cœur de la reine Anne de Bretagne.

La dame illustre et portans sceptre en France Laquelle eut deuil de ma grieve souffrance.

Peut-être aussi ne s'agit-il que d une plaisanterie à propos de la reine qui (d'après une lettre de Perréal à Claude Thomassin, conservateur des foires lyonnaises) aurait plus d'une fois répété quelques vers de la première épitre. (1) La seconde et dernière finit sur ce distique :

Icy prend fin le mien ioyeux escrire Dont on verra plusieurs gens assez rire.

Ces vers composés (du moins, presque tous) avant le voyage de Lemaire en Italie, semblent par leur désinvolture instinctive donner tort au jugement de Darmestetter, {Le seizième siècle en France) qui, ouvrant la série des poètes par notre auteur, dit : « Versificateur correct et parfois élégant, il ne s'est guère montré poète que dans la prose ; il a créé le genre de la prose poétique. » Pour que Marot ait pu comparer « Lemaire le Belgeois, à Homère le Grégeois » ne faut-il pas admettre une veine poétique en ses vers comme en sa prose ?

(1) Charles VII et Louis XI avaient doté Lyon de quatre foires, au détriment de la Brie et de la Champagne.

La Couronne Margaritique, prose et vers en l'honneur de Pliilibert duc de Savoie et de sa femme, ne fut imprimée qu'en 1549 par le lyonnais Jean de Tournes qui l'annonce c au lecteur » comme un « nouvel opuscule. » Toutefois la dédicace de Claude de St Julien, chevalier, seigneur de Balleure, à la reine Eléonore d'Autriche, femme de François 1", est datée de 1544. Il y raconte comment il découvrit un jour ce manuscrit « en ouvrant les enrouillées serrures » de sa chambre d'études. C'était une de ces copies que l'auteur avait distribuées à ses patrons et à ses amis. Si l'on s'en rapporte à l'indication d'un passage (IV, 149) où l'on dit que Marguerite « auiourdhuy n'excède point vingt cinq ans » force est bien de placer la composition en 1504. Faut-il y rattacher l'assertion de la lettre de 1509 ? L'indiciaire de la duchesse y parle « d'un 2* livre de la Couronne Margaritique, lequel est tout minuté, ne reste qu'à le mettre au net ». Un peu plus bas, il est question d'un opuscule : « le commencement du Palais d^Jionneur, lequel est de vostre invention, Madame, et primitive ordonnance, et que premier

(l) Aux archives du royaumes à Bruxelles, au compte des dépenses de Marguerite pour 15-24 (n» 1800 de la collection de la Chambre .les Comptes, fol. 137) une gratification de 30 livres est accordée à Claude Vaitel, secrétaire, pour les soins donnés à la Chronique Margaritique. (Note d'Al. Pinchart). S'agit-il de Fossetier d'Ath ? V. Biogr. Nat. VIII, 203.

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me commandastes à Thurin, lequel je feray venir cy après au propos de la Couronne Margaritique. » (1)

G. Paradin (Chronique de Savoye, p. 377) raconte : « auquel temps et an, au mois de septembre (1504) le beau duc Philibert, estant allé chasser en un lieu nommé Lagnieu, avoit fait apprester son disner auprès d'une fontaine, au lieu de St Bulbas qui est du mandement et jurisdiction de Loyettes, et ayant chaud, print trop grande fraicheur auprès dicelle fontaine, qui luy engendra un pleuresis dont, se sentant mal, ledit seigneur se retira incontinent en son chasteau de Poatdeins, lieu fort délectable, auquel lieu fut si pressé, que bientost après vint à rendre l'esprit à Dieu, en l'an de son aage 25" environ, le 9" jour de septembre, en la mesme chambre où il nasquit. »

Selon l'usage littéraire depuis longtemps établi, cette tragédie est transformée en catastrophe mythologique et astrologique amenée par les complots d'Atropos et de son hideux époux Infortune. Il faut regretter ce travestissement obligé, compromettant de véritables beautés de style :

« Alors le noble Duc, frémissant du coup dont il ne voyoit

(1) M. Thibaut, dans sa thèse, cite une quittance de Lemaire remise au trésorier Loys Vionet à Turin le 12 juin 1504. Dans une lettre adressée à Marguerite et datée de Bourg-en-Bresse le 20 novembre 1510, Lemaire semble faire allusion à cette oeuvre « le palais dhonneur féminin duquel verballement par vostre faconde et ingéniosité céleste despieca maviez baillé le deuis, platte forme, pourtraictz et inuention, pour lequel exécuter et

mettre un ouvre, tout tel ouvrier et architecte que le suis »

Dans la lettre de 1509 (éditée par Charavay et datée, sans doute, de Bourg) il parle encore d'un autre projet ; Ua, b, c mondain, pendant de L'a, b, c sauvage de son maitre Molinet, et qui rapl)elle La senefiance morale de Va, b, c, poème de Huon le Roi (Xm« siècle).

point l'acteur, ietta un grand souspir, remonta à peine sur un cheval qui luj fut amené ; mit la main à la poictrine, puis commença à baisser le chef, et à se douloir grandement. Et tout ainsi qu'un grand cerf ramé, après longues courses et grans perilz eschappez, estant à la grosse haleine, pour ce quii n'ojoit plus nulz chiens glattir, ne nulz cors bondir (1) parmy la forest retentissant, se couche sur Iherbe verde en lombre du boscaige feu'llu pour respirer à loisir sans soupeçon quelconque de péril eminent. »

Hébé accourt pour consoler cette Artémise qui ne peut que trop s'appliquer sa devise : Fortune infortune font une.

Or voyons nous, dont iay le cœur marry,

Sa couleur morte, et son sang tout tary

Comme la rose, après sa flouriture,

Qui perd sa nourriture,

Ou le lis verd cueilli,

A qui Ihumeur (2) de sa tige est failly.

Ces sixains ont déjà le repos au troisième vers, comme Malherbe l'exigera plus tard. On remarque aussi que la rime de ce troisième vers commande celle de quatre vers de la stance suivante. D'autant plus s'étonne-t-on de n'y pas trouver l'entrecroisement connu déjà par Thibaut de Champagne et Alain Chartier.

Grand admirateur du second Roman de la Rose (un des précurseurs de la Renaissance), Lemaire introduit dame Vertu qui commanda la couronne Margaritique à « Mérite^ bon orfèvre

(t) Retentir,

(2) Latinisme (humor).

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